Primavera Sound 2022: les gagnants et les perdants du festival rock

Le grand festival catalan fête ses vingt ans lors de deux week-ends pleins. Nous y avons fait escale lors du premier week-end. Au menu: rock 90's, longues files et hip-hop féminin.

Primavera Sound Barcelona 2022
©Belga

Lancé au début de l’été 2000, le Primavera Sound s’est rapidement imposé comme le temple du rock indépendant. Des Strokes à Arcade Fire, de Blur aux Arctic Monkeys, tous y sont passés et continuent de s’y donner rendez-vous. Avec le temps, le festival s’est ouvert aux autres musiques (electro, urbaine, pop…) accueillant toujours plus de monde sur son gigantesque site industriel en bord de Méditerranée.

Qu’on ne s’y méprenne pas, si le Primavera est situé à Barcelone, il s’agit bien d’un festival anglo-américain. Sur la plaine, on trouve d’ailleurs beaucoup plus d’anglophones venus en city trip musical que de locaux. L’affiche vise d’ailleurs directement un public international.

Cette année, pour fêter dignement sa vingtième édition, mais aussi pour se relever de la pandémie, le festival catalan – désormais une marque franchisée à travers le monde – se déployait sur deux week-ends avec, à l’affiche, entre autres: Nick Cave, Gorillaz, Tame Impala, The National, Tyler The Creator, Charli XCX… Las, tout ne se passa malheureusement pas comme prévu. Résumé du premier week-end.

Primavera Sound Barcelona 2022, 4 juin 2022 – Belga

Les perdants: le public assoiffé et les fans des Strokes

Les premiers perdants du week-end étaient le public, et ce pour au moins deux raisons. La première est qu’il fut spolié de deux têtes d’affiches d’envergure, à savoir Massive Attack et les Strokes, déclarés absents à quelques semaines et jours du début du festival. Résultat: le premier soir fut pauvre en grands noms et grandes sensations – à moins d’aimer le psychédélisme au thé vert de Tame Impala ou le rock très (très) daté 90’s de Pavement

La deuxième raison est la mauvaise organisation du festival. Concrètement, il fallait compter minimum une heure pour obtenir un breuvage de quelque nature que ce soit (de la bière à l’eau potable): manque de personnel et d’efficacité, de quoi pester sévèrement de louper des moitiés de concerts et regretter le savoir-faire à la flamande de servir vingt bières, certes plates et tièdes, mais dans la minute. Comme quoi, l’herbe n’est pas forcément plus verte au soleil. Surtout, cela ressemblait fort à une volonté de l’organisation de bourrer le festival jusqu’à la lie et gagner encore quelques deniers sur le manque de personnel. Après le tollé que cela a suscité sur les réseaux, le festival s’est excusé et les choses se sont petit à petit améliorées dans les jours qui ont suivi. Mais à ce niveau, c’est difficilement acceptable…

Belga

Le tiercé gagnant: punk anglais, rap féminin et un Ange revenu des Enfers

Et du côté de la musique? Oh, il y avait de quoi faire! Même si la grandeur du site, les horaires décalés (nous sommes en Espagne…) et le désarroi devant les bars ont fait qu’il a fallu faire des choix cornéliens. Ainsi, entre Gorillaz et Idles, c’est du côté des punk rockeurs de Bristol qu’on a fini par pencher. Sans regret au final tant la prestation du combo mené par Joe Talbot a tout explosé. Dans la foule, que des Anglais qui, en ce week-end de Jubilé, s’en sont donnés à cœur joie pour dénoncer la monarchie comme lors des grandes heures punk de 1977 ! Au-delà de cela, énergie, gros son, chansons impeccables, humour, bonne ambiance et une énorme prestation.

(Idles passera par Rock Werchter le 1er juillet et l’Ancienne Belgique de Bruxelles le 24 août, mais c’est déjà complet)

Quelques heures plus tôt, sur une des deux gigantesques scènes, un Ange revenu des Enfers pour chanter sa douleur nous a offerts une prestation ô combien habitée et mémorable. Il s’agit bien évidemment de Nick Cave. Intéressant de voir l’homme évoluer avec le temps. Jusqu’au milieu des années 2010, il semblait apaisé, se transformant parfois en une sorte de Bono draguant les foules qu’il tenait dans la paume de sa " main droite rouge ". Mais Nick Cave a perdu deux fils en quelques années, et la douleur qui se dégageait de sa voix était palpable. L’homme souffre et le live est son exutoire. Le concert offert fut à la fois énergique, désespéré et solennel, entre extraits des derniers albums où le coeur est déposé dans le hâchoir, anciens titres gothiques à la tronçonneuse et tubes de sa période intermédiaire (" O Children ", " Into My Arms ", " Jubilee Street "). Les deux fils qui lui restent étaient présents, de quoi rendre cette soirée d’autant " plus spéciale " pour pour le chanteur qui s’est, comme d’habitude, donné corps et âme à son public. On regrettera cependant qu’il n’ait pas partagé la scène avec son vieux complice Blixa Bargeld, lequel se produisait quelques heures plus tôt sur la même scène avec les toujours impeccables Einstüzende Neubauten.

(Nick Cave se produira le 25 juin à TW Classic et Einstürzende Neubauten passera par l’AB les 18 et 19 juin)

Mais s’il faut retenir un concert du festival, on pointera celui de la rappeuse londonienne Little Simz. Adoubée par Kendrick Lamar, responsable d’un des meilleurs albums de l’an dernier, Simbi Ajikawo, de son vrai nom, a offert une prestation vingt-cinq carats: flow impeccable, présence scénique, la rappeuse a eu la bonne idée de s’accompagner d’un véritable groupe pour recréer sur scène son dernier " Sometimes I Might Be Introvert " pourtant très ambitieux. Un disque où la soul et le funk des années 70 sont transposés dans le hip-hop le plus contemporain. Une merveille à découvrir, de préférence sur scène, tant elle y brille. En prime, les quelques titres plus anciens joués, comme " Venom " ou " Boss ", sont venus confirmer que Little Simz était bien le nouvelle boss du hip-hop " in a fucking dress ! ".

(Little Simz se produira au Pukkelpop le 18 août, à Charleville-Mézière le 19 août, au Trix à Anvers le 24 novembre et à la Rockhall au Luxembourg le 29 novembre)

Sur le même sujet
Plus d'actualité