Condore: l’artiste liégeoise prend son envol

Omniprésente sur la scène belge, la pianiste Leticia Collet présente son premier album solo aux Nuits Bota. Magnifique.

Condore
Leticia Collet alias Condore. © Gilles Dewalque

Jeu élégant, attitude discrète mais présence qu’on n’oublie pas, la Liégeoise d’origine ­chilienne a sublimé de ses notes de claviers la folk bucolique de Dan San, la pop féminine de Noa Moon ou les débuts en français d’Antoine Wielemans (Girls in Hawaii). Elle avance cette fois sur les devants de la scène pour dévoiler “Winding Whispers”, premier album de son projet solo Condore, aux Nuits Botanique. Là même où elle avait présenté l’EP “Jaws” en 2019. “Depuis “Jaws”, je n’ai cessé de composer, dit-elle. Cet EP m’a permis de faire pas mal de concerts. Non seulement ça m’a donné davantage de confiance, mais ça m’a fait aussi comprendre tout le sens de ce projet et l’envie d’enregistrer un album.

Avec pour bagage une formation académique solfège/piano, une profonde mélancolie, un esprit de liberté et une imagination qui se traduit aussi dans ses illustrations enrichissant le livret du CD, Leticia a choisi le nom Condore: référence à l’oiseau de proie qui survole les Andes, avec le “e” pour souligner le caractère féminin du projet. Mélodique, ensorcelante et délicieusement imprévisible dans ses structures, sa musique ne ressemble à rien d’autre. Elle a enregistré les onze plages de “Winding Whispers” au piano droit et on entend aussi la harpe de Manon Dainotti sur l’excellent Interwined. Mais ce n’est pas du classique. Elle chante et invite sur disque comme sur scène la batterie d’Olivier Cox. Mais ce n’est pas tout à fait de la pop non plus. Enrobés d’onirisme et de mystère, ses textes se nourrissent de métaphores. Une manière de se protéger, certainement, mais aussi d’ouvrir les espaces. “Les textes ne sont pas compréhensibles à la première écoute. C’est dans ma nature, c’est quelque chose que j’aime bien. Ce que j’écris est souvent très sombre, mais ma musique ne l’est pas. Ce contraste laisse beaucoup de place à l’imaginaire.

Si sur l’EP “Jaws”, l’interprète se cachait encore ­derrière des couches d’arrangements, “Windings Whispers” joue davantage la carte de l’épure. “Il m’a fallu du temps à m’accepter comme chanteuse. Je ne me considère pas comme une grande interprète. J’ai préféré enregistrer les voix chez moi. Seule, dans ma bulle, dans la pénombre de mon home studio. En studio, il y a encore cette pudeur et cette peur de ne pas réaliser la prise parfaite. Alors qu’au fond de moi, je sais que ce n’est pas ce que je recherche. Je préfère les failles et l’émotion.

Le 10/5. Nuits Botanique, Bruxelles.

*** Winding Whispers. Jaune Orange/[PIAS]

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