Bertrand Belin: "Certains héritent de châteaux, d’autres du goût de la bouteille"

Le dandy français Bertrand Belin joue aux équilibristes sur “Tambour vision”, un septième album synthétique et existentiel de haute voltige.

Bertrand Belin
© Edgar Berg

Sur Tambour, extrait de son septième album “Tambour vision”, Bertrand Belin chante “Tu veux ma haine ou tu veux mon amour?” en reprenant à la note près le gimmick du Ashes To Ashes de David Bowie. On reconnaît aussi l’influence du Bowie jazzy de “The Next Day” sur La comédie, celle de Lou Reed et de Leonard Cohen dans le magnifique Alleluia où il fair rimer “phallus” et “angélus” ou de David Byrne des Talking Heads. “Ces artistes me ­fascinent. Ils font partie de mon univers. Avec mon réalisateur Thibault Frisoni, qui possède plein de ­boîtes à rythmes et de synthétiseurs analogiques, j’ai voulu un disque pop avec ces influences de la fin des années 70, mais aussi des sonorités ­modernes. Chanter comme Bowie ou dire “Be-Bop-A-Lula” dans Alleluia, c’est une manière de citer mes sources”, explique le romancier (Vrac, son cinquième roman est paru en 2020), comédien (Tralala des frères Larrieu avec Mathieu ­Amalric) et rockeur breton que tout le monde aime désormais.

Qu’est-ce qui a inspiré “Tambour vision”?
Bertrand Belin – Souvent, les artistes disent “je suis inspiré par la vie”.  Et ça sonne au pire comme un cliché, au mieux comme quelque chose de définitif. Mais pourtant, c’est ma réponse. Il n’y a rien d’autre que la vie pour m’inspirer. Ce n’est pas tant le fait de raconter des histoires dans le détail en citant des noms propres, des dates et des lieux qui m’intéresse, mais bien les questions qui taraudent en permanence l’être humain. Les désillusions, les célébrations, les inquiétudes, le fait de trouver sa place dans ce monde et ses frayeurs.

Vous avez passé le cap de la cinquantaine, le doute est encore plus présent?
Le doute a toujours été là, mais la recherche des explications est plus importante. Dans le disque, je parle de planètes, d’atome, de religions. J’éprouve le besoin d’en savoir encore davantage sur le travail des scientifiques, des astronomes et des philosophes. Car ce sont eux qui nous apprennent pourquoi on ne fait que passer.

Dans la chanson Que dalle tout, vous dites venir “d’une lignée d’ivrognes”. C’est vrai?
Cette chanson s’interroge sur le conditionnement de l’existence lié à ses ascendants. Ce n’est pas seulement ma vie que je raconte ici, c’est celle de plein de gens. Mais j’appartiens à ce monde. Je n’en ai pas honte. J’ai moi-même été longtemps un ­ivrogne. Certains héritent de ­châteaux, d’autres du goût de la bouteille et de la culture qui va avec. Je ne cherche pas à accabler mes ancêtres, mais c’est un fait indiscutable. J’ai grandi dans un monde où l’alcool était très important. C’était une façon de vivre et aussi un enfermement. En France ­particulièrement, on a mis tout un folklore ­pittoresque autour de l’ivrognerie pour la rendre plus acceptable et aussi plus accessible. En dépit des tragédies que cela peut représenter, j’ai un regard de tendresse par ­rapport à ça.

Musicalement, le ton est au synthétique et aux boîtes à rythmes. Vous avez envie de faire danser?
La volonté est de me faire danser moi.

Sur scène et dans vos clips, vous adoptez une gestuelle très chorégraphiée. C’est répété ou instinctif?
Dans mon corps, je ressens le plaisir de la danse dès que j’entends de la musique. Mais je ne suis pas un bon danseur. J’ai seulement développé quelques gestes qui sont plus assurés. Le reste est spontané. L’idée, c’est d’être un peu grotesque dans ma gestuelle. J’ai envie que les gens disent “arrête de faire le con” comme un père le dirait à son fils qui se trémousse devant le miroir de sa garde-robe. J’écris des chansons qui ont une certaine gravité. Ces dandinements sont aussi un message pour ­montrer que je ne me prends pas au sérieux.

La pochette de “Tambour vision” est un clin d’œil au film Vertigo d’Alfred Hitchcock. Faire un disque, c’est un exercice d’équilibre?
Oui, c’est une belle métaphore. Plus que la peur du vide, il y a la volonté de rester en équilibre. Il ne faut pas franchir le Rubicon, ne pas se laisser manipuler par soi-même et par ce sentiment d’extase ou de pouvoir très fréquent dans le show-business. Un artiste a besoin d’être aimé mais il faut faire attention de ne pas aller trop loin. Il faut se préserver de cette maladie qui consiste à croire être ce que les gens pensent que vous êtes.

Vous enregistrez des disques, écrivez des romans, jouez au cinéma. Vous sentez-vous légitime dans toutes ces disciplines?
J’ai toujours pensé avoir cette légitimité de faire de la musique. Je joue de la guitare depuis mon ­adolescence, j’ai eu des groupes avant de me lancer en solo, j’ai de la pratique. La musique et le rock sont des arts populaires. Les chansons naissent dans la rue, on les chante partout. Je ne me sens pas un usurpateur. En littérature, j’ai la chance d’avoir un éditeur (P.O.L.) qui a bonne réputation et dont on ne remet pas en cause la crédibilité. Je me suis approprié moi-même cette liberté d’écrire des romans. Je n’ai pas attendu de recevoir l’autorisation. Bien sûr, ça ne donne aucune indication sur la qualité ou l’utilité de ce que j’écris. Mais pour moi, c’est utile et ça me suffit.

Le 7/12. La Madeleine, Bruxelles.

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