100 ans Toots Thielemans: une exposition lui rend justice

À l’occasion du centenaire de la naissance de Toots Thielemans ce 29 avril, une passionnante exposition à la Bibliothèque Royale (KBR), à Bruxelles, rend enfin justice à ce ketje des Marolles devenu icône du jazz international. D’autres festivités sont prévues.

Toots thielemans
Souffrant d’asthme, le jeune Toots avait trouvé une technique particulière pour souffler dans son harmonica. © KBR

Entre un sourire et une larme”. Voilà comment Toots Thielemans décrivait son style musical qu’il a imposé sur les scènes internationales les plus prestigieuses. Harmoniciste, mais aussi accordéoniste, guitariste et siffleur, ce ketje né dans les Marolles voici exactement cent ans (le 29 avril 1922) nous a quittés le 22 août 2016. À sa disparition, ses archives réunies dans le Fonds Toots Thielemans ont été confiées à la Bibliothèque Royale (KBR). Son impressionnante collection d’instruments, quant à elle, venant enrichir les étagères du Musée des Instruments de musique (MIM).

Il aura fallu attendre le centenaire de la naissance du musicien pour que cet héritage soit enfin réuni. L’expo immersive The Sound Of A Belgian Legend, qui a lieu dans des bâtiments peu visités de la KBR (notamment plusieurs pièces du palais de Charles de Lorraine), est un véritable cadeau du ciel. Tout d’abord parce qu’il y est principalement question de musique. Celle jouée par Toots qu’on entend dans un casque tout au long de la visite. Mais aussi parce que la démarche permet autant au mélomane d’approfondir ses connais­sances qu’au curieux de rentrer dans l’univers du jazz, moins hermétique qu’il n’y paraît. Affiches de concerts, photos, partitions, instruments, pochettes de sa pléthorique discographie, partitions… On se rend enfin compte de la polyvalence du musicien qui, tout en côtoyant les plus grands, se plaisait aussi à enregistrer des disques d’easy listening, de l’exotica ou des pubs.

Entre une photo avec le légendaire Benny ­Goodman, l’harmonica de poche dont il ne se séparait jamais, ses passeports attestant d’une vie de globe-trotteur du jazz et un quiz ludique, on découvre une lettre envoyée en 2016, quelques jours après sa mort, à son épouse Huguette ­Thielemans. “La musique soufflée dans l’harmonica de votre mari a beaucoup compté pour moi.” Elle est signée Barack Obama, alors président des États-Unis. Pas mal pour quelqu’un qui souffrait d’asthme dès sa naissance.

The Sound of a Belgian legend, jusqu’au 31/8. KBR, Bruxelles.  Concerts, colloques, visite guidée. Un gros programme d’activités autour du centenaire de Toots. Infos sur www.kbr.be.

Concert Toots 100, le 29/4, Bozar, Bruxelles. Le 1/5, Tournai Jazz Festival.

Multi-instrumentiste

Le jeune Toots Thielemans commence à jouer de l’accordéon avant de découvrir la flûte, la guitare et l’harmonica. Avec sa fidèle guitare Rickenbacker, il enregistrera le clas­sique “The Whistler And His Guitar” paru en 1963 sur le label suédois Metronome Records où on trouve Bluesette. Au début des sixties, il conseille au jeune John Lennon de s’acheter une Rickenbacker du même modèle.

Toots Thielemans

© KBR

Le manuscrit de Bluesette

Toots Thielemans a composé plus de cent morceaux. Le plus connu, bien sûr, reste Bluesette, mélodie en trois temps qu’il crée en 1963 sous son vrai nom Jean Thielemans. Initialement, comme on le voit dans cette partition originale, le titre s’appelait Bluette. Toots le corrige au stylo et l’intitule Bluesette qui symbolise ses deux influences: le blues américain et le bal musette populaire occidental.

bluesette

© KBR

La consécration au Carnegie Hall

Le 16 mars 2006, la crème du jazz international lui rend hommage au Carnegie Hall, la salle mythique new-yorkaise. Autour de Herbie Hancock, de Kenny Werner, de Scott Colley ou encore de la star ­brésilienne Eliane Elias, Toots rappelle ses racines belges en interprétant notamment Ne me quitte pas de Jacques Brel, Bluesette ou Bruxelles sous la pluie.

Toots Thielemans

© KBR

L’ami des stars

Toots a joué avec les plus grands. De Bennie Goodman à Billie Holiday, en passant par Charlie Parker, Ray Charles, Count Basie, Quincy Jones, Stevie Wonder, Lester Young, Herbie Hancock, Bill Evans ou encore Nick Cave (sur une reprise du Hey Joe popularisé par Jimi Hendrix). Down Beat, la bible du jazz américain, l’a élu plusieurs années de suite meilleur artiste dans la catégorie “instruments hors du commun”.

De toutes les causes

S’il regrettera d’avoir été “ingrat” pour ne pas avoir défendu publiquement la cause des droits civiques lors de ses premiers séjours aux États-Unis, Toots ne refusera jamais de participer par la suite à des actions caritatives. On le voit ici avec Tom Barman, du groupe rock dEUS, pour une campagne “fairtrade” d’Oxfam, début des années 90.

Deus et Toots Thielemans

© KBR

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