Paul-Henri Wauters du Botanique: "Plus il y a de festivals, mieux c’est, mais…"

À la veille de son festival, du 27 avril au 4 mai, le directeur du Botanique analyse les changements d’habitude du public et prône une régulation saine du marché du live.

Nuits Botanique
Même pendant la pandémie, les Nuits ont été maintenues. © Stéphane Risack

Vingt soirées, deux cents noms, quinze artistes/groupes belges qui viennent présenter leur nouvel album ou EP, des créations et des gros buzz internationaux féminins comme Wet Leg ou Los Bitchos dont on vous a déjà dit le plus grand bien. Pour leur retour dans la grille du printemps (après deux versions confinées en automne 2020 et 2021), les Nuits Botanique affichent leurs ambitions. Directeur du Centre culturel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Paul-Henri Wauters préface son festival dans un contexte concurrentiel particulier.

Contrairement aux autres festivals, les Nuits Botanique ont été maintenues en 2020 et 2021 pendant la pandémie. C’est une force pour vous?
Paul-Henri Wauters -
Plus qu’une force, c’était un véritable coup de force de notre part. Nous avons organisé ces deux éditions, en octobre 2020 et en septembre 2021, avec de nombreuses incertitudes liées aux protocoles sanitaires, à l’évolution de la pandémie, aux plannings des artistes et à la réaction du public. Bref, deux éditions “bizarres” et “patchwork”, mais qui ont existé et avaient belle allure. Pour nos équipes, elles ont permis de ­ressouder les liens et de montrer que nous étions capables de réaliser des choses dans des conditions très difficiles. Elles ont fait aussi beaucoup de bien au public et aux artistes. Alors oui, le Botanique est sorti encore plus fort de cette expérience.

Quels sont les points forts de l’édition 2022 des Nuits?
Je mettrais en avant la présence importante d’artistes belges qui viennent présenter leur nouvel EP ou leur nouvel album. Il y a une quinzaine de concerts “releases”. Ça nous fait plaisir de voir que de nombreux artistes attendent le festival pour sortir un nouveau projet. Plus que jamais, ils ont besoin d’un contexte approprié pour ­mettre en lumière leur création et les Nuits fournissent cet environnement. Ça nous rend très fiers. En tant que centre culturel, le Botanique a oublié depuis longtemps le mot “mission” au profit de celui de “passion”. Mais cette passion ne nous empêche pas de garder une ligne cohérente, exigeante et qualitative.

Lire aussi > Les Nuits Botanique 2022: les dix concerts à ne pas rater

Botanique

© BelgaImage

Les Nuits se déclinent sur trois semaines. N’est-ce pas trop long pour maintenir une dynamique de festival?
Les Nuits se déroulent en moyenne sur une douzaine de soirées. Ici, nous en sommes à vingt. C’est long, certes. Mais plus qu’une volonté de notre part, c’est surtout une conséquence des reports des ­concerts de ces derniers mois. Comme d’autres organisateurs, nous avons préféré trouver de nou­velles dates, notamment dans le cadre des Nuits, plutôt que d’annuler et de rembourser. Cette manière de sortir du tunnel “covidien” nous a ­permis de nous protéger économiquement tout en donnant des perspectives aux artistes. Aux Nuits, nous avons 80 “capsules” de concerts (quatre salles ouvertes sur 20 jours – NDLR), mais l’offre est diversifiée. Il n’y aura pas de lassitude.

L’Arena 5 au Palais 5, le Core dans le parc Osseghem… On ne compte plus les nouveaux festivals à Bruxelles…
A priori, je me dis que plus il y a de la musique, mieux c’est pour le public, les artistes et les techniciens. Surtout après deux ans de pandémie. Mais concrètement, ce n’est pas facile. Sans compter le pouvoir attractif des méga-concerts au stade Roi Baudouin qui assèche forcément le portefeuille en amont, il y a forcément des concurrences qui se développent. Le Core (nouveau festival organisé par Live Nation/Rock Werchter et Tomorrowland, les 27 et 28 mai au parc Osseghem – NDLR) a une affiche qui est assez proche de celle des Nuits. Nous entretenons de bons rapports avec Live Nation avec qui on travaille toute l’année. Mais on peut se demander si l’année prochaine ce booker (qui détient 80 % du marché du live) nous proposera encore des artistes internationaux de qualité pour les Nuits alors qu’ils ont leur propre festival à organiser dans la même ville deux semaines plus tard. Le marché est libre, mais j’attends tout de même des opérateurs privés et des pouvoirs publics la mise en place d’une forme de régulation saine. Le Botanique, l’Ancienne ­Belgique, les petites salles de Bruxelles, Couleur Café… C’est aussi le patrimoine culturel bruxellois. Il faut le préserver. Depuis la reprise des concerts début 2022, je constate simplement que les gens réservent leur ticket chez nous de plus en plus tard. On n’est pas inquiets car on a la chance d’avoir une communauté de fidèles, mais il y a clairement un changement d’habitudes après le Covid.

Qu’est-ce qui distingue les Nuits des autres festivals belges?
En Fédération Wallonie-Bruxelles, les Nuits sont le seul festival qui fonctionne au “concert” dans le même lieu. Avec ce système de billetterie unique, le public doit choisir sa salle pour la soirée, quelque part, ça le “fidélise”. On essaie de proposer chaque soir quatre styles de musique différents dans nos quatre salles. Il y a moins de transhumance d’une scène à l’autre, mais ça permet aussi de ne pas avoir de salle vide pour les premières parties. Après les concerts, les gens se réunissent dans le parc ou le bar intérieur. C’est un beau mélange dans un lieu ­unique, à la fois urbain, bucolique et intime.

LES NUITS BOTANIQUE, du 27/4 au 16/5. Botanique, Bruxelles. www.botanique.be

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