Arno, une vie en images

Épicurien surréaliste du rock et icône nationale, Arno est décédé le samedi 23 avril à l’âge de 72 ans des suites d’un cancer du pancréas. Images d'un personnage.

Arno
© Danny Willems

Les débuts avec Freckle Face et Tjens Couter

En 1972, alors qu’il travaille comme cuisinier à Ostende, Arno Hintjens fonde avec son ami guitariste Paul Couter le groupe Tjens Couter avec lequel il avait déjà joué au sein de l’éphémère Freckle Face. Ils sortent deux albums de blues rock (“Who Cares” en 1975 et “Plat du jour” en 1978). “Avec Paul, j’ai écumé tous les clubs du littoral belge. On nous payait avec une bière et un sandwich au jambon. Il y avait parfois une tranche de fromage et on ne se plaignait pas car on aimait ça. C’était la liberté.”

Arno

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TC Matic: putain, putain, c’était vachement bien

Né des cendres de Tjens Couter, dont il garde les initiales, Arno fonde T.C. Matic en 1981. Sans Paul Couter, mais avec le claviériste Serge Feys, Jean-Marie Aerts (guitare), Ferre Baelen (basse) et Rudy Cloet (percussions). Entre 1981 et 1985, T.C. Matic publie quatre albums, joue partout en Europe (notamment avec Simple Minds) et signe des hymnes fameux (Oh la la la, Putain putain, Elle adore le noir pour sortir le soir…).

TC Matic

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L’envol en solo

Avec “Arno” (1986), Arno entame une fructueuse carrière solo (quatorze albums studio sans compter le disque posthume attendu pour septembre). Il chante en anglais, en français et en dialecte ostendais. Il élargit sa palette lyrique, enchaîne les tournées et les collaborations (John Parish, Jane Birkin, Stephan Eicher). Avec “À la française” en 1995, sa carrière explose outre-Quiévrain. Il multiplie aussi les projets parallèles (Charles et les Lulus, Arno And The Subrovnicks,…).

Arno

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Une carrière au cinéma

Sous les conseils éclairés de son manager Cyril Prieur, Arno finit par prêter attention aux scénarios qu’on lui propose. Il tourne dans une dizaine de films, notamment l’hilarant Camping Cosmos de Jan Bucquoy (1996) où il donne la réplique à Lolo Ferrari, Alors, voilà (1996) de Michel Piccoli avec qui il restera très proche et J’ai toujours rêvé d’être un gangster (2008) de Samuel Benchetrit, où il joue une scène anthologique avec Alain Bashung. Toutefois, il nous déclarera ne pas trop aimer le cinéma, “un vrai métier où les gens se prennent au sérieux, il faut travailler et beaucoup attendre”.

Arno au cinéma

© Prod

Ambassadeur d’Ostende

Né le 21 mai 1949 à la clinique Sainte-Élisabeth des Hirondelles d’Ostende, Arno est toujours resté fidèle à la Reine des plages dont il était le meilleur ambassadeur. Dès T.C. Matic, il truffe ses chansons de dialecte ostendais, mais il faut attendre l’album “Santeboutique” en 2019 pour qu’il lui rende hommage avec Oostende Bonsoir. “Je n’ai jamais voulu écrire une chanson sur ma ville natale car je sais que je ne pourrai jamais faire mieux que Comme à Ostende composé par Jean-Roger Caussimon et Léo Ferré.”

Arno à Ostende

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L’ami de tous

Jeunes ou vieux. Célèbres ou anonymes. Arno s’en foutait. Il aimait tout le monde. C’était un homme entier dont l’inspiration se nourrissait du quotidien. De Stromae à Starflam, en passant par Alice On The Roof ou Zwangere Guy, il collaborait avec la jeune génération qui le vénérait. Pourquoi? “Je ne sais pas, nous avait-il répondu lors de notre dernière rencontre. Il faudrait peut-être leur demander. Peut-être, c’est parce que moi je les adore aussi.”

Arno et Stromae

© BelgaImage

Arno l’icône nationale

Arno reçu par le roi Philippe le 21 février, honoré pour l’ensemble de sa carrière lors du Festival du film d’Ostende, décoré de l’Ordre de la Couronne “pour services rendus à l’État belge” et ovationné par le public lors de ses derniers concerts. De l’aveu de son entourage, le chanteur, pourtant si pudique, a été particulièrement touché par ses messages d’affection alors qu’il était au bout du chemin. Adamo et Plastic Bertrand lui avaient encore fait un clin d’œil au Cirque Royal un jour avant son décès, tout comme sa copine Jane Birkin lors de son concert bruxellois voici deux semaines.

Arno avec le Roi

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Le dernier concert

Tout un symbole. C’est au Kursaal, la salle du casino de sa ville natale d’Ostende, qu’Arno a donné son tout dernier concert le vendredi 25 février dernier. C’est debout, le point levé et les lumières allumées qu’il fait reprendre au public “Oh la la la, c’est magnifique” dans l’émotion que vous devinez. En introduisant (en néerlandais et en français) Les yeux de ma mère, chanson écrite pour sa maman disparue en 1973, il dira en pointant un doigt vers le ciel “Lulu, j’arrive bientôt”. On y était. Quand on l’a vu quitter la scène le corps complètement craquelé et le visage livide, nous savions que nous venions d’assister à son ultime baroud live.

Arno dernier concert

© BelgaImage

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