Juliette Armanet: "Trahir les sentiments amoureux, c’est interdit!"

La Lilloise a retourné le Cirque Royal hier soir. Nous l’avons rencontrée juste avant ce concert pour aborder son deuxième album « Brûler Le Feu », mais aussi son rapport avec le public et les séances de dédicaces qu’elle livre à chaque date : « c’est comme une séance de psy dans les deux sens! »

Juliette Armanet ©Studio L'étiquette
Juliette Armanet ©Studio L’étiquette

Un premier album sorti en avril 2017, “Petite Amie”, et c’est un carton. Plus de deux cent mille copies écoulées, la Victoire de l’album révélation de l’année 2018. Le Festival de Cannes 2018 l’invite à chanter Les Moulins de Mon Cœur à la cérémonie d’ouverture. Le premier chapitre est un succès. La suite de l’histoire est marquée par une crise sanitaire, l’arrivée d’un enfant puis la préparation et la sortie du 2ème album en novembre 2021, “Brûler le feu”, pour lequel elle s’est entourée de réalisateurs de renom, comme SebastiAn avec qui elle fait un duo, Bastien Dorémus qui bosse avec Christine & The Queens ou encore Yuksek. Un disque plus minéral, plus “ chaud ”, plus “ dancefloor ”, comme elle l’a prouvé sur la scène du Cirque Royal ce 11 avril. Quelques heures avant de se présenter à son public belge, l’artiste originaire de Lille nous accueillait dans sa loge. Une loge qu’elle a investie avec des fruits secs, du miel, une théière et un clavier à portée de main.

Le clavier vous accompagne en permanence ?

JULIETTE ARMANET – Oui! C’est pour répéter un peu avant de monter sur scène. C’est bien d’avoir toujours un instrument à sa portée pour jouer au cas où on a des idées, au cas où on est hanté par une chanson. En ce moment, je suis hantée par une chanson de Rosalia, Hentai, alors je la chante. C’est comme ça que je me chauffe la voix.

En quoi “Brûler Le Feu” parle de vous aujourd’hui et de l’époque que nous vivons?

Ce deuxième album parle de la femme que je suis devenue. Il parle d’une métamorphose. Il est plus chaud, plus libéré harmoniquement. En termes d’orchestration, il y a une intensité physique dans ce disque qui est nouvelle pour moi. En ce qui concerne l’époque, je crois que Brûler le Feu pourrait être un slogan pour une révolution, une insurrection même. En ce qui me concerne, c’est une insurrection amoureuse mais quand je la chante, je fais vraiment appel à un sentiment de révolte. Ça parle d’un monde qui meurt et je le ressens comme tel. Mais aussi d’un monde qui survit.

Qu’est-ce qui vous révolte ?

L’incapacité à donner, à comprendre quand l’amour est là et à s’ouvrir à lui. Ce qui me révolte, c’est la trahison. Trahir les sentiments amoureux, c’est interdit!

La crise sanitaire que nous avons connue colore-t-elle ce deuxième album ?

Oui bien sûr. En plus, j’ai eu un enfant dans ce contexte complètement délirant. La réponse à ce contexte, c’était de rester en vie et d’aller convoquer les sentiments les plus forts, le corps, la danse, la fièvre. En fait, on est pas mal d’artistes à avoir pris le contre-pied en faisant des albums vivants, dansants, solaires. Ma réponse à moi c’est d’être plus vivante, plus fiévreuse que jamais.

Est-ce que ce disque est traversé par l’idée d’être connecté avec les autres ?

Oui et il parle aussi de la beauté d’une rencontre. Rencontrer quelqu’un qui vous bouleverse, qui vous touche, qui vous émeut. C’est rare dans une vie d’avoir des gens qui vous percutent.

Quelle est la dernière rencontre qui vous a bouleversée ?

La personne pour laquelle ce disque a été écrit. Aujourd’hui je vis sans, je vis autrement mais cette histoire perdure quand même.

Ce disque, c’est une manière de prolonger cette histoire?

Je crois. C’est une manière de donner du sens à quelque chose qui nous a échappé, c’est une manière de continuer à vivre l’histoire. C’est très juste. C’est la partager aussi avec les autres, se sentir moins seule.

Qu’est-ce qu’il vous a appris, cet album ?

J’avais très peur de ne pas le réussir, de ne pas me plaire. Un disque, on le fait aussi pour soi-même. Alors j’ai énormément appris en tant que musicienne. Le fait de convoquer les cordes dans les orchestrations, le fait d’avoir une exigence de production différente, ça a ouvert des choses en moi qui m’ont littéralement passionnée. Et de transmettre aujourd’hui cette énergie-là sur scène, ça me fait me rendre compte que c’est un album intense, fiévreux.

Et sur vous, il vous a appris quoi ?

C’est trop tôt pour le dire. Ça m’a peut-être appris que j’en étais capable. J’ai connu des épreuves pour faire ce disque. Ça m’a appris la ténacité mais je crois que j’ai encore des choses à découvrir sur ce disque. Quand on finit un album, on se retrouve devant un objet qui peut étonner. Quand je le chante aujourd’hui sur scène, je suis même parfois étonnée de certaines compositions. Cet album ouvre des choses en moi, petit à petit. Je serai une femme différente quand j’aurai fini cette tournée.

Il ressemble à quoi, votre public?

J’aime bien l’idée qu’il n’y ait pas de portrait type. Après chaque concert, je vais faire des dédicaces. Je leur demande ce qui leur a plu, j’aime avoir des commentaires à chaud et de voir les visages aussi. Ces séances de dédicaces, c’est comme une séance de psy dans les deux sens! Les gens me disent que telle ou telle chanson leur a sauvé la vie à un certain moment, qu’ils ont écouté telle autre pour passer leur bac ou pour un voyage à tel endroit. C’est dingue quand même.

Est-ce qu’il y a une chanson qui vous a sauvée?

Un Homme Heureux de William Sheller. C’est une chanson qui me tient à la fois en tant que personne et en tant que musicienne. C’est le Graal, cette chanson. J’espère arriver un jour à avoir cette concision et cette puissance-là d’écriture.

Le 5/12,  à L’Ancienne Belgique, Bruxelles.

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