Pourquoi on aime Arno

Cette semaine, malgré l’éloignement et l’annulation d’un concert tant attendu, le chanteur était présent dans nos esprits grâce à une interview diffusée sur France Inter. L’occasion de comprendre le lien qui nous unit à ce personnage, à la fois, bon copain et trésor national.

Arno chanteur Belgique maladie
@BELGAIMAGE

Dans une actualité qui ne nous laisse pas beaucoup de répit, nous sommes obligés de gratter pour mendier autre chose que de la tristesse. Dans une actualité qui malmène nos esprits et nous accable un peu plus chaque jour, nous avons besoin de nous sentir unis, traversés par un sentiment de bienveillance.

La sortie ratée de l’épidémie, la guerre en Ukraine, le drame de Strépy-Bracquegnies, l’incendie des prix (cette semaine, on a entendu des gens dire au JT qu’ils avaient demandé un certificat à leur médecin parce qu’ils ne pouvaient pas payer l’essence nécessaire pour rejoindre leur poste de travail) – la charge est lourde.

À cette ambiance morose, que même le retour des beaux jours et des terrasses n’arrive pas vraiment à pimper, s’ajoutent les nouvelles sur la santé d’Arno dont on sait qu’il est en plein bras de fer avec son cancer. Après l’annulation de son concert tellement attendu et programmé le 15 mars à l’AB, Arno continue de se promener dans l’actualité, prouvant sa force à exister et sa capacité à nous réunir, même s’il est hélas contraint de reporter tous ses rendez-vous.

La semaine dernière, le chanteur était fait Officier de l’Ordre de la Couronne  – titre si officiel, si honorifique et si “surréaliste” (c’est son mot) pour le type le plus sexy de Belgique qui avait l’habitude de nous dire “Tu sais, moi, je suis une lesbienne”, provoquait le regard en exhibant le corps d’un homme nu sur la pochette du premier album de son groupe TC Matic paru en 1981 et parlait mal dans des chansons – “Putain, putain, c’est vachement bien. Nous sommes quand même tous des Européens”, vieux refrain-slogan de 1983 qui n’a jamais été autant à la page.

Son personnage, sa poésie

On ne sait pas trop où était Arno cette semaine. Pourtant, une fois de plus, il était avec nous… Mercredi, il cassait la baraque dans Boomerang, l’émission d’Augustin Trapenard diffusée sur France Inter. Tout le monde a parlé de cette interview enregistrée à Bruxelles, sur les banquettes en velours élimé de L’Archiduc – plus qu’un bar, une base dans la petite mythologie d’Arno. Un moment ahurissant de tendresse pendant lequel le chanteur a  annoncé qu’il avait entamé le chantier d’un nouvel album, suscitant de nombreuses réactions sur les sites d’infos et les réseaux sociaux.

Dans la conversation, Arno en a profité pour évoquer son fantasme ultime – enregistrer un duo avec Mireille Mathieu, désir qu’il avait déjà exprimé dans une interview qu’il nous avait accordée il y a un an. A notre journaliste Luc Lorfèvre, il avait confié: ”Mireille Mathieu, c’est mon idole. Pour sa voix et pour ses cheveux. La France, pour moi, c’est la Tour Eiffel et Mireille Mathieu.” Comment lui donner tort? Arno est si désarmant de sincérité…

Dans une ambiance feutrée, de sa voix éraillée et basse, Arno converse avec un Augustin Trapenard délicat qui avance sur des œufs, évoquant la maladie sans jamais la nommer. Comme il nous avait dit “Je ne pense pas au futur, fuck le passé, je vis le présent”, il dira à Trapenard “Dans l’état où je suis maintenant, le passé n’existe plus – aujourd’hui, c’est la vérité” et puis, conclura: “Je ne me plains pas, je dis merci à la vie.” Si son dernier disque s’intitule Vivre, il serait bien inspiré de baptiser le nouveau Vivre encore ou Vivre plus.

Et si notre attention est attirée par Arno, si sa présence enclenche le thermostat du cœur, c’est parce qu’il incarne quelque chose qui ressemble à un trait d’union – trait d’union entre les communautés, trait d’union entre les langues, trait d’union entre les générations. Tout l’intérêt pour l’actualité autour d’Arno résume le lien affectif qui le lie à un pays dont il a su braquer les coffres pour y installer son personnage et sa poésie. Quelque part entre Spilliaert, Ensor, Adamo et une table mouillée de ronds de bière au bistrot du coin.  Arno, on l’aime parce qu’il réussit l’exploit d’être aimé par tout le monde, y compris par ceux et celles qui ne connaissent pas une seule de ses chansons, sans oublier ceux et celles qui les connaissent toutes.

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