Julien Doré: "Je suis un mec d’1m73 qui ne fait que passer"

Julien Doré sera à Forest National ces 19 et 20 mars. Pour Moustique, il évoque son retour à la scène, sa paternité, sa nouvelle vision du métier de chanteur et… son message envoyé au roi Philippe.

Julien Doré
© Goled Zinowskicus

Le 26 février dernier, Julien Doré donnait enfin le coup d’envoi de son Aimée Tour, du nom de son album (et de sa réédition " Aimée Encore ") paru en septembre 2020. Sur ce disque générationnel aux textes souvent prémonitoires, le chanteur questionne le monde, réinvente la mélancolie pop et dévoile une sensibilité rare. À la veille de ses deux dates à Forest National (c’est complet le samedi 19 mars, il reste encore quelques places pour le dimanche 20 mars), Moustique a pris la température pour constater que tout roule pour l’ami Doré, plus humble, sincère et humain que jamais. Après les deux shows à Bruxelles, il nous reviendra le 10 juillet au Baudet’stival, le 6 août au Ronquières Festival et encore le 11 décembre à Forest National.

Vous avez donné le coup d’envoi de votre tournée le 26 février à Aix-en-Provence. Qu’avez-vous ressenti au moment de monter sur scène?
Julien Doré – Cela faisait quatre ans que je n’étais plus monté sur scène, dont deux années où les artistes étaient carrément empêchés de le faire. Le soir de la première, j’ai ressenti quelque chose de plus vaste que ce qui touche à ma petite personne. Je me suis rendu compte qu’occuper une salle de spectacles, qu’on soit artiste, technicien ou spectateur était quelque chose d’essentiel. Et savoir que ce truc-là nous était à nouveau " autorisé " a créé une nouvelle énergie. C’est un truc vital qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.

Pour cette tournée, vos concerts débutant par La Fièvre avec cette phrase symbolique " Le monde a changé, il s’est déplacé quelques vertèbres ". Vous ne pouviez pas faire autrement?
Lorsque j’ai écrit La Fièvre en 2019, je n’aurais jamais pu imaginer à quel point ce monde allait changer autant. J’étais dans l’instant présent quand j’ai créé cette chanson et elle prend aujourd’hui une autre dimension. Je ne veux pas trop dévoiler les choses avant les dates de Forest National, mais quand je l’interprète sur scène, La Fièvre est enrichie d’un arrangement symphonique qui permet de rentrer dans le spectacle avec beaucoup de poésie. C’était la première chanson de mon album " Aimée " et ça me semblait une évidence qu’elle introduise les concerts de cette tournée.

C’est quoi le concert parfait pour Julien Doré ?
Pour moi, c’est un mélange de deux sentiments paradoxaux. Je dois d’abord avoir l’impression que mon langage artistique dans la mise en scène, la musicalité et les chansons a été parfaitement compris et ressenti par le public. Mais dans la notion de " concert réussi ", il y a un autre versant : celui du dérèglement. Je parle de ces moments où, malgré la préparation, la technique et les répétitions, il se passe un couac qui vous sort complètement de votre zone de confort. Voici quelques jours, je me suis planté dans un couplet sur la chanson Les Limites. J’ai choisi d’arrêter le morceau et pris le temps d’expliquer aux spectateurs que j’avais merdé. Après le concert, mes musiciens m’ont dit que c’était l’un des instants les plus forts de la soirée car quelques chose s’était soudé avec le public. Le concert " parfait " se situe dans ces deux éléments : la maîtrise et les moments de fébrilité.

Votre classique " Bichon " vient d’être réédité pour son dixième anniversaire. Est-ce que le Julien Doré d’aujourd’hui fait de la musique pour les mêmes raisons que celui qui chantait alors Kiss Me Forever?
Non. Les raisons ont changé parce que la vie a changé, tout comme le regard que je porte sur certaines choses. Entre " Bichon " et " Aimée ", il y a une autre façon de vivre ma passion. Aujourd’hui, je n’ai plus cette " rage " de conquérir, de trouver ma place ou une légitimité comme c’était le cas sur mes premiers albums. J’ai un rapport plus apaisé par rapport à la musique. Je travaille beaucoup, je fais les choses sérieusement mais ce qui prime, c’est le sourire que j’ai sur le visage. Je sais que la place que j’occupe est fragile et peut très vite s’évaporer. Mais si je l’occupe, il faut que ce soit pour les bonnes raisons. J’ai le luxe immense de pouvoir dire oui, dire non, d’attendre pour faire un album ou une tournée et d’avoir des gens qui m’aiment bien et qui respectent ma démarche. Bashung, Cabrel, Christophe, Daho… Les artistes que j’aime et qui m’ont donné envie de faire ce métier tendaient aussi à ce luxe.

Vous êtes beau mec, avez du succès, de l’humour, de l’humilité et venez d’être papa. Vous avez coché toutes les cases?
Ce qui me touche dans ce que vous citez, c’est le fait d’être papa et d’avoir de l’humour. L’humour a toujours été salvateur pour moi. Depuis que je suis tout petit, l’humour a toujours été une façon de contrer ma sensibilité et ma timidité. C’est vraiment quelque chose que j’essaie de transmettre autour de moi. Quant aux cases cochées comme vous dites, tant mieux mais ce n’est rien… Le soir quand je fume ma clope avec mes chiens en regardant l’immensité de la voie lactée au-dessus des Cévennes, je me rappelle que je suis un mec d’1 mètre 73 qui ne fait que passer. On n’est rien du tout en fait.

Vous avez envoyé un message sur Instagram au Palais Royal de Belgique pour qu’il vous autorise la pleine capacité à Forest National. Vous vous attendiez à une réponse?
Non, et la réponse m’a complètement bouleversé. J’en avais les larmes aux yeux. À un moment, il se trouve que nous nous inquiétons pour nos deux concerts à Forest National car la Belgique n’était pas encore passée au code jaune autorisant la pleine capacité des salles. J’ai trouvé sur Instagram un compte officiel du Palais Royal de Belgique et je me suis dit que j’allais envoyer une lettre au roi Philippe. Le Palais m’a répondu avec humour, élégance, simplicité et bienveillance. Voilà pourquoi j’aime la Belgique. Cette réponse montre ce qu’il y a dans votre ADN et dans votre cœur. Oui, ça m’a profondément touché.


Dans son nouvel album " Multitude ", Stromae évoque avec sa poésie et sa dérision les joies de la paternité dans C’est que du bonheur. Etes-vous prêt à parler de votre rôle de papa en public ?
J’ai envie de vous raconter mon bonheur d’être père car c’est trop génial. Je vous fais confiance mais je sais aussi qu’on se parle dans le cadre d’une interview. Ce truc de la chanson de Stromae, je l’ai montré à ma manière dans le clip de Kiki. Ce morceau figure sur mon album " Aimée ". Elle parle du point de vue d’un enfant. Quand je l’ai écrite, je ne pensais même pas être père. Et puis avec mon ami belge réalisateur Brice VDH. On a l’idée d’un clip, avec couple dont la femme (rôle joué par Virginie Efira) est enceinte. Et vous savez quoi ? Quand le clip a été tourné dans une maternité belge, non seulement j’avais appris que j’allais devenir père, mais la compagne de Brice était aussi enceinte. Un truc de fou…

Les 19 mars (complet), 20 mars et 11 décembre à Forest National.
Le 10 juillet au Baudet’stival.
Le 6 août au Ronquières Festival.

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