Stromae: "J’ai peur d’être le mec vieux qui veut faire de la musique jeune"

Deux jours avant la sortie de son album « Multitude », Stromae évoque ses retrouvailles avec le public, son rôle de père, ses nouvelles chansons et le temps qui passe. « Je suis un mec heureux », a-t-il déclaré ce mercredi à Bruxelles, lors d’une conférence de presse. Extraits.

Stromae sort son album Multitude
Stromae. © Robin Joris Dullers

Deux jours avant la sortie de son album " Multitude ", dont Moustique vous a déjà dit le plus grand bien, et une semaine après son exceptionnel concert avant-première au Palais 12 de Bruxelles, Paul Van Haver a convié les médias belges ce mercredi 2 mars à la Maison de la Poste, Gare Maritime, à Tour & Taxis pour une conférence de presse. Morceaux choisis…

Les 3 premiers concerts

J’ai bien récupéré après les trois premiers concerts avant-première donnés la semaine dernière à Bruxelles, Paris et Amsterdam. Mais ça fait longtemps que je n’avais plus été autant épuisé. C’était un beau moment. J’en ai bien profité, même si je me mettais beaucoup de pression, qu’il y avait les doutes et le stress. Je me suis rendu compte aussi que j’avais acquis de la bouteille et de l’expérience. On a fait dix filages avec la musique et les chorégraphies, tout ça roulait. Quand j’ai chanté Invaincu (la première chanson du concert), j’étais assez ému de voir un tel enthousiasme dans le public. Tout cela et la rapidité avec laquelle les places pour ces concerts sont parties, ça m’a profondément touché.

L’écriture de Multitude

J’utilise de nombreux personnages pour raconter des histoires. Voilà mon métier: raconter des histoires comme un réalisateur le fait avec un film. Ceci dit, l’écriture n’est pas mon moment préféré. Je n’aime pas trop ça, me retrouver avec mon dictionnaire de rimes et trouver les mots… Honnêtement, je suis content quand c’est écrit. Je préfère faire de la musique.

Disque sombre

" Multitude " est un album sombre, c’est vrai. Mais je suis un mec heureux, je vous rassure. Mais j’ai toujours tendance à voir le verre à moitié vide. Et puis, des chansons positives sur le couple ou la paternité, il y en a déjà beaucoup. Dans le morceau C’est que du bonheur qui évoque ma paternité, je commence par la phrase " Je t’ai donné la vie tu as sauvé la mienne. " Tout est dit et puis je peux raconter ensuite les choses pour lesquelles on ne nous prépare pas comme papa, comme de se retrouver les mains dans le caca. Mais j’en ris… Le disque est sombre, certes, mais j’ai voulu le terminer par une chanson positive, Bonne Journée.

La musique dance

Je suis un peu fatigué de la dance music. C’est normal, j’ai vieilli. Mes soirées, je préfère les passer avec mon fils et ma femme plutôt qu’en boite de nuit. J’aime bien chiller en famille, regarder la télé. Pour la tournée Racine Carré, il y avait beaucoup de chorégraphies, je courais à gauche et à droite de la scène. Je pensais au public, je voulais divertir. Ici, je pense aussi à me faire plaisir, j’ai envie de passer du bon temps sur scène. C’est aussi lié à l’âge. Avec mon épouse Coralie, on a beaucoup parlé des nouvelles tenues de scènes et des chorégraphies pour cette tournée. Etre en bermuda avec un nœud pap’ à trente-sept ans, il faut arrêter ! J’ai des tenues de scène moins bariolées, moins colorées, plus sobres.

Nouvelle scène rap/trap

J’écoute ce qui se fait de nouveau en hip-hop, en afro-pop, en trap, la drill, tout ça…. Ça m’influence, mais j’ai aussi cette peur d’être le mec vieux qui veut faire de la musique jeune. J’ai essayé de faire de la drill sur cet album, je ne suis pas si vieux après tout, mais je n’ai pas été très loin. Je sens que c’est aussi la musique d’une autre génération et c’est la réalité. J’ai peur de sonner faux, de mal imiter. Je préfère mélanger des sons et des rythmiques à ma manière.

La meilleure leçon

La meilleure leçon apprise ces derniers mois ? Je peux faire mon travail de neuf à 17 heures et puis rentrer à la maison et mener une vie plus ou moins normale. Quand je rentre chez moi, il ne faut plus me parler musique ou studio. Je suis moins control freak qu’avant. Je suis plus vite lassé, c’est bien d’aller dans les détails mais aller trop loin, ça ne sert pas à grand-chose.

Mes rêves

Que mon fils soit heureux, que ma femme soit heureuse, que mes proches soient heureux. Je ne pense même pas à mes ambitions professionnelles. Ou alors un peu, mais je préfère garder ça pour moi.

La conquête des Etats-Unis

Quand j’étais gamin, je n’écoutais que de la musique en anglais. Je me dis que les Américains peuvent faire la même chose avec quelqu’un qui chante en français. Les préventes pour mes concerts ont bien démarré. Pour le Madison Square Garden, à New York (21 novembre), on a déjà vendu 6.000 places et l’album n’est même pas sorti. A Washington, Boston et San Francisco, on joue dans des salles équivalentes à des Zénith en France. Les places partent bien. Je ne sais pas à partir de quel moment je me dirai que j’ai réussi. J’ai envie d’essayer et tant qu’il y a du public, c’est qu’on a fait du bon travail.

Multitude, Mosaert/Universal. Sortie ce 4 mars.

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