Jane Birkin: "J’étais Melody  Nelson quand Serge a composé cet album"

À peine sortie du succès du documentaire Jane par Charlotte réalisé par sa fille Charlotte Gainsbourg, Jane Birkin remonte sur scène à La Louvière et à Bruxelles. Conversation avec un personnage extrêmement émouvant.

Jane Birkin
Jane Birkin. © BelgaImage

De passage à Bruxelles le samedi 12 février pour remettre un Magritte d’honneur à la cinéaste disparue Marion Hänsel qui lui avait offert l’un de ses plus beaux rôles dans Dust (1985), Jane Birkin en a ­profité pour “embrasser” son pote Arno. “J’aurais voulu passer un peu plus de temps avec lui, mais mon planning ne le permettait pas. J’espère avoir l’opportunité de le voir en concert.”

Comme le chanteur ostendais, Jane Birkin sort d’une longue convalescence. Déjà affaiblie dans les années 2010 par la leucémie, elle était victime d’un AVC l’été dernier. Certains craignaient le pire. Mais Jane a repris la route pour défendre l’excellent “Oh! Pardon tu dormais…”, album réalisé avec Étienne Daho où elle coécrit les treize chansons, trouvant les mots justes pour surpasser le chagrin causé par la mort de sa fille Kate Berry en 2013 et pour goûter à nouveau à la vie. Le succès du film documentaire de ­Charlotte Gainsbourg Jane par Charlotte, ­honteusement absent des grands écrans chez nous alors qu’il dépasse les 400.000 entrées en France, lui a aussi fait un bien fou.

Comment vous sentez-vous?
Jane Birkin – Merci de me poser la question. Je vais bien. J’ai repris les concerts et ce n’est que du bonheur. Je suis toujours bien accueillie dans les salles où je joue, le public est chaleureux, je voyage avec mon assistant Christophe et mon bulldog. Que rêver de mieux? J’ai hâte de chanter au Cirque Royal (le 13 avril) et à La Louvière (le 27 février). Mais j’aimerais avoir davantage de temps pour moi entre les dates. On met trop de choses dans mon planning. On le faisait avant mon AVC et on m’avait promis d’arrêter, mais ce n’est pas le cas.

À quoi doit-on s’attendre au Cirque Royal et à La Louvière?
Je me suis reposée sur les envies d’Étienne Daho. Je chante ce qu’il voulait entendre. C’est un ami, mais il a aussi une approche de fan. Il souhaitait que je reprenne plusieurs chansons d’”Histoire de Melody Nelson”. Il avait aussi envie que j’interprète Jane B, Ex-fan des sixties, Di Doo Dah. Étienne m’a aussi suggéré de garder mes cheveux raides, de commencer par le nouvel album qu’on a fait ensemble et de remonter ensuite le fil du temps en restant fidèle aux orchestrations originales.

Qu’est-ce que ça vous fait de reprendre “Histoire de Melody  Nelson” cinquante ans après sa création par Serge Gainsbourg?
Je me rends compte que j’étais Melody  Nelson quand Serge a composé cet album. Certes, j’étais enceinte de Charlotte et je n’avais pas “14 automnes et 15 étés” comme il l’a écrit dans la chanson Ballade de Melody Nelson. Mais c’était bien moi: la ­silhouette, l’accent anglais, le côté garçon, le fantasme qu’elle suscite chez le narrateur. J’ai une vraie légitimité pour interpréter des morceaux de cet album, mais je ne m’en rendais pas compte avant qu’Étienne Daho me suggère d’interpréter ces chansons sur cette tournée. Dans la salle, les gens ont l’air heureux, je vois leur petit téléphone briller dès que je dis “ça c’est l’histoire de…”. Même quand je fais le soundcheck l’après-midi dans la salle vide, les techniciens s’arrêtent de bosser pour écouter.

Après votre AVC survenu le 29 août dernier, vous n’avez cessé de remercier le personnel soignant. Vous lui devez la vie sauve?
Les soins intensifs français, je les connais pas cœur. Je m’y sens rassurée. Je sais que je suis en de bonnes mains. L’hôpital universitaire Avicenne à Bobigny, ça fait quinze ans que j’y vais. J’y suis comme à la maison. J’y ai été sauvée au moins deux fois. Quand j’ai fait mon AVC, une jeune aide-soignante m’a tenu la main toute la nuit. Les infirmiers qui m’ont déshabillée m’appelaient “madame”. Je leur disais “Non, pas de “madame” avec moi.  J’ai l’âge d’être votre grand-mère”. J’ai plein d’empathie pour le personnel soignant. J’ai été scandalisée quand j’ai appris qu’ils avaient droit au même menu dégoûtant qu’on sert aux patients. Il faut améliorer leur statut, ils sont totalement dévoués.

Comment êtes-vous ressortie des trois années de tournage du documentaire Jane par Charlotte réalisé par votre fille?
L’idée vient de Charlotte. Avec le recul, je vois ce documentaire comme une excuse pour nous voir plus souvent. Charlotte est partie vivre six ans à New York, à un moment délicat pour moi. Je venais de ­perdre Kate (Kate Barry, la fille de Jane et de John Barry, décédée le 11 décembre 2013 – NDLR) et j’étais à l’hôpital à cause de la leucémie. Même quand ­Charlotte était à Paris, on se voyait peu. Mais là, avec une caméra qui nous filmait, nous avons pu nous dire certaines choses plus facilement, des choses ­parfois très intimes que nous ne parvenions pas à exprimer en temps normal. J’ai ainsi compris qu’à un moment donné, elle se sentait jalouse de sa demi-sœur Lou (Lou Doillon, fille de Jane et du réalisateur Jacques Doillon née en 1982).  Peut-être que pour Charlotte, ce documentaire a permis d’établir un autre rapport avec moi comme ça lui est arrivé avec son père. Serge était très pudique dans la vie de tous les jours. Mais c’est en écrivant la chanson Lemon Incest et l’album “Charlotte For Ever” qu’il lui a montré tout son amour. C’est en présence de la caméra, lors du ­tournage du clip de Lemon Incest, qu’il l’a prise dans ses bras tendrement. Je ne crois pas qu’il faisait ça ­souvent quand il se retrouvait seul avec elle.

Vous vous attendiez à un tel succès pour le documentaire?
Si le documentaire Jane par Charlotte fait 400.000 entrées en France, c’est parce que ça parle d’une relation mère-enfant dans laquelle tout le monde peut se retrouver. Ce n’est pas un film intime sur l’histoire de Jane Birkin et Charlotte Gainsbourg. Plusieurs personnes me disaient à la sortie des projections: “Je dois appeler ma mère tout de suite, j’ai des tas de choses à lui dire”. Charlotte et moi, nous sommes heureuses car le succès nous a donné encore davantage d’occasions de nous voir lorsqu’on nous a demandé des interviews.

Le Musée Gainsbourg va ouvrir ses portes ce printemps, dans sa maison de la rue de Verneuil, à Paris, où vous avez vécu…
Cette maison était déjà un musée quand j’y vivais avec Serge. Je ne pouvais déplacer aucun objet. C’est Charlotte qui s’est occupée de ce projet. Je n’en fais pas partie, mais je pense que les gens vont être contents de découvrir ce lieu qui n’a pas changé depuis sa mort. Bien avant de quitter Serge au début des années 80, j’en avais marre de cette demeure. Je voulais avoir ma chambre, mon espace, ma liberté. À un moment, pour me garder, Serge avait même imaginé que je loue un appartement en face et qu’on le relie par un tunnel…

Vos projets après cette tournée de 40 dates?
Je suis dans l’écriture d’un scénario. J’ai été séduite par des visages féminins que j’ai vus récemment au cinéma, notamment ceux de Catherine Deneuve et Fanny Ardant. J’espère aussi faire une pièce de théâtre avec un auteur flamand.

Le 27/2. Centre culturel, La Louvière.

Le 13/4. Cirque Royal, Bruxelles.

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