Bernard Lavilliers: le retour généreux du poète engagé

Bernard Lavilliers débutait sa nouvelle tournée ce jeudi au Cirque Royal, à Bruxelles. Entre poésie engagée et invitation au voyage, sa proposition scénique fait plus que jamais un bien fou. Il chante à Liège et Mons ce week-end avant de revenir aux Solidarités.

Bernard Lavilliers au Cirque Royal de Bruxelles ce jeudi 24 février. Photo Eric Guidicelli
Concert de Bernard Lavilliers à Bruxelles 24 février 2022 au Cirque Royal. © Eric Guidicelli

A septante-cinq ans et après une opération au cœur (" Il  battait à 170. Je pensais que c’était le Covid. On a dû m’opérer d’urgence à l’aorte. Ils ont réparé ça ", nous expliquait-il en interview), Bernard Lavilliers pète la forme. Paru en novembre dernier, son album " Sous Un Soleil énorme " prenait le pouls du monde tout en offrant une synthèse de son univers, entre rimes poétiques, analyse politique et rythmes euphoriques. Ce jeudi 24 février, au Cirque Royal de Bruxelles, pour la première date de sa nouvelle tournée, il a confirmé que les pépins de santé étaient derrière lui et qu’il avait encore la niaque pour nous faire partager ses émotions.

Du tango au reggae

Lavilliers n’a jamais rien bradé sur scène. Son répertoire met en lumière son nouvel album mais balaie aussi son parcours mouvementé. Ses six musiciens sont choisis pour leur complicité, mais aussi pour leur capacité à changer aussi vite de tempo que d’instruments. En deux heures, on a ainsi entendu des guitares sèches façon " chanson traditionnelle française ", des trompettes salsa, des basses reggae, l’accordéon mélancolique du tango argentin, l’électricité urgente du rock, les accords de piano propres aux ballades crépusculaires, les pincées de cordes suaves de la bossa… Grand voyageur, il a toujours cette capacité à nous transporter en quelques mots d’une ruelle de Buenos Aires au ghetto de Kingston, de nous faire ressentir avec la même intensité le bruit de la tôle dans une usine de Saint-Etienne, celui de la lame d’un couteau dans une favela ou  des verres qui font " santé " lors d’une fiesta dans le quartier latino de Manhattan. On l’aime pour ça, mais aussi pour bien d’autres choses.

Bernard Lavilliers au Cirque Royal de Bruxelles ce jeudi 24 février. Photo Eric Guidicelli

Stand The Ghetto

Si Nanard lance fort logiquement les festivités avec des extraits de son nouvel album (Le Cœur du Monde, Les Portenos Sont Fatigués, Beautiful Days où dénonce le règne " des petits marquis "), il replonge plus que d’habitude dans ses grands disques des années 80 : On The Road Again (où il oublie les paroles et se prend une floche à la guitare), La Salsa toujours enivrante, une version époustouflante de Stand The Ghetto où il invite le bassiste carolo Daniel  Roméo, une émouvante version guitare/voix tremblante de Fortaleza, Idées Noires avec le public reprend les parties interprétées par Nicoletta sur la version originale.

Un homme au grand cœur

Grands frissons aussi lorsque Lavilliers rend hommage à son père  et à toutes les forces vives sur le splendide Les Mains D’Or, titre qui donne envie de redécouvrir son album " Arrêt sur Image " (2001). Ce jeudi au Cirque Royal, an a vu Lavilliers debout, on l’a aimé assis sur son tabouret avec sa guitare, plongé dans La Grande Marée (extrait de son album Le Stéphanois en 1975). On l’a vu cracher dans un mouchoir, se perdre parfois fois dans un couplet ou dans un souvenir, on l’a vu danser avec une " frangine portoricaine qui vit dans le Spanish Harlem ". Ce jeudi, on a vu un homme au grand cœur et on a hâte de le revoir encore.

Reportage photo: Eric Guidicelli

Le 25/2, Forum de Liège.

Le 26/2, Théâtre Royal de Mons.

Le 28/8, Les Solidarités, Namur.

Sur le même sujet
Plus d'actualité