Mustii: "Je me sens encore comme un imposteur dans le milieu musical"

Le comédien et artiste Mustii monte en puissance sur “It’s Happening Now”, deuxième album magistral qui ose briser le tabou de la schizophrénie.

thomas mustin alias mustii sort un nouvel album
© DR

Trois ans après “21st Century Boy”, qui permettait au comédien révélé dans La trêve de trouver sa place dans la scène musicale pop belge, Thomas Mustin, alias Mustii, ­affiche de nouvelles ambitions sur “It’s Happening Now”. Le garçon s’est entouré de musiciens, a enregistré à Paris, élargi sa palette sonore et musclé ses compositions sans pour autant masquer cette fragilité mélancolique qui faisait déjà sa différence. Si Mustii transforme ses prestations live en célébrations hédonistes, sa ­proposition artistique a aussi du sens et du fond. Entre grosses guitares rock, sonorités industrielles renvoyant au Bowie de la période “Outside” et ballades pop en piano mineur, les chansons de “It’s Happening Now” s’inspirent d’un traumatisme familial qui l’a profondément marqué.

“It’s Happening  Now” traite de la schizophrénie. Comment est né ce concept?
Thomas Mustin – J’avais l’idée du thème central bien avant d’avoir écrit les chansons. J’avais d’abord pensé en faire un court-métrage. Ce thème de la schizophrénie est lié à mon propre parcours de vie. Mon oncle Michel, le frère de mon père, souffrait de ce trouble psychotique. Il a toujours représenté une énigme pour moi. Enfant, j’étais interpellé quand mon oncle venait manger à la maison. Pour moi, il était comme un extraterrestre. Il était insaisissable. Il était là et pas là. Dans sa bulle, plus que dans notre monde à nous. Il a pris de plus en plus de médicaments mélangés à de l’alcool et s’est donné la mort quand j’avais quinze ans. Mon père a toujours culpabilisé de ne pas avoir pu aider son frère. C’était un sujet tabou à la maison. J’ai demandé à mon père la permission de me servir de cette expérience traumatisante pour ce projet.

N’est-ce pas un sujet casse-gueule pour un disque pop/rock censé faire du bien aux gens?
Je ne voulais pas tomber dans l’écueil du disque “plombant”. Je fais de la musique pour divertir. Les chansons de ”It’s Happening N ow” sont faites pour la scène. J’y mets de l’énergie, du rythme, des émotions, de la vie. On a plus que jamais besoin de ça.  Je m’inspire librement de mes souvenirs liés à mon oncle. L’idée derrière ça, c’est de questionner la solitude, l’incommunicabilité, le concept de normalité, la perception de l’autre. Des chansons comme Give Me A Hand ou Running For Friends sont pleines d’espoir, elles appellent au contact. Tout le monde peut se retrouver là-dedans, ­surtout avec ce que nous traversons à l’heure actuelle. Moi-même, je trouve pas mal de points communs avec ce qu’a traversé mon oncle. Dans mon adolescence, j’avais l’impression de ne pas être ­compris et intégré, je n’arrivais pas à me situer dans le regard de l’autre.

Ce disque est moins le fruit d’une démarche solitaire que “21st Century Boy”. Comment l’expliquez-vous?
Le gros de “21st Century Boy” avait été conçu dans une cave avec l’ingénieur du son Elvin Galland. Depuis, j’ai appris à m’ouvrir et à trouver du plaisir en travaillant de manière plus collective. Je sais aussi me montrer plus patient et je n’hésite pas à revenir en arrière pour retravailler un texte ou une idée avec quelqu’un d’autre. C’est aussi un cheminement naturel. J’ai commencé à bricoler de l’électro tout seul dans ma chambre. Pour ma première tournée, j’ai eu la chance d’être accompagné de musiciens, ça m’a donné des envies pour ce ­disque que je voulais plus organique et moins “électro fait en petit comité”.

Le titre “It’s Happening Now” fait référence à une chanson de ”Outside” de David Bowie, un artiste qui a évoqué à plusieurs reprises la schizophrénie fatale à son demi-frère. Une influence majeure pour vous?
Plus que jamais. Bowie, c’est l’icône ultime à tel point que j’ai parfois peur de trop citer son nom. Au début de mon projet, je reprenais ses chansons sur scène. J’en parle dans quasi toutes mes interviews. Dans le Hamlet que je reprends au théâtre, on entend sa musique. Quand je dois bosser avec un nouveau musicien ou un ingénieur du son, je lui fais écouter du Bowie. Je suis surtout fan des disques qu’il a sortis dans les années 90, c’est la période où il a le plus expérimenté. Sur mon nouvel album, son influence est palpable: son album “Outside” bien sûr, ses collaborations avec Nine Inch Nails et sa chanson Jump They Say, où il fait allusion au suicide de son demi-frère Terry qui souffrait de schizophrénie.

Que retenez-vous de l’expérience de votre première tournée comme chanteur?
La tournée qui a suivi mon premier album a été euphorique. Elle m’a conforté dans l’idée que je voulais aller plus loin dans le live comme chanteur. La scène, c’est mon refuge et mon exutoire. Je ne pourrais pas m’en défaire. J’aime travailler en studio, mais dès que je compose un morceau, je me mets à imaginer à ce que ça donnera en concert. Je mesure aussi ma chance d’avoir pu bâtir très vite une fanbase et que celle-ci me reste fidèle.

Musique, théâtre, télé, cinéma, vous choisissez toujours de ne pas choisir?
Mon choix est fait depuis longtemps. Je suis comédien de formation. Je suis et je reste “un comédien qui fait de la musique”. Je me sens plus à l’aise dans le milieu du théâtre et du cinéma que dans celui de la musique où j’ai encore le sentiment d’être un “imposteur”. Quand je suis à l’affiche des Franco­folies, des Solidarités ou du Ronquières Festival, j’ai encore un comportement de fan par rapport aux autres artistes que je croise. Je les regarde des cou­lisses, j’en adore certains, mais je n’ose pas aller leur parler. Et je ne me considère jamais comme leur pair. Je suis aussi dans une position différente de celle de la plupart des chanteurs et musiciens. Pendant le confinement, quand le marché du live était à l’arrêt, je travaillais pour la télé et le cinéma. Ça m’a beaucoup aidé. Je n’ai pas de période où je reste inactif entre deux projets.

*** Mustii – " It’s Happening Now ". Warner

En concert

Outre l’Ancienne Belgique (8/6) et la Caserne Fonck à Liège (9/6), Mustii présentera son nouvel album à Paris (La Boule Noire, 19/4), Londres (The Old Blue Last, 21/4) et Luxembourg (La Rockhal, 24/4). Il se produira aussi dans les festivals d’été.

Au théâtre

Thomas Mustin prend les traits d’un Hamlet très rock and roll dans le classique de Shakespeare mis en scène par Emmanuel Dekoninck. Tournée en Fédération Bruxelles-Wallonie du 7/2 au 1/4. http://lesgensdebonnecompagnie.be

Au cinéma

On pourra le voir en 2022 aux côtés de Camélia Jordana dans Vous n’aurez pas ma haine, de Kilian Riedhof, adaptation du livre homonyme d’Antoine Leiris sur les lendemains des attentats du Bataclan.

En télé

Il joue dans la série L’île aux 30 cercueils avec Virginie Ledoyen. Diffusion en 2022 sur France 2.

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