Droits d’auteur : la nouvelle valeur refuge

Après Bob Dylan, Neil Young et les ayants-droits de David Bowie, c'est au tour de Bruce Springsteen de vendre ses droits d'auteur pour un joli pactole.

Bruce Springsteen
BELGA

Quel est le catalogue qui a le plus de valeur ? Entre Bob Dylan et Bruce Springsteen, le match est serré. Le Boss vient de vendre ses droits d’auteur à Sony pour 500 millions de dollars. Il y a un an, Bob Dylan faisait de même à Universal pour un montant qui n’a pas été dévoilé, mais qui serait dans les mêmes eaux. Qu’ont-ils tous donc à vendre leurs précieux droits d’auteur ? Et d’abord, pourquoi une telle ruée, aujourd’hui, alors que jusqu’ici peu de gens s’en souciaient vraiment ?

La révolution numérique

Dans une interview prophétique donnée en 1999, David Bowie annonçait que dans le futur, la musique allait « devenir comme l’eau courante ou l’électricité », couler à flots. Il annonçait aussi que les droits d’auteur ne vaudraient plus rien. Et si Bowie a vu juste sur le streaming, il s’est trompé sur les droits d’auteur. C’est logique, c’était l’époque de Napster et du téléchargement illégal et l’industrie de la musique entrait dans une ère de changements radicaux qui a failli la laisser sur le carreau.

Aujourd’hui, le secteur est le premier à avoir parachevé sa transition numérique. Il a survécu et est même plus fort que jamais. Les majors du disque connaissent à nouveau des golden years. Les « petits » artistes continuent de souffrir ? Mais cela est une constante dans l’histoire de la musique. Par contre, le grand vainqueur de la révolution streaming, c’est le back catalogue. Ces chansons d’hier qu’on connaît tous par coeur. Grâce à internet et au streaming, elles génèrent de l’argent à chaque instant, à chaque minute.

Qui en profite ? Le producteur qui détient les droits d’enregistrement. Et l’auteur-compositeur qui détient les droits d’auteur.

La musique mieux que le pétrole ou l’or

Les maisons d’édition sont des entreprises qui gèrent les droits d’auteur. A l’ère du CD, elles faisaient ça en bon père de famille, récoltant quelques deniers ici ou là, lorsqu’une chanson était reprise par un autre artiste, passait en radio ou se retrouvait sur un best of. Aujourd’hui, c’est tout autre chose : les vieux tubes sont partout ! Dans les playlists Spotify, sur YouTube, TikTok ou Instagram, passant en fond sonore dans des vidéos d’influenceurs, dans des films, des séries, des jeux vidéos ou des pubs. Tout cela est mondial. Et viral. L’offre de contenus, récipients de chansons, a explosé.

L’homme qui a compris ce changement avant tout le monde s’appelle Merck Mercuriadis. C’est l’ancien manager d’Elton John, de Beyoncé et d’Iron Maiden. Il a fondé il y a quelques années Hypgnosis. Son fond de commerce : la recherche de droits d’auteur. Non pas à gérer en bon père de famille, mais comme un « manager de chansons », de façon proactive. Il va à la recherche d’opportunités pour faire vivre les chansons oubliées dans les tiroirs de l’histoire.

Merck Mercuriadis à gauche

Merck Mercuriadis, Nile Rodgers et Richie Sambora – Belga

Pour lui, « on peut prédire les revenus que vont faire les chansons qui ont déjà fait leurs preuves. C’est prévisible. C’est pour ça que je dis que c’est aussi bien, voire mieux que le pétrole ou l’or. Parce que la musique n’est pas liée à ce qui se passe sur les marchés financiers. Quand les gens sont heureux, ils écoutent de la musique, quand ils sont tristes ou anxieux, comme on l’a été ces derniers mois, ils trouvent du confort dans la musique. La musique est consommée à chaque instant. L’or est quelque chose que seulement quelques uns peuvent acheter tandis que tout le monde ou presque peut s’abonner pour 10 euros par mois à Spotify. Et on l’a vu durant la pandémie, ces abonnements sont montés en flèche ».

Résultat : les vieux tubes sont la nouvelle valeur refuge. Les droits d’auteur valent de l’or !

OK Boomers

Dans ces conditions, pourquoi les rock stars s’en séparent-elles aussi facilement ? Plusieurs raisons à cela. La première est que la plupart des auteurs-compositeurs de « classiques » de la chanson sont à l’âge de la retraite. Bob Dylan, bientôt 80 ans, Neil Young, 75, Bruce Springteen, 72. Cette génération de boomers est en train de tirer sa révérence. Il est temps pour eux de récolter ce qu’ils ont semé. Et de le récolter en un coup. Or, le moment est opportun, dans un monde en bouleversements, la musique est aujourd’hui surévaluée. En tout cas, sa valeur a explosé ces dernières années (on parle d’une multiplication par 15 ou 20).

En prime, c’est l’assurance de voir leurs chansons, et donc leur nom, continuer à vivre auprès des nouvelles générations. Les gamins d’aujourd’hui n’iront pas acheter un énième best of ou un coffret 6 CD d’un album paru il y a quarante ans. Par contre, ils traînent sur TikTok et Instagram, écoutent des playlists sur Spotify, regardent des clips sur YouTube et visionnent des films et séries sur Netflix. Et une chanson a pour but d’être écoutée.

Evidemment, tout cela ne s’applique qu’aux « grands » artistes qui ont eu leur part de succès en leur temps. Des artistes pour la plupart anglo-saxons dont les chansons sont fredonnées partout dans le monde. Le marché des droits d’auteur est plus restreint pour un artiste francophone – quoique ! On a récemment entendu « Ca plane pour moi » dans « La Casa de Papel »… Surtout, pour les « petits » artistes, la donne ne change pas. Leur valeur refuge, à eux, c’est la scène.

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