Angèle: "Mon but dans la vie n’est pas de devenir une marque"

Trois ans après le raz-de-marée “Brol”, Angèle a dévoilé - avec une semaine d'avance - son deuxième album “Nonante-cinq”. Rencontre avec ce phénomène et personnage d'époque.

Angèle sort son deuxième album
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Comment avez-vous vécu l’après-“Brol”?
ANGÈLE –  Ce n’étaient pas les jours les plus joyeux de mon existence. J’étais fatiguée, à côté de mes pompes. Juste après le dernier concert de la tournée, je suis partie seule cinq jours à Barcelone. Je n’arrivais pas trop à savoir quel était le sens de ma vie. J’avais passé trois ans dans la fuite. Quand tu mènes une vie intense, tu mets de côté les problèmes, les blessures, les doutes, les traumas. Il a fallu me construire un nouveau quotidien et puis le confinement est arrivé…

Quel a été le point de départ de ce nouvel album?
Bruxelles a clairement été le déclic. J’avais commencé à travailler à Paris avec Tristan Salvati, mais nous n’arrivions à rien. C’était en plein confinement, il y avait le couvre-feu, l’atmosphère était lourde et ce que j’écrivais était plombant. Nous sommes venus au studio ICP à Bruxelles et nous avons très vite trouvé la couleur de l’album. C’est à l’ICP que le refrain de Bruxelles je t’aime a pris sa forme définitive. Plus de sens, qui est mon titre préféré et Démons sur lequel Damso fait un featuring ont aussi été construits à Bruxelles.

Musicalement, vous avez renoncé au “tout à l’ordinateur” de “Brol”. Comment expliquez-vous ce virage?
Il y a plusieurs raisons. Quand je suis sortie de l’école de jazz, j’ai voulu m’émanciper des instruments. Je me disais: “avec un ordi et mon clavier, je peux tout faire”. Sur “Brol”, j’avais interdit à Tristan Salvati de mettre des guitares. Une manière de me libérer de l’héritage rock de mon père et de faire un truc qui me ressemble. À l’époque, je me produisais seule sur scène et je voulais être capable de tout jouer. J’ai ensuite goûté au plaisir d’être entourée de musiciens sur scène et ça m’a donné des envies. Avec Quentin, qui est multi-instrumentiste, nous avons suivi une approche plus organique sur “Nonante-cinq”. Il y a de la guitare, une vraie basse, de la batterie, des cordes. Ça amène les chansons ailleurs.

“Nonante-cinq”, c’est du 100 % vécu?
Non, mais c’est du 100 % ressenti et du 100 % honnête. Certaines histoires, comme celle de Tempête sur le thème des violences conjugales, ne sont pas les miennes mais j’ai pu les observer autour de moi.  Les cas ont explosé pendant le confinement.

Dans Taxi, vous dites que vous ne pouvez vous empêcher de raconter votre vie privée et de vous en vouloir ensuite.
C’est un grand paradoxe, je le sais. Dès le début, j’ai assumé le fait de m’exposer. Le projet portait mon prénom, je montrais mon visage, je misais beaucoup sur les réseaux sociaux et je parlais de moi dans mes chansons. Bien sûr, je ne savais pas quelles proportions tout ça allait prendre. Aujourd’hui, j’ai compris que lorsqu’il y a 100.000 personnes qui cliquent en dessous de ma photo, ça fait vraiment 100.000 personnes dans la vraie vie. Tout ça m’a fait réfléchir et prendre conscience que je devais avoir les épaules solides. La solution quand je m’expose, c’est de bien choisir les mots, et de le faire de manière soignée à travers la musique. Ça me fait du bien de partager ma vie privée en chansons et d’évacuer mes blessures.

Sur votre site Web, on peut acheter des vinyles colorisés mais aussi des pendentifs et du papier toilette. Êtes-vous consciente d’être devenue une marque?
Mon but dans la vie n’est pas de devenir une marque, mais le merchandising est une réalité. Il y a certainement des intérêts commerciaux pour ma maison de disques Universal, mais si je ne propose pas de merchandising, je sais que d’autres le feront à ma place sans que j’en aie le contrôle. Alors je préfère mettre l’énergie qu’il faut pour créer des collections qui me plaisent et qui ont du sens. Les t-shirts sont fabriqués avec du coton recyclable. Le papier toilette (en écho au single Balance ton quoi) avait été conçu en collaboration avec une association féministe à qui on a reversé tous les bénéfices. C’est moi qui ai eu l’idée des porte-clefs et des pendentifs.

Ces trois années vous ont-elles appris à dire non?
Je connais désormais mes limites physiques et mentales. Sauf grosse exception, comme la série des live à Forest, j’essaie de ne pas faire plus de trois concerts par semaine. En tournée, je ne veux plus faire de promo entre deux concerts. La promo, c’est maintenant. Le disque est terminé, j’ai envie d’en parler en m’appliquant. Non pas pour assurer le service après-vente, mais parce que je suis fière de mon travail. Ce n’est pas tellement l’idée de dire “non” aux sollicitations ou d’en faire moins, mais plutôt faire les choses de manière plus planifiée.

Vous êtes 100 % heureuse aujourd’hui?
Pas à 100 %, mais je le suis suffisamment.

Découvrez notre critique de “Nonante-cinq”, le deuxième album d’Angèle

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