Duran Duran sur son nouvel album: " Je me suis rappelé pourquoi le groupe me manquait "

Duran Duran, le groupe qui a mis du glamour dans la pop des années 80 et des mannequins dans ses clips, célèbre ses quarante ans avec un nouvel album, très justement baptisé “Future Past”.

Duran Duran
Duran Duran est de retour. @ John Swannell

Quand les membres de Duran Duran se retrouvent en studio en 2018, l’idée est celle d’une épiphanie. “Nous pensions enregistrer un EP avec quatre nouveaux titres, histoire de lancer la tournée mondiale marquant le quarantième anniversaire du groupe”, nous explique en exclusivité John Taylor, bassiste et membre fondateur du groupe de Birmingham aux cent millions de disques vendus. “Mais très vite, on s’est retrouvés avec une vingtaine de chansons qui faisaient le lien entre nos racines et nos nouvelles aspirations musicales.” “Future Past”, quinzième album de Duran Duran porte bien son nom. Dès Invisible, on retrouve la signature de Duran Duran: un son en 3D, un groove basse/batterie survitaminé et la voix de Simon Le Bon. Aidé par Giorgio Moroder, Mark Ronson, le pianiste de Bowie Mike Garson et le ­guitariste de Blur Graham Coxon qui cosigne sept chansons, Duran Duran est toujours capable de ­fulgurances. Il rappelle son amour de Bowie (Falling), ses velléités hédonistes (More Joy!) et s’amuse à rejouer quelques notes du tube Girls On Film en clin d’œil sur Anniversary.

Se retrouver en studio en 2021 pour enregistrer un nouvel album avec Duran Duran, c’est quelque chose que vous auriez imaginé il y a quarante ans?
JOHN  TAYLOR - À 13-14 ans, j’étais un mec paumé. Un élève médiocre, membre d’aucune équipe de sport. Je portais des lunettes, une chemise ridicule. La loose totale… Après avoir découvert le glam-rock de Bowie et de Roxy Music, je me suis pris une ­claque avec les Sex Pistols.  C’était comme si les ­portes du temple s’ouvraient. J’ai retiré mes lunettes, acheté d’autres fringues, appris la guitare et la basse. Alors oui, quand nous avons fondé Duran Duran et signé notre contrat, je n’aspirais à rien d’autre. Je me voyais faire ça toute ma vie et j’ai eu raison d’y croire.

Avez-vous conçu “Future Past” pour les mêmes raisons qui vous ont poussé à enregistrer vos premiers disques?
Je vis à Los Angeles. Il y a un an et demi, c’était dur d’être confiné là-bas: la transition suite aux élections présidentielles, les manifs pour le Black Lives Matter, la pandémie… Et puis, quand on s’est retrouvés pour ce disque, je me suis rappelé pourquoi Duran Duran me manquait. Depuis nos débuts, il y a toujours eu cette notion de gang. C’était nous contre les autres. Un groupe de province contre les trucs hype de Londres. Dès nos premiers engagements, on a décidé de tout partager. La moindre livre sterling empochée était divisée en parts égales. Nos chansons étaient signées Duran Duran, peu importe l’implication de chacun. Et chaque fois qu’on sortait un disque, on voulait tout faire péter. Économiquement, on ne doit plus s’en faire aujourd’hui, mais cette notion de gang est toujours présente.

Il y a eu des tensions et des départs…
C’est le lot des groupes qui affichent une telle longévité. Nous avons connu des différends artistiques mais pas de vraies bagarres. Nous sommes toujours restés très respectueux des projets parallèles de chacun. Personnellement, j’avais beau me lancer dans des trucs excitants en dehors de Duran Duran, je me rendais compte que c’était avec ce groupe que j’étais le meilleur, tout simplement parce que mon jeu était formé par mon contact avec celui des autres ­membres de Duran Duran. C’est pareil pour les ­Stones. Il n’y a personne qui préfère les disques solo de Mick Jagger à ceux des Stones.

“Boys band”, “nouveaux romantiques”, “groupe MTV”… La presse rock ne vous prenait pas au sérieux dans les années 80. Vous en avez gardé de la rancœur?
En Angleterre, la presse musicale aime être là au début de l’histoire et construire le prochain “gros truc”. Sauf qu’aucun journaliste n’a vu venir Duran Duran. Notre premier single Planet Earth, en 1981, a été un succès sans leur aide. Du coup, les médias ont essayé de recoller à la hâte les pièces du puzzle. Dans le couplet de Planet Earth, Simon Le Bon ­évoque “un nouveau romantique qui cherche le son de la télé”. Pour la presse, nous sommes donc devenus des “nouveaux romantiques” et ils ont raccroché à ça des tas de groupes débutants, comme Human ­League, Spandau Ballet ou ABC. Que des bons ­groupes mais qui n’avaient rien en commun avec nous. Et on a été dépassés par ce mouvement. Plus on signait des tubes, plus on nous affichait en cover des magazines ados et moins nous étions pris au sérieux. Hormis notre guitariste Andy Taylor qui se sentait frustré de ne pas être considéré avant tout comme un musicien, on s’en foutait. On était au sommet.

Votre chanteur Simon Le Bon a dit un jour que Duran Duran est le groupe sur lequel on danse quand les bombes tombent. Vous êtes d’accord?
Simon a dit ça au plus fort de notre succès. Début des années 80, c’était le post-punk, la cold wave, la grisaille, les tenues noires gothiques, la revendication sociale, la menace nucléaire. Duran Duran prenait le contre-pied avec du glamour, des mannequins dans les clips, du champagne dans les loges. Autour de nous, il y avait des filles superbes, des hommes maquillés, des transgenres. C’était mal vu. En ­lançant ce slogan provoc, Simon montrait qu’on voulait échapper au monde extérieur. C’était un acte militant. Et j’approuvais.

Duran Duran a repris plusieurs chansons de Bowie, fait la fête avec lui et assuré sa première partie en Australie. L’icône ultime?
Duran Duran, c’est un mélange de plein d’influences, mais Bowie était le seul à faire l’unanimité au sein du groupe. Son pianiste Mike Garson qui joue sur l’album ou Giorgio Moroder qui a bossé avec nous nous ont dit qu’on avait la même attitude en studio. Comme Bowie, on pense qu’une bonne chanson, c’est de l’écriture, mais aussi une expérience sonique. Quand tu écoutes la face A de son album “Low” ou Blackout tiré de son disque “Heroes”, c’est incroyable. Tu ne sais pas jouer ça à la guitare acoustique dans ta chambre. C’est plus que de la pop. La chanson Falling sur notre nouvel album lui rend hommage.

Comme Bowie, vous avez toujours été intéressés par les nouvelles technologies.
Dans les années 60, les artistes devaient être de super-musiciens pour briller. Dans les années 70, Bowie a compris que cela ne suffisait pas. Il y avait aussi les fringues, l’image, l’architecture du son, les collaborations extra-musicales, l’art de se mettre en scène. Duran Duran vient de cette école-là et on a appris sur le tas. Pour le premier clip de Girls On Film, on ne comprenait rien. Six mois plus tard, on tournait en 35 mm avec des budgets hollywoodiens. On a été aussi les premiers à exploiter les écrans LED sur scène ou à donner un concert virtuel (pour le jeu en ligne Second Life en 2006 – NDLR). Monter sur scène avec un jeans dégueulasse et un t-shirt “working class hero” comme Springsteen, ce n’était pas notre truc.

Quel est votre album préféré de Duran Duran?
Je pense que “Rio” (en 1982 avec Hungry Like The Wolf, The Chauffeur, Save A Prayer) est l’album parfait.

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