Aya Nakamura, une nouvelle fois victime d’un (gros) dérapage à la télé

Pourquoi les médias généralistes semblent encore incapables de parler des artistes hip-hop avec respect?

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Les images de Nikos, incapable de prononcer correctement le nom d’Aya Nakamura lors de la cérémonie des NRJ Music Awards, alors qu’il devait lui remettre un prix, ont émaillé les bêtisiers pendant des semaines. La chanteuse avait elle-même pointé l’absurdité de la situation dans un tweet énervé, soulignant « Qu’on n’invite pas les gens si on ne sait pas prononcer leur nom. » Un message qu’elle avait accompagné du hashtag « dernière fois ». Et pourtant, les mois se sont écoulés et sa popularité a grimpé en flèche, mais les dérapages à son sujet se sont multipliés. Toujours à la télévision. Toujours aussi déplacés. À l’heure où le hip-hop s’est imposé comme la nouvelle pop, qu’il truste les premières places de tous les classements musicaux, peut-être faudrait-il enfin commencer à s’intéresser à ses acteurs et à les traiter avec respect ?

Dernier exemple en date ? Dans une séquence « Des grosses têtes », l’émission animée par Laurent Ruquier, le chroniqueur Florian Gazan a tenté d’imiter Aya Nakamura sous l’impulsion du présentateur, qui lui a lancé « Florian Gazan, il pourrait faire N’oubliez pas les paroles parce qu’il est capable de chanter toutes les versions… Par exemple, cette chanson de Francis Cabrel par Aya Nakamura, ça donne quoi ? » Le résultat, on s’en serait bien passé, puisque l’humoriste s’est empressé de chanter le mot Waka sur l’air de Djadja en prenant un accent africain très caricatural.

De nombreux téléspectateurs s’insurgent, notamment sur les réseaux sociaux. Par exemple l’humoriste Kévin Razy, qui s’est montré sidéré que de telles parodies puissent encore être diffusée en 2019 : « Alors là, il est grand temps de dépoussiérer le PAF de ces gens en décalage générationnel parce que… imiter Aya Nakamura avec un accent à la Michel Leeb, c’est pas possible les frères. Je vois même pas la drôlerie… Laissez-nous faire de l’humour sincèrement, nous c’est notre taff. Vous avez pris ce qu’il fallait prendre pendant 30 ans maintenant faut nous laisser manger…» Au-delà du « dérapage » isolé, il est grand temps de repenser la place laissée au hip-hop et à ses sous-genres dans les médias généralistes.

Et quand certains rappeurs sont invités à s’exprimer sur ces mêmes plateaux, ils sont encore parfois accueillis avec dédain et tous mis dans le même sac. Par peur de provoquer des polémiques, de choquer ou, plus basiquement, par pur désintérêt. Rares sont les chroniqueurs qui prennent la peine de réellement décrypter un disque, un morceau, justifiant leur manque d’analyse par le fait qu’ils “n’écoutent pas de rap”. Quel journaliste oserait accueillir un musicien classique en écorchant son nom ou en lui disant qu’il n’a pas grand-chose à dire sur son disque, parce qu’il n’aime pas le piano? Deux poids, deux mesures.

Un mépris affiché, comme dans le cas d’Ardisson, qui saluait de cette tirade le rappeur français Vald, invité sur son plateau de Salut les Terriens! « Vald, bonsoir. Vous n’êtes pas vraiment un rappeur comme les autres. Vous n’êtes pas Noir. Vous ne passez pas vos journées en salle de muscu et vous savez que le verbe “croiver” n’existe pas. » En quelques phrases, suivies d’une interview tout en raccourcis et clichés, Ardisson est devenu l’incarnation de cette classe élitiste qui considère encore le hip-hop comme un sous-genre et qui explique pourquoi la médiatisation du rap s’est faite dans la douleur. Il est grand temps d’évoluer.

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