BSF 2019 : Hyphen Hyphen fait stopper la pluie, Kyo ravive nos souvenirs

À peine remis de la presta toute en légende de Giorgio Moroder, il était déjà temps de rallier les pavés de la Place des Palais pour le 4e jour d'un BSF, reconnaissons-le, peu ambitieux sur papier. Mais comme la veille, l'inquiétude a laissé place à la curiosité puis à la bonne surprise.

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La journée commence sur Mars, avec Graviity. Quand il débarque sur scène armé d’un masque d’alien assez bien fichu et d’une basse devant ses platines, on se demande bien ce qu’il va nous balancer. On ne va pas se mentir, on ne connaissait pas du tout le garçon et ce n’est pas la bio dispo sur le site du BSF qui nous a éclairés. Tout ce qu’on sait, c’est que le gars est parvenu à faire bouger les quelques dizaines de festivaliers qui avaient rejoint le Mont des Arts à 17h30, sous une fine pluie et avec une musique qui n’a rien à faire dans un festival avant la nuit tombée. L’ambiance familiale de la plaine tranchait avec le son électro, parfois hard, offrant à des kets hauts comme trois pommes l’occasion de découvrir les joies de la boite de nuit (de jour). Bref, une entrée en matière délicate relativement bien maitrisée. A revoir.

Histoire de se protéger d’une pluie qui commence à sérieusement mouiller, on se dirige vers la salle de la Madeleine à la rencontre de la jeune Tanaë. Une autre ambiance. Les premières notes qui parviennent à nos oreilles trahissent sa douceur et sa candeur. Elle s’amuse, traverse la scène sans arrêt, joue avec son public et impressionne d’innocence. Un moment sympa même pour ceux qui n’accrochent pas particulièrement au style de la Liégeoise. Il y avait pire comme endroit pour attendre la fin de l’averse.

Cheveux rouges et bonshommes orange

Retour au Mont des Arts, pour un second set électro. Cette fois, c’est Todiefor qui claque les sons. Malgré une plaine qui commence vraiment à prendre l’eau, le monde s’amasse face au belge. Et la grisaille n’empêche pas quelques touches de couleurs, entre les cheveux rouge sang du dj et l’armée de petits bonshommes orange habillés d’un K-way de circonstance distribué par un célèbre assureur. Sans aucunement manquer de respect à Graviity, obligé d’ouvrir la journée dans les pires circonstances possibles, le set de Todiefor avait quand même une autre gueule. À la maison, il a réchauffé une foule chaque minute plus nombreuse. La soirée débutait réellement.

©Audrey Vanbrabant

Direction ensuite une Place des Palais que nous ne quitterons plus. L’affiche de la soirée s’annonce doucement, mais c’est d’abord Hyphen Hyphen qui squatte la main stage. On craignait le pire, refroidi par les critiques acerbes qui avaient entouré un de leurs concerts à l’Olympia en octobre dernier. Alcoolisée, la chanteuse Santa avait en effet dû écourter la prestation après plusieurs chutes. Suffisant pour fonder une réputation. Et pourtant, en réponse à nos inquiétudes, Santa et son groupe nous ont mis une énorme claque. Le coffre, l’athlétisme et le sourire de la chanteuse ont conquis une place qui ne connaissait que trop peu le répertoire d’Hyphen Hyphen et qui, à coup sûr, a googlé et spotifié sa trouvaille en rentrant.

De bout en bout, les Niçois ont fait preuve d’une envie folle et d’une rage visiblement suffisante pour faire stopper la pluie. Chacune de leur prestation semble une lutte. Pour l’égalité principalement. Preuve en est les multiples montées sur scène d’une poignée de drag queens et l’agitation de drapeaux LGBTQ+ en fin de concert. Une ode presque punk et jamais kitsch à la diversité.

Kyo, toujours là

Une grosse demi-heure sépare la presta d’Hyphen Hyphen de celle de Kyo, pour un final que l’on attend sans le savoir depuis quinze ans. Le temps pour chacun de se raconter les souvenirs qui entourent leurs plus grands succès. A l’époque du Chemin, tout le monde aimait Kyo mais personne ne se l’avouait vraiment. Hier soir, c’était pareil. On reconnaissait notre curiosité plus que notre impatience. Jusqu’à ce que Benoit Poher et ses cinq musiciens/amis entrent en scène. Une chanson que personne ne connait plus tard (désolé), Le chemin commence et les masques tombent. La folie s’empare de la plaine. Ça crie plus que cela ne chante, se foirant de temps en temps sur une ligne de texte. Mais aucun doute, si cela fait longtemps, les paroles sont restées gravés dans la mémoire des ados des années 2000.

Dernière danse, Je saigne encore, Je cours, Sarah… Les hits s’enchainent, entrecoupés de morceaux plus récents et plus confidentiels pour un public de festival, dont quelques belles surprises que l’on serait (avouons-le) incapables de vous nommer ici.

Soyons honnête, on craignait (oui on a beaucoup craint samedi) un show un peu dépassé d’une bande de potes prête à tout pour continuer à jouer. La seconde partie de l’affirmation est vraie. Leur joie de se produire et leur tristesse de quitter la scène avaient un côté terriblement touchant rajoutant à la nostalgie de la prestation. Mais on s’est surtout éclaté comme des gamins devant Kyo, tout en profitant d’un vrai bon concert par de vrais bons artistes, rappelant au passage l’incroyable machine à tubes qu’ils ont un jour constitué.

©Audrey Vanbrabant

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