Kate Tempest aux Nuits : sous tension, mais sans coup de foudre

Le tant attendu concert de Kate Tempest s’est métamorphosé en performance littéraire. Le flow tendu, la rappeuse a mis la musique entre parenthèse pour se concentrer sur les mots.

belgaimage-148892832

Initialement annoncée dans l’intimité du Grand Salon, la venue de Kate Tempest a suscité un véritable emballement au moment de la mise en vente des tickets. Complet en quelques minutes, le rendez-vous sera déplacé dans la Rotonde pour permettre à de nouveaux festivaliers d’obtenir un bon d’entrée. Mais une fois encore, c’est la cohue au guichet. C’est finalement dans une Orangerie pleine à craquer que Kate Esther Calvert, alias Kate Tempest, prend la parole ce vendredi soir.

Sur la tournée précédente, la rappeuse londonienne avait mis tout le monde d’accord. Appuyé par des musiciens, son mélange de slam et de hip-hop minimaliste atteignait d’incroyables moments de tension. Aujourd’hui, l’album « Let Them Eat Chaos » est derrière elle. Du genre à tracer le bitume sans regarder dans le rétro, l’Anglaise profite donc de son passage aux Nuits pour déballer les morceaux de son prochain disque.

Annoncé pour la mi-juin, « The Books of Traps and Lessons » est une grande leçon de spoken word. Sur scène, Kate Tempest va-et-vient avec, pour seul comparse, un claviériste planqué derrière un mur de synthés. Malgré le flux des mots et le débit du flow, Kate Tempest est, assez paradoxalement, peu communicative avec son public. À l’écoute, attentif, celui-ci reste pourtant au contact de cet exercice de style assez exigeant.

Performance littéraire de haut vol, la prestation de Kate Tempest verse parfois dans la démonstration hermétique. C’est un puissant monologue, riche et engagé. En revanche, sur le plan musical, c’est le minimum syndical. Les nouveaux titres de Kate Tempest s’enracinent au cœur d’une société rongée par les injustices sociales. Au plus près des citoyens dans ses paroles, l’artiste semble étrangement détachée de son public.

À fond dans sa performance, le cœur accroché au micro, mais sans fil tendu vers une assistance sensiblement déstabilisé par cette oraison, elle cultive la tension, mais perd souvent l’attention de celles et ceux qui ne maîtrisent pas parfaitement l’anglais. En définitive, on comprend pourquoi ce concert était initialement annoncé dans le cadre du Grand Salon : le coin lecture avait tout du cadre idéal pour servir les intentions de la Londonienne.

Nihiloxi… quoi ?

Plus tôt, sous la boule à facette de la Rotonde, c’est Nihiloxica qui s’est distingué dans une cavalcade de rythmes débridés et euphoriques. Venu de Kampala, en Ouganda, le collectif met les traditions musicales d’Afrique de l’Est au contact du futur. Véritable expérience scénique, la performance du groupe tient essentiellement à ses percussions. Tambours, djembés, batterie et congas répondent aux beats millimétrés d’un DJ toujours OK pour boxer un tam-tam au moindre temps mort.

Sourire au lèvre et sueur au front, les musiciens soulèvent l’enthousiasme du public dès les premières heures des Nuits. Dans la foule, les corps s’agitent dans la frénésie tribale de cette afro-techno complètement renversante : des bras se lèvent, des barbes sautillent, des applaudissements en redemandent. Rien à dire : les six musiciens de Nihiloxica ont gagné la partie.

Sur le même sujet
Plus d'actualité