La guitare de Sam Fender électrise Les Nuits

Nouveau héros du rock anglais, Sam Fender a dévoilé les titres de son premier album, ce dimanche, devant le public des Nuits Botanique. Et pendant qu’Yves Tumor dansait seul sous une boule à facettes, Lambchop berçait son monde avec des mélodies génétiquement modifiées. Bonne Nuit. 

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Avant d’attaquer la programmation dominicale, il convient de se ravitailler. L’œil attiré par un stand Kebab installé juste à côté de l’Orangerie, les premiers festivaliers de la soirée tombent ainsi dans le piège tendu par Sam Fender. Le nouveau héros de rock anglais ne sert pas de dürüm, mais sa table de merchandising a des allures de snack. Avec mayo ou sauce chili à son effigie, T-shirts sans crudité, mais bien emballés dans de l’aluminium, le garçon a le don d’ouvrir l’appétit et d’attiser la curiosité.

Sam Fender est né quelques jours après la mort de Kurt Cobain. Un quart de siècle au compteur, donc, le jeune rockeur de Newcastle distille ses singles au compte-gouttes. Depuis deux ans, le public découvre des hits (Greasy Spoon, Play God, That Sound) sans apercevoir le moindre album à l’horizon. Annoncé pour cet été (enfin !), le disque en question devrait s’intituler « Hypersonic Missiles ». En démonstration dans une Orangerie pleine à craquer, l’Anglais en a profité pour dégainer ses nouveaux projectiles sur scène. Drôle, communicatif, Sam Fender possède des chansons capables de remplir des stades. Tout comme chez The 1975 ou Nothing But Thieves, ses refrains semblent taillés pour conquérir les ondes et la toile.

Belle gueule, bonnes mélodies, le chanteur séduit avec une évidence qui rappelle quelques réussites XXL (de U2 à The Killers). Et puis, avec un nom pareil, pas question de se pointer avec une Gibson à la main. Entouré de ses quatre musiciens, Sam passe de la Fender Stratocaster à la fidèle Mustang de… Kurt Cobain. Comme quoi, tout est dans tout.

Tumor de rire

Talonnettes à paillettes, gilet en cuir et pantalon moulant, Yves Tumor se dandine sous la boule à facettes de la Rotonde avec ses lunettes de soleil sur le nez. La nouvelle recrue du prestigieux label Warp (Aphex Twin, Flying Lotus) est de passage aux Nuits pour défendre les couleurs de son dernier album, l’excellent « Safe In The Hands Of Love ». Sous perfusion électronique, ses morceaux explorent les tréfonds du rock expérimental et les abysses du R&B.

Sur disque, c’est une véritable réussite. Mais en concert, l’homme ne peut compter que sur lui-même. Seul sur un plateau vide, Yves Tumor se démène sur des bandes préenregistrées. En l’absence de musicien, on se dit que l’artiste va tout miser sur sa voix… Même pas. Un peu granguignolesque, il s’autoparodie à l’excès, simulant le chant du début à la fin d’un improbable karaoké. Un peu cheap et même pas drôle.

Lambchop, version 2.0

Dans le Chapiteau, la casquette rouge de Kurt Wagner se pose derrière le micro. Entouré par cinq musiciens, le leader de Lambchop dorlote des chansons génétiquement modifiées. Après avoir lustré les racines des musiques américaines pendant plus de vingt ans, le groupe trafique son ADN en s’inspirant des meilleures productions du moment. Toujours aussi réconfortante, la voix du chanteur réchauffe l’assemblée frigorifiée dans un souffle continu de mots chaleureux et vocodés. Traité à l’auto-tune – façon Daft Punk –, le chant abandonne sa gravité pour flotter avec légèreté dans les jardins du Botanique.

Entre traditions folkloriques séculaires (blues, folk, country) et techniques de production dernier cri, les mélodies caressent l’oreille sans jamais se presser. Épaulé d’un piano à queue, de deux batteurs et de ce qu’il faut de steel guitar pour transposer sa musique en Amérique, Kurt Wagner met en avant les morceaux du récent « This (Is What I Wanted To Tell You) », un album confectionné aux côtés du jeune Matthew McCaughan, batteur attitré de Bon Iver. À la fois spectrales et sentimentales, les pépites folk-rock de Lambchop ont brillé dans Les Nuits.

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