Lenny Kravitz : Glamour et politique

Icône rock, sex-symbol, il publie Raise Vibration, disque gorgé de revendications. Entre l’amour et le glamour, il s’interroge sur l’avenir de la planète. Pour l’occasion : rencontre exclusive.

Mathieu Bitton

Ambassadeur d’un rock sexy et glamour, gardien des traditions soul-funk, Kravitz lève le voile sur “Raise Vibration”. Cette fois, l’homme aux 40 millions de disques écoulés n’a pas le cœur à draguer. À 54 ans, préoccupé par l’état du monde, il part en guerre contre les politiciens véreux, les racistes et le cynisme des multinationales. Contrarié, mais pacifiste, l’homme préconise le changement à grand renfort de mélodies sensuelles (The Majesty of Love), d’uppercut funky (Low) et d’hymnes à l’unité (We Can Get It All Together).

Où commence l’histoire de “Raise Vibration” ?

Je possède un studio aux Bahamas, le Gregory Town Sound. Je me suis retiré là pendant plusieurs mois. Seul sur mon île, au calme. Je voulais “entendre” et comprendre les sentiments qui bouillonnaient en moi. On a coutume de dire que la nuit porte conseil. C’est la vérité. La plupart des chansons de “Raise Vibration” se sont construites autour de mes rêves. Comme un appel ou une vision: un truc mystique. Ce disque est venu à moi. Naturellement, sans forcer.

Le premier single, It’s Enough s’étend sur près de huit minutes. Pour passer à la radio, c’est un peu long…

Je n’accorde aucune importance à l’impact commercial de cette chanson. Ma mission sur cette planète, c’est de jouer de la musique. De créer. De m’exprimer, en essayant d’offrir le meilleur de moi-même au public. Aujourd’hui, je ne crois plus au format. It’s Enough est une chanson importante, une réflexion sur notre époque. Où en sommes-nous sur le plan social, religieux, politique ou écologique? Choisir ce morceau comme premier single, c’est ma façon d’ouvrir la discussion…

 

S’agit-il d’une déclaration anti-Trump ?

Les États-Unis sont comme les autres pays : une pièce du puzzle. Quand j’ai composé It’s Enough, Donald Trump venait à peine de mettre les pieds à la Maison-Blanche. Même si je suis souvent en désaccord avec ses opinions, ma chanson ne s’arrête pas à ses faits et gestes. Elle va plus loin. Ici, il est question de violence, de racisme, d’injustice et de pollution. Je vise aussi les médias et  l’industrie pharmaceutique, les drogues et la malbouffe. Ces sujets dépassent largement les compétences d’un seul président. Ce message a une portée universelle.

Ce disque c’est ça : un afflux massif d’ondes positives.

La population mondiale doit désormais composer avec le réchauffement climatique. Comment vivez-vous cette réalité ?

Se retirer de l’Accord de Paris n’est pas une réponse acceptable. Nier l’existence du dérèglement climatique est une aberration. En tant que citoyens, nous devons nous élever au-dessus des politiciens. Nous devons nous montrer solidaires, partager nos connaissances pour faire évoluer les choses dans le bon sens. Dans mon esprit, “Raise Vibration”, c’est ça: un afflux massif d’ondes positives.

Seriez-vous tenté par la politique ?

C’est un univers qui m’est étranger. Ce n’est pas un endroit pour moi. Par contre, je sais que je suis susceptible de m’engager en faveur de la protection des droits de l’homme. Là, je peux être utile.

Lenny Kravitz at Gregory Town Studio ©Mathieu BittonLenny Kravitz dans son studio des Bahamas, le Gregory Town Sound © Mathieu Bitton

L’amour était l’épicentre de vos chansons. Maintenant, le message se veut plus conscient. Pourquoi évoluer en ce sens ?

Depuis mes débuts, je chante ce que j’ai sur le cœur. Je ne m’assieds jamais autour d’une table pour bricoler des chansons. Chez moi, l’amour est un sujet récurrent. C’est encore le cas aujourd’hui, même si c’est moins flagrant. Ce thème est inépuisable et touche chaque personne.

Un des nouveaux morceaux s’intitule Johnny Cash. C’est un hommage ou le personnage d’un de vos rêves ?

Ce n’est pas vraiment un hommage, plutôt une chanson d’amour dans laquelle je partage mes souvenirs avec une fille. C’est mon histoire. Quand j’ai appris la mort de ma mère, j’étais seul dans une pièce avec Johnny Cash. À l’époque, nous partagions la même maison, celle du producteur Rick Rubin avec qui Cash enregistrait un album. Quand la nouvelle est tombée, je me suis décomposé. Pendant plusieurs jours, Johnny Cash et sa femme, June Carter, ont pris soin de moi. Ils ont apaisé ma douleur avec une infinie délicatesse. Cet épisode m’a marqué à vie. Dans le morceau, je m’adresse à la fille et je lui dis : “Just hold me like Johnny Cash” (”Tiens moi comme Johnny Cash”). Pour moi, c’est l’expression d’un sentiment indescriptible: l’amour absolu.


Lenny Kravitz / Raise Vibration / BMG

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