BSF: Orelsan contre vents et marées

Tête d’affiche d’une soirée bien arrosée, la rappeur s’est distingué sur la Place des Palais le temps d’un concert de haute volée.

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Jeudi soir, le programme du BSF nous impose un circuit touristique resserré autour de trois cartes postales de la capitale. À commencer par la jolie Place du Musée où se produit Juniore. Avec sa surf-pop-yéyé, savamment gothique et décalée, la formation parisienne habille subtilement les lieux. Pied dans le plâtre et baguettes au bout des doigts, la batteuse calque le tempo sur des riffs dispensés par un guitariste au masque de fer. Le charme de cette drôle d’affaire tient également à la voix de la chanteuse Anna-Jean. Mis en jambes par cette chanson française aux saveurs vintage, on traverse les jardins du Mont des Arts pour une virée en compagnie de Carpenter Brut. Nouveau phénomène de la scène électro hexagonale, le trio explore le dancefloor avec une collection de sons synthétiques chipés dans les séries télé des années 1980 ou au casting des meilleurs films d’horreur. Sur scène, le groupe déboule avec le coffre chargé de clichés flamboyants et quelques projections bien gore. Batterie, claviers et synthés se paient ici un trip à la Stranger Things. Avec de multiples allusions à l’âge d’or du glam métal, des giallos à gogo (La Tarentule Au Ventre Noir) et profusion de nanars fantastiques (Les Exterminateurs de l’an 3000) ou sanglants à mort (The Dead Pit, Murder Rock), Carpenter Brut plante le décor d’une musique sombre, sexy et rétro futuriste. À savourer un vendredi 13, sous la pleine lune, entre les disques de Daft Punk et Kavinsky. Bon délire.

DR.

Pour une tête d’affiche come Orelsan, la Place des Palais est un lieu cossu, mais mal fichu. Agencé tel un corridor à sens unique, l’espace exige une approche stratégique. Ici, il faut se positionner, éviter le passage – fatal – aux toilettes et l’arrêt – obligatoire – au bar. Bref, il convient de préparer le terrain. Sous peine de traverser la foule à contre-sens tel un saumon remontant courageusement sa rivière. Sur le coup de 22h30, l’assistance s’impatiente : « Aurélien, une chanson! Aurélien, une chanson! » Attendu au tournant, le Français répond présent en deux coups gagnants. « San » et le rouleau compresseur Basique cartonnent d’entrée de jeu. Orelsan a tout pigé. Pas du genre à économiser ses cartouches pour la fin des festivités, le mec dégaine d’emblée du gros calibre. Et puis, contrairement à la majorité des rappeurs de sa génération, Orelsan ne limite pas son concert à un micro et une clé USB. Chez lui, il y a un vrai groupe au service des compos. Et quoi qu’il en coûte, ce sera toujours mieux comme ça. Visuellement, le public a quelque chose à se mettre sous la dent. Du reste, Orelsan fait le boulot, maniant les mots avec style et enchaînant des punchlines profilées pour percuter les cerveaux de 7 à 77 ans. Parce qu’au final, une prestation d’Orelsan, c’est comme un bon film d’animation : un Pixar capable d’emballer les enfants et de toucher les plus grands.  

Le concert du soir est rodé, la mécanique parfaitement huilée : aucun temps mort, pas de trou dans le show du Normand. Tout roule. C’est presque du travail à la chaîne, limite désincarné. Heureusement pour Bruxelles, l’orage s’invite à la fête – qui n’est pas encore finie. Les éléments se déchaînent, le ciel déverse des trombes d’eau sur la Place des Palais. À quelques mètres de là, les tunnels bruxellois baignent déjà bien profond. Sous la drache tropicale, Orelsan mouille le maillot, solidaire de son public, trempé jusqu’aux os. Les intempéries obligent le rappeur à sortir du cadre millimétré d’un show trop carré. Cheveux humides et t-shirt percé, Orelsan se lâche et relance Basique pour en finir avec cette fiesta un peu trop arrosée. Pour coller à l’air du temps, il aurait dû resservir La Pluie. Mais on ne lui en voudra pas. C’était très bien comme ça.

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