On ira tous au Paradis

Un pied dans les années 80, une oreille tendue vers les sons de demain, le duo électro chic annonce une déferlante de nouveaux talents qui réinventent la chanson française.

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« Nous ne faisons pas de la chanson française. Nous faisons de la chanson en français”. Formé de Simon Mény et de Pierre Rousseau, le duo Paradis a le sens de la formule. Mais contrairement à d’autres, ce n’est pas creux lorsqu’on se met à creuser. Au-delà de cette déclaration de foi en forme de slogan, il y a en effet une démarche artistique parfaitement réfléchie qui leur permet d’imposer leur différence sur “Recto Verso”, premier album publié au début de l’automne 2016 et truffé de tubes synthétiques pour jeunes gens modernes.

Si leur histoire commune débute à Paris en 2010 (“On s’est rencontrés à une soirée, on a parlé musique et le lendemain, Paradis donnait sa première répétition”), c’est pourtant hors de l’Hexagone qu’elle trouve son fondement. “Simon a passé beaucoup de temps entre Buenos Aires et New York et Lisbonne. Moi, je suis né à Bruxelles et j’ai vécu à New York”, explique Pierre Rousseau. “Nous sommes tous les deux à fond dans l’électro. Nos influences communes sont le label allemand Kompakt et les productions du label new-yorkais DFA (LCD Soundsystem), en particulier l’album de Hercules And Love Affair. Nous n’avons pas d’attaches particulières avec la variété française même si nous en écoutons avec beaucoup de plaisir. Alors que nous sommes parfaitement à l’aise avec l’anglais, l’usage du français s’est pourtant très vite imposé pour Paradis, car ça nous semblait logique. Pour nous, le français, c’est une langue, un outil dont on aime bien les sonorités. Ce n’est pas un style de musique.”

Pour encore mieux brouiller les pistes, Paradis se fait connaître par une reprise délicieusement french touch de La ballade de Jim, classique des classiques de la grande chanson française signé Alain Souchon. “Le titre est sorti sur le label dance new-yorkais Beats In Space. Les Américains ont adoré sans savoir au juste qui était Souchon.” Après deux EP, une poignée de DJ sets pour jet-set et un remix pour Christine And The Queens, dont le duo a assuré quelques premières parties, Paradis a choisi de prendre tout son temps. Plus qu’un luxe à une époque où l’impatience nous dicte ses règles, il faut y voir un signe d’intelligence chez les garçons. “Notre album “Recto Verso” est le fruit d’un travail de plus de trois ans. Comme pour nos clips (on vous conseille le petit dernier Toi et moi NDLR), nous avons une approche très photographique en studio. On travaille délibérément avec un cahier de charges restreint, un cadre précis, une palette de sons réduite et on utilise les mêmes machines sur chaque morceau. Nous sommes d’avis que la contrainte stimule la création. Nous avons toujours été influencés par l’art minimaliste.”

Pour évoquer les chansons de “Recto Verso”, Paradis parle volontiers de “fantasmes postadolescents”. Il y est, bien sûr, beaucoup question de dualité. Recto Verso, Toi et moi, Miroir 1, Miroir 2… Les couleurs sont vives. Il y a du soleil et de la mélancolie dans les refrains. Les sons ont effectivement beaucoup tendance à se ressembler d’une plage à l’autre. “C’est parfaitement assumé, répond Pierre. On a voulu un univers clairement identifiable. Qu’elles soient positives ou négatives, les chroniques de l’album parues dans les médias relèvent toutes l’unité et la cohérence du disque. Nous sommes très fiers de ça. Sur scène, nous ajoutons des éléments organiques à la voix de Tim. On a repensé à l’interprétation de notre musique en revenant à l’essentiel, à savoir les chansons et les mélodies. Et je dois reconnaître que c’est euphorisant de se retrouver face à un public.”

Le 06/08 au Ronquières Festival. 

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