Timber Timbre : retour vers le futur

Tourmenté par l’état du monde, le trio canadien imagine un grand disque d’anticipation. 

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Depuis la disparition de Prince et David Bowie, des secrets de famille refont surface, laissant entrevoir des vices de paternité et quelques enfants cachés. Positif au test ADN, le nouvel album de Timber Timbre reconnaît ainsi son ascendance. C’est une évidence, confie le chanteur Taylor Kirk, sourire en coin et moustache sous le nez. Mes parents avaient tous les disques de Bowie à la maison. Récemment, j’ai redécouvert des sons auxquels mon oreille n’avait pas prêté attention par le passé. La guitare du morceau Grifting, par exemple, est une libre interprétation de son œuvre. C’est un riff qui aurait pu trouver sa place sur l’album “Young Americans” en 1975 .”
 
En mouvement sur la ligne du temps, Timber Timbre ne se contente plus de quelques notes de piano pour hypnotiser des chansons minimalistes et millimétrées. À l’heure du quatrième album, la gratte explore l’espace, s’offre des coups d’éclat funky et surfe sur des vagues (à l’âme) synthétiques. À bien des égards, l’esthétique défendue tout au long de “Sincerely, Future Pollution” s’imprègne aussi des idées avancées par quelques pionniers de l’électro française: des vecteurs de bonnes ondes digitales comme Jean-Michel Jarre ou le duo Air. Les titres Skin Tone ou Bleu nuit ravivent d’ailleurs les beautés mélancoliques de “Virgin Suicides”. Ce film m’a profondément marqué, indique Taylor. Déjà, le tournage s’est déroulé dans ma ville, à Toronto. Le quartier, les rues, le décor: tout m’était familier. Au-delà de l’intrigue, j’étais surtout fasciné par la bande originale. Ténébreux et aérien, le nouvel album de Timber Timbre installe une ambiance cinématographique.
 
Entre anticipation et science-fiction, “Sincerely, Future Pollution” jongle avec les scénarios de Blade Runner et RoboCop, histoire de dépeindre le futur proche d’un monde occidental en proie à ses démons. Les chansons s’ancrent dans un réel déformé par mes angoisses, mon incertitude face à l’avenir. Ici, je noircis les traits d’un consumérisme de masse. J’évoque la gentrification, la corruption, l’autoritarisme, la mondialisation ou la violence de la nature humaine. Souvent inquiétants, jamais rassurants, les lendemains imaginés par le groupe canadien délivrent pourtant de vastes puits de lumière et de grandes sources de réjouissance. Véritable moment de grâce, le tube Western Questions interroge l’époque avec grâce et dévoile une mélodie à chérir pour l’éternité.
 

Le 15/07 à Dour. 

 

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