La Femme: « Nous sommes des caméléons de la chanson »

Cinq gars et une fille forment le groupe rock frenchie le plus tendance du moment. Dissipé, insouciant et terriblement excitant. Et ça fait du bien.

La Femme - Musique

Annoncé comme l’avenir du rock français, La Femme tient toutes ses promesses sur un deuxième disque troublant et toujours rentre-dedans. À la fois glamour et je-m’en-foutiste, la formation parisienne culbute les genres musicaux en distribuant coups de coude et baisers sur la bouche. Planque officielle de chansons gentiment rebelles, méchamment sexy, l’album “Mystère” vit l’amour sans temps mort (Elle ne t’aime pas) et se pose souvent les bonnes questions (Où va le monde?). Entre pogo fiévreux (Tatiana), ballade romantique (Septembre) et électro psychédélique (Sphynx), le groupe surpasse son “Psycho Tropical Berlin” de 2013. En tournée avec les Red Hot Chili Peppers, sur le point de décoller aux USA, les Français passent par chez nous. Entre La Femme et la Belgique, c’est une relation passionnelle. Après un énorme carton aux Nuits Bota et une grande fiesta lors du Dour Festival l’été dernier, la troupe rempile avec un concert bruxellois (complet depuis des mois et des mois). Attablés à la terrasse d’un café, Lucas, Marlon et Clémence dévalisent la carte des desserts entre deux bières. Moment choisi par Moustique pour reprendre l’histoire par le menu.

Vous êtes passés maîtres dans l’art d’emballer vos chansons sous de belles pochettes de disque. Ce sont vos propres réalisations?

MARLON MAGNÉE – Nous enregistrons des chansons, ce n’est déjà pas si mal. Pour les pochettes, nous travaillons avec des spécialistes de l’image. Un jour, on nous a parlé d’un Bruxellois vraiment doué: Elzo Durt. Quand nous l’avons rencontré, il venait de concocter une affiche de concert assez dingue pour Stephan Eicher et, surtout, il avait réalisé une pochette complètement psychédélique pour le groupe américain Thee Oh Sees. C’est lui qui a fait le visuel de “Psycho Tropical Berlin”. Cette fois, nous voulions quelque chose de beau et subversif. Nous nous sommes tournés vers Tanino Liberatore. C’est le créateur de la BD RanXerox. Frank Zappa lui doit la pochette de l’album “The Man From Utopia”. Il a aussi bossé avec Alain Chabat: il a dessiné tous les costumes du film Astérix & Obélix: Mission Cléopâtre. Bref, un beau défi nous attend pour le visuel du prochain disque.

La Femme émerge aujourd’hui au rayon chanson. Mais, au fond, votre culture musicale est plutôt punk, non?

M.M. – Nous sommes des caméléons de la chanson. On se plaît aussi bien sur les branches de la chanson française que sur celles de la musique surf, du swing, de la culture yé-yé ou new-wave. Certains voient notre titre Où va le monde? comme un hymne punk et révolté, un truc à la Sex Pistols. Pour nous, il s’agit seulement d’une chanson avec des clins d’œil sixties dedans. Les paroles sont délibérément gnangnan. Sur “Mystère”, notre morceau le plus punk et totalement “rien à foutre”, c’est Tatiana. C’est urgent et salace. Ceci étant, ça reste poli et joliment dit.

La critique du système et le politiquement incorrect, ce n’est donc pas pour vous?

M.M. – Nous ne sommes pas encore à l’aise avec les sujets politiques. En tant que citoyens, nous recherchons toujours un idéal. En France, nous n’adhérons à aucun parti, aucune idéologie. D’ailleurs, pour l’instant, c’est la cacophonie. Pas un seul candidat à la présidentielle ne nous interpelle. La politique, c’est un sujet sensible. Il faut être adroit et sûr de son coup pour la mettre en musique. Ça doit venir du cœur, des tripes. En l’état, nous ne sommes pas encore prêts pour ça.

Votre musique s’enracine au début des années 1980, autour des noms de Jacno, Lio, Étienne Daho, Taxi Girl ou Rita Mitsouko rassemblés sous l’étiquette des “Jeunes gens mödernes”. C’est une page de l’histoire qui vous parle?

CLÉMENCE QUÉLENNEC – C’est une inspiration évidente, on ne va pas s’en cacher. Nous avons découvert ce mouvement en 2008 via une compilation sur laquelle on trouvait notamment des morceaux de Kas Product, Guerre Froide ou Lizzy Mercier Descloux. La compile “BIPP”, qui retrace les origines de la pop synthétique en France, nous a aussi influencés. Aujourd’hui, notre musique rencontre les influences que nous cherchions à mettre en chanson à nos débuts.

La légende raconte que “Mystère” a vu le jour dans un manoir. Info ou intox?

LUCAS NUNEZ – Vrai. Nous avons loué un manoir en Bretagne. En fait, il s’agit d’un centre de réinsertion pour les enfants en difficulté. Le grand-père de Sacha était l’ancien directeur de l’institution. C’était l’endroit parfait pour enregistrer. Nous étions à l’écart, loin de toutes sources de distraction. Nous avons tout réalisé par nos propres moyens. Bosser avec un producteur extérieur, ça allait ralentir les opérations. On voulait foncer, enregistrer les chansons comme on l’entendait. Pour finaliser l’album, nous sommes partis à Los Angeles pour travailler avec l’ingé son Sonny Diperri (Animal Collective – NDLR). Pour la frime, ça fait bien de dire que le disque a été mixé à “L.A.”!

Aux USA, justement, le public s’enthousiasme pour votre musique. Comment expliquez-vous cet engouement?

M.M. – Moi, j’aime bien les groupes américains. Je ne pige rien à ce qu’ils racontent, mais j’aime les mélodies, l’énergie. J’imagine que, pour eux, c’est un peu la même chose. Nos paroles doivent leur sembler assez cryptiques. Par contre, au niveau du feeling, je pense qu’on parvient à se faire entendre. Le truc qui a fait parler de nous là-bas, c’est la publication du premier album sur une cassette audio limitée à 150 exemplaires. C’est sorti sur un petit label (Burger Records) qui publie des trucs cool, genre Ty Segall, The Black Angels ou les Black Lips. Aujourd’hui, l’objet est épuisé et donc, forcément, un peu culte.

Vous le sortez d’où, le titre du nouvel album?

M.M. – Au sein du groupe, nous sommes rarement d’accord sur un titre. “Mystère”, c’est la voie du consensus, un mot fourre-tout. Comme nous mélangeons des styles musicaux sans trop savoir ce qui nous définit exactement, on trouvait ça amusant d’affirmer qu’à l’heure du deuxième album, La Femme reste un mystère.

Votre nom s’est révélé en 2014 lors des Victoires de la musique. Cette distinction a-t-elle changé la donne?

C.Q. – Déjà, c’était une chouette expérience. Ensuite, ça nous a offert une visibilité inédite. Grâce à ce prix nous avons touché de nouveaux publics. Jusqu’alors, nos morceaux se cantonnaient à une audience plutôt rock. Du jour au lendemain, des gens d’autres horizons ont commencé à parler de nos chansons. À notre niveau, un trophée comme celui-là, c’est tout bénéfice. On peut encore se promener dans la rue sans se faire alpaguer par une horde de fans en délire. D’ailleurs, on espère bien figurer au palmarès des Victoires de la musique en 2017.

Le 13/08 au Brussels Summer Festival.

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