Des Lilas à Belleville, la jeunesse parisienne d'Eddy Mitchell en BD

En 1951, le Schmoll s’appelait encore Claude. Il s’en souvient dans un livre illustré où il ressuscite le Paris de ses quatorze ans. Un récit couleur Menthe à l’eau.

eddy mitchell
© Prod.

Bien avant que le leader des Chaussettes noires ne les enfile pour devenir le champion du rock français, il s’appelait Claude, un gamin avec des rêves plein ses poches vides, dans un Paris qui se finissait en terrain vague. Aujourd’hui, avec l’aide de Ralph Meyer, un gars de son quartier, mais d’une autre génération, ils mettent en images fortes ses souvenirs d’avant que sa vie ne bascule. Eddy Mitchell n’a pas fait appel au dessinateur d’Undertaker par hasard: “J’avais envie de travailler avec Ralph. Je lui ai fait lire ce roman autobiographique, écrit-il y a plus de vingt ans. Il a aimé. On est du même coin à Paris, la Porte des Lilas, ça aide!

Ralph Meyer va plus loin: “Enfant, je regardais La dernière séance (sorte de ciné-club, diffusé sur FR3, présenté par Eddy Mitchell – NDLR). C’est Eddy qui, le premier, m’a emmené dans l’Ouest américain. Aujourd’hui, si je fais Undertaker, c’est un peu grâce à lui!” Le duo s’embarque dans une drôle d’histoire: celle du jeune Claude Moine qui, pendant quatre jours, va hésiter à commettre un truc grave. On n’en écrit pas plus, car le récit se lit comme un thriller. Mais en 96 heures, une géographie intime se dessine: celle d’un tout jeune homme à la veille du bouleversement de sa vie. Un gamin dont la version adulte se souvient: “J’ai grandi dans une famille moyenne… Enfin, plus que moyenne, puisque la fin du mois commençait le quinze, donc on rognait sur tout. Mais on s’en sortait”.

Le grand frère qui emballe les filles alors que lui ne fait qu’en rêver, la sœur qui chante tout et n’importe quoi, et un père qui, parfois, lui fait un bol de mie de pain gorgé de vin rouge, Eddy Mitchell s’en émeut encore: “J’ai été gâté dans ma jeunesse. Mon père avait un travail banal, de nuit, aux ateliers de réparation de la RATP. Ce n’était pas très flamboyant, il le savait, mais il avait une passion pour la lecture et pour le cinéma. Passion qu’il m’a communiquée. Il me forçait presque à lire. Il a eu raison et je lui suis très reconnaissant”.

Ajoutez à l’équation une maman qui dévore le journal, une sœur aussi agaçante qu’adorable, et voilà un Eddy Mitchell en devenir très bien entouré: “Ils m’ont tous amené quelque chose… Je dois à mon frère, qui adorait les films d’épouvante, d’avoir, bien avant l’âge requis, découvert les productions de la Hammer. Je me souviens de La revanche de Frankenstein merci frangin!” Cet amour, et ce Paris disparu, c’est ce qui se dégage de ce très beau voyage dans la préhistoire du chanteur de Couleur menthe à l’eau.

La suite, c’est un juke-box qui diffuse du Bill Haley, des petits boulots, et puis une rencontre: “Ce qui s’est passé après? J’ai rencontré un mec qui se disait batteur, moi je me disais chanteur, et il m’a présenté deux types qui étaient certains de savoir jouer de la guitare”. Les 5 Rocks étaient nés, ils deviendront les Chaussettes noires.

**** Eddy Mitchell & Raph Meyer/Dargaud

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