Angoissé par Noël? Voici un livre pour comprendre que vous n'êtes pas seul

En analysant l'origine du stress lié aux fêtes de fin d'année, l'ouvrage «Les angoissés de Noël» veut briser le tabou du mal-être provoqué par ce rituel immanquable.

Tristesse à Noël
Illustration de l’anxiété provoquée par la fête de Noël ©BelgaImage

S'il y a un moment de l'année convivial et chaleureux, c'est bien Noël, non? C'est un avis communément partagé, mais la réalité est quelque peu différente. Ce vendredi, l'institut de sondage Ipsos a publié en France une nouvelle étude sur le sujet. Il s'avère ainsi que seulement 16% de la population est enthousiaste à l'idée de célébrer cette fête (32% chez les 18-34 ans). L'année passée, ce pourcentage avait été mesuré pour plusieurs pays et s'établissait entre 18% (pour la France) et 36% (aux USA). D'autre part, le taux de stress était lui aussi assez important, allant de 14-16% en Italie jusqu'à 37-39% en Allemagne. Le constat est donc clair: Noël représente à la fois une source de plaisir et d'anxiété.

C'est dans ce cadre qu'a été réalisé le livre «Les angoissés de Noël». Une sorte de catharsis compilant toutes les raisons qui font de Noël un moment oppressant. Nous avons interrogé l'auteur, le kinésithérapeute-ostéopathe belge Roger Fiammetti, sur cette anxiété assez répandue et pourtant stigmatisée.

Un ouvrage né d'une série de confidences en cabinet

La déprime provoquée par l'approche de Noël porte un nom: la natalophobie. Pourtant, Roger Fiammetti n'utilise pas le terme. Il parle simplement de cette angoisse annuelle constatée chez un nombre non-négligeable de ses patients. «C'est un peu comme ces patients qui, après la mort de Julie et Mélissa, venaient pour des douleurs physiques et des migraines. Sans vous mentir, sur 20 personnes, 19 finissaient la séance dans mon cabinet en me parlant du viol et d'abus sexuels, dont 4-5 avaient étaient abusées lorsqu'elles étaient jeunes. Pendant six mois, mes collègues psychologues n'avaient que ça! À l'approche de Noël, on a ce même phénomène. Des gens viennent nous voir, pour une migraine ou une douleur dans le dos par exemple, et quand on gratte, on se rend compte que c'est l'arrivée de cet événement qui les met mal à l'aise, même deux mois à l'avance», nous explique-t-il.

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De cette profusion de témoignages est né son livre. «Avec autant de convergences, il me semblait vraiment intéressant d'en parler», confie-t-il, avant d'évoquer une discussion avec un ami interloqué par cette volonté d'écrire sur cette angoisse de Noël. «Il me disait 'Noël, c'est les sapins, les décorations, la musique et les cadeaux, qu'est-ce que tu me racontes là?'». Or justement, le problème, il est là. Une sorte de pression sociale pèse sur ces stressés de la fin d'année, sans qu'un dialogue décomplexé soit possible. Ici, Roger Fiammetti veut briser la glace.

«Ce livre est le porte-parole de ceux qui n'aiment pas Noël»

Pour ce faire, l'auteur répertorie tout ce qui rend Noël si angoissant. Il y a ces idées de cadeaux qui relèvent du casse-tête pour ne pas faire de mauvais choix, l'éternelle question de savoir chez qui célébrer ce moment (au risque de délaisser certains proches non-sélectionnés), ces retrouvailles en famille où certains ne peuvent pas se supporter mais où le mot d'ordre est la trêve, le très délicat problème de savoir qui sera à telle ou telle place à table, etc. Sans oublier tous ceux qui subissent le fait d'être seuls lorsque tout le monde se retrouve. Et que dire de ceux qui ont vécu un traumatisme durant l'enfance et qui ont depuis une aversion instinctive pour les chansons et les décorations de Noël!

«Tout le travail diplomatique, tout le savoir-faire charismatique des parents sera bien nécessaire pour que chacun retrouve sa place autour de la table» (citation issue de «Les angoissés de Noël»)

«Il y en a qui s'inventent un réveillon fictif pour ne pas se sentir marginal», constate Roger Fiammetti, «ou d'autres qui ont comme une grosse grippe le 24 décembre puis plus rien une fois le réveillon passé». «Ce livre est le porte-parole de tous ceux qui n'aiment pas Noël. C'est aussi une main tendue vers les autres, pour que l'on sache qu'il est légitime de ne pas apprécier cette fête», enchaîne-t-il. «En filigrane, il y a toute une série de blessures, petites ou grandes, ou de peurs: celle de ne pas être aimé, de l'abandon, de ne pas être reconnu, d'être humilié, de ne pas être parfait, etc. Noël est une sorte de conseil d'administration de fin d'année, où le grand-père demande par exemple pourquoi le petit-fils n'est pas encore en couple, sans savoir que celui-ci est gay et qu'il n'ose pas le dire. Et malgré tout, tout le monde doit sourire, comme dans une pièce de théâtre où chacun a son rôle. Tout cela alors que Noël est une fête 'obligatoire'».

«L'entrée froide, l'entrée chaude, suivies du plat de résistance puis le dessert ; il faut de l'entraînement pour arriver au bout de ce repas sans desserrer la ceinture» (citation)

Pour l'auteur, la solution pour apaiser ces tensions, «c'est de comprendre pourquoi on n'aime pas Noël». «Il y a des raisons évidentes, comme la recherche des cadeaux, mais de façon beaucoup plus inconsciente, il y a tout ce que cette réunion familiale peut déclencher», analyse-t-il. Une réflexion développée de long en large puisqu'il décortique même l'héritage judéo-chrétien de Noël. «Au départ, c'était la fête païenne du retour à la lumière et ce moment peut servir d'éclairage sur les émotions des gens et sur ce qui les dérange», explique Roger Fiammetti. «Et quel meilleur endroit pour se réconcilier avec soi-même que la famille, là où on a créé pendant l'enfance son code émotionnel et sa personnalité?».

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«Pour certains, le réveillon en famille s'apparente à un film d'horreur, et la seule solution acceptable est effectivement la fuite» (citation)

Cette sorte d'examen psychanalytique donne au livre des allures d'ouvrage de sociologie vulgarisé. Finalement, Noël est presque un prétexte pour pointer plus globalement les maux de la société. Or ces problèmes trouvent leur terreau dans le cercle familial, fait remarquer l'auteur. Ce même milieu qui se retrouve au cœur de la fête de Noël. «Comme le dirait Boris Cyrulnik, on se fabrique à travers ce que l'on reçoit. Les mots que l'on dit sont ceux que l'on a entendus. La famille est le microcosme dans le macrocosme de la société».

Réconcilier les pro- et anti-Noël

Roger Fiammetti le précise: lui-même n'a pas de problème avec Noël. Mais comment ne pas parler de la souffrance de tant de personnes qu'il croise? Écrire sur le sujet permet de tenter d'y remédier. «Ceux qui vont lire ce livre vont peut-être comprendre pourquoi ils sont mal à l'aise, comment le résoudre ou comment prendre de la hauteur. Pour certains, cela a changé leur vie. J'ai par exemple une patiente qui invitait chaque année toute sa famille et qui n'en pouvait plus. Après avoir lu le bouquin, elle a appris à dire non. Désormais, elle fête Noël au restaurant et elle s'y plaît très bien, car elle ne doit plus tout gérer. Noël est maintenant synonyme de fête pour elle, et non de sacrifices comme avant. C'est une façon de sauver son Noël».

Ces deux dernières années, le contexte était très particulier de ce point de vue-là. Le Covid a pu servir de prétexte idéal pour éviter ces fameuses réunions de famille. Mais aujourd'hui, ce que Roger Fiammetti constate, c'est qu'il y a aussi des personnes qui souffraient de l'éloignement dû au coronavirus et qui se retrouvent désormais. «On sent que les gens ont envie de refaire la fête et les magasins sont bondés, donc tant mieux», conclut le kinésithérapeute.

Quant à ceux qui souffrent toujours cette angoisse de Noël, le livre garde tout son intérêt pour eux. Roger Fiammetti est en tout cas heureux de voir que certains «arrivent à se réconcilier avec Noël et avec eux-mêmes». «Tous ces gens qui sont mal dans leur peau, ils se sentent maintenant reconnus», se réjouit-il. «Ce ne sont plus des marginaux. Ils peuvent dire qu'ils n'aiment pas cette fête et ce ne sera plus mal perçu. Il y a quelques années, vous étiez encore un paria. Donc je suis doublement content».

Roger Fiammetti

Portrait de Roger Fiammetti ©D.R.

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