Brigitte Giraud récompensée pour Vivre vite : que vaut le prix Goncourt 2022 ?

Avec Vivre vite, récit intime autour de la mort de son mari, Brigitte Giraud décroche le prix Goncourt. On l’a lu…  Voici notre verdict.

Brigitte Giraud reçoit le prix goncourt
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Favori dans la course, Giuliano da Empoli n’a pas réussi le doublé du Goncourt et du Grand prix du roman de l’Académie française. Dommage. Si son livre – le formidable Mage du Kremlin, a remporté le deuxième, le premier vient d’être attribué à Brigitte Giraud pour Vivre vite. Dérogeant à la tradition qui veut que l’on célèbre ici la fiction, les jurés du Goncourt ont choisi un récit intime dont l’ambition se situe ailleurs dans le champ de la littérature.  Chronique du réel et texte de partage, Vivre vite de Brigitte Giraud retrace les jours qui ont précédé la mort de son mari en 1999, et les répercussions que le drame a eu sur sa vie. S’appuyant sur un dispositif narratif assez malin – imaginer comment les choses se seraient passées si le destin avait été dévié par l’intervention de quelques grains de sable – l’autrice construit son récit à partir d’événements du quotidien qui se sont succédé et qui, conjugués l’un à l’autre, ont mené à la catastrophe.

À l’époque, jeune romancière qui s’apprête à publier Nico, son deuxième livre, Brigitte Giraud vit avec Claude, directeur de la médiathèque de Lyon, grand amateur de rock et pigiste pour Le Monde. Frais propriétaire d’une maison qui ressemble au paradis sur terre, le couple accepte d’entreposer dans leur garage la moto du frère de Brigitte – une Honda si redoutable qu’elle est interdite sur routes au Japon. En déplacement à Paris où elle doit assurer le service de presse de son nouveau roman, Brigitte laisse derrière elle Claude et leur fils. Quand Claude s’apprête pour aller chercher le gamin à l’école, il décide d’emprunter le bolide de son beau-frère… Ce que Brigitte a oublié de dire à Claude c’est qu’il n’était pas nécessaire d’aller récupérer leur fils à l’école… L’enchaînement des faits – que l’autrice décrit comme les mauvaises décisions, une succession de coups de malchance – mènera à l’accident qui coûtera la vie à cet homme, aujourd’hui devenu figure centrale d’un texte ultra personnel autour de la question du deuil.

Beaucoup plus accessible

Contrairement au Goncourt de l’année dernièreLa plus secrète mémoire des hommes, magistral livre-expérience de Mohamed Mbougar Sarr, Vivre vite est un livre beaucoup plus accessible qui se lit très rapidement. Autrice d’une dizaine de romans (Une année étrangère, Un loup pour l’homme, Jour de courage…), Brigitte Giraud livre un texte dénué d’effets et au plus près des contingences matérielles qui font aussi une histoire d’amour. On a bien senti l’émotion qui traverse le récit, on a bien reconnu son ingéniosité (chaque chapitre est titré par une phrase qui commence par “si” – “Si je n’avais pas voulu vendre l’appartement”, “Si nous n’avions pas eu les clefs de la maison à l’avance”, “Si mon frère n’y avait pas garé sa moto pendant ses vacances”… – mais on a aussi eu la sensation d’avoir déjà lu ce genre de récit ailleurs.

** Vivre vite de Brigitte Giraud. Flammarion, 208 p.

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