Yann Queffélec : "Le milieu de l’édition est de plus en plus un milieu de jaloux"

Yann Queffélec publie D’où vient l’amour. L’occasion de lui demander s’il pense ce que pensent ses personnages.

Yann Queffélec
© BelgaImage

Maud, l’héroïne de votre roman D’où vient l’amour qui se déroule pendant la Deuxième Guerre, aspire à une autre vie en rêvant de Michèle Morgan. Jeune, vous fantasmiez sur Michèle Morgan?
Non, moi, c’était plutôt sur Michèle Mercier – Angélique, marquise des anges – sur laquelle je fantasmais.

Maud travaille dans une usine de lingerie fine. Pourquoi une usine de lingerie et pas de boulons?
Parce que le livre se passe au pays de la soie, et pas au pays de la sidérurgie. Mais c’est très plaisant pour un romancier de montrer ce qu’est l’univers de la fabrication de la lingerie…

Vous vous êtes documenté ou pas besoin, vous connaissez?
Non, mais j’ai eu un ami qui a travaillé pour une fabrique de sous-vêtements et qui était devenu spécialiste du dégrafage de tous les types de soutiens-gorge. Cette performance m’avait intrigué…

Le personnage de Samuel – sur le champ de la Résistance et dans le domaine des affaires – veut se mesurer à son père. Et vous? Votre père?
Je n’ai jamais rien voulu prouver à mon père. Je n’avais pas de très bonnes relations avec lui… J’aurais aimé avoir de bonnes relations, mais c’était un homme qui, de façon manifeste, ne m’aimait pas.

Votre père ne vous aimait pas?
Il ne s’en cachait pas. Il aimait mon frère aîné, et il ne s’en cachait pas non plus. Il a eu mon frère, puis il a eu ma sœur… Il avait un garçon et une fille – et puis, je suis arrivé… Il a fait son devoir de père en m’élevant, mais il ne m’aimait pas.  Je n’ai jamais rien voulu lui prouver, même si je l’adorais. J’adorais mon père…

Vous lui avez d’ailleurs consacré un livre, L’homme de ma vie…
Oui, un livre sur cette étrange relation que j’ai vécu comme un vrai chagrin d’amour et sur cet homme qui me regardait avec un regard de reproche.

Il vous reprochait quoi?
Tout. Si quelque chose n’allait pas, c’est que je devais y être pour quelque chose… J’étais un coupable idéal.

Le plus beau roman d’amour?
L’œuvre de Dieu, la part du diable de John Irving. Tout le monde devrait avoir lu ce roman.

La plus belle chanson d’amour?
La chanson des vieux amants de Brel.

Le livre que vous auriez aimé écrire mais qu’un autre a écrit?
À part L’œuvre de Dieu, il y a Le choix de Sophie de William Styron.

Lisez-vous les auteurs à la mode – Michel Houellebecq, Virginie Despentes, Emmanuel Carrère?
Je lis quelques pages… Mais il y en a que je lis en entier. J’adore Amélie Nothomb, et j’adore Pierre Lemaitre, et je suis touché par Guillaume Musso.

Avez-vous lu Cher connard?
Non, pas du tout, je déteste ce titre. Je n’aime pas quand on  utilise la littérature pour lui faire servir l’air du temps.

Avez-vous un bon ami dans le milieu de l’édition?
J’essaie de ne pas trop fréquenter le milieu de l’édition, mais j’aime beaucoup mes éditeurs, Philippe Robinet et Caroline Lépée.

Le milieu de l’édition, c’est un milieu de jaloux, non?
Ho! De plus en plus… La jalousie entre auteurs, c’est horrible, mais c’est elle qui mène le jeu aujourd’hui. C’est pénible parce que, franchement, il y a du soleil pour tout le monde…

D’où vient l’amour, Calmann-Lévy, 288 p.

Sur le même sujet
Plus d'actualité