Victoria Mas publie Un Miracle: "Je sais qu’on m’attend"

Auteure du fameux Bal des folles, elle vient de lâcher dans la nature son deuxième roman, Un miracle, l’un des plus attendus de la rentrée. Conversation.

Victoria Mas sort un Miracle
Victoria Mas. © BelgaImage

Elle dit “le trac est là”. On veut bien la croire. Il y a trois ans, venue de nulle part, la fille de la chanteuse Jeanne Mas a pris tout le monde par surprise avec Le bal des folles. L’histoire vraie de femmes dites hystériques que leur médecin “bienfaiteur”, le professeur Charcot, sommité de la fin du XIXe siècle, exhibe lors d’un événement mondain organisé à la Salpêtrière où elles sont internées. À la grande surprise de son autrice, le livre part à plus de 300.000 exemplaires (le rêve pour n’importe quel auteur), est traduit en bande dessinée et (récompense suprême) adapté au cinéma par Mélanie Laurent. Sur un marché à la traîne, Albin Michel mise beaucoup sur Victoria Mas qui joue la prise de risque avec un sujet inattendu. Dans Un miracle, elle raconte l’histoire d’un adolescent choisi par celle qui se présente sous les traits de la Vierge Marie…

Qu’est-ce qui vous a conduite vers l’histoire de sainte Catherine Labouré qui sert d’amorce à Un miracle?
Victoria Mas – C’est d’abord la rencontre avec un lieu, la chapelle Notre-Dame de la Médaille miraculeuse, rue du Bac à Paris. Elle se trouve dans le couvent des Filles de la charité où la Vierge serait apparue à Sœur Catherine en 1830. C’est le deuxième lieu de pèlerinage le plus important en France après Lourdes. En visitant la chapelle, j’ai eu le sentiment que les gens qui priaient là n’avaient aucun doute sur ce qui s’était passé. Cette piété m’a intéressée.

L’histoire s’inscrit dans un décor de la Bretagne. C’était important de confondre votre récit avec cette terre de croyances?
Oui, la Bretagne est un des personnages principaux du roman. La Bretagne est une terre chargée d’imaginaires, une terre de contes et de légendes où le fantastique se mêle au réel. J’ai passé beaucoup de temps là-bas, en hiver pour être près des lieux et des habitants.

Un miracle raconte l’histoire de deux mal-aimés. Comme les femmes du Bal des folles, ces deux garçons doivent s’imposer pour exister…
Pour écrire l’histoire d’Hugo et Isaac, j’ai beaucoup pensé à une scène dont j’ai été témoin dans le métro il y a quelques années. Deux jeunes garçons – ils ne devaient pas avoir plus de 16 ans – assis sur des strapontins… Ils étaient dans leur coin, et si on les regardait de plus près, on voyait qu’ils se tenaient très discrètement la main. Il y avait une telle tendresse! On avait l’impression qu’il n’y avait que là, à ce moment-là, qu’ils pouvaient s’autoriser ce geste. C’est eux que j’ai essayé de décrire à travers Hugo et Isaac. À travers eux, je pose cette question: est-on vraiment soi quand on doit se cacher?

La réaction de la foule qui s’agglutine autour d’Isaac lorsqu’il a ses visions semble raconter ce désir de croire dans notre société?
J’ai voulu imaginer ce que serait une apparition de la Vierge aujourd’hui, même si l’histoire est toujours la même à travers les époques: on se déplace jusqu’au lieu de l’apparition en espérant assister à un miracle. L’envie de croire c’est l’envie de répondre à ce questionnement existentiel: que faisons-nous ici et existe-t-il quelque chose de plus grand qui nous dépasse?

Avez-vous été élevée dans la foi?
Pas du tout. (Rire.) Il n’y avait aucune sensibilité religieuse ni dans ma famille, ni dans mon environnement – ce qui m’a permis de ne pas être freinée par une pensée dominante, mais de pouvoir toutes les envisager, en découvrant les textes par moi-même. Mais ce qui m’a amenée vers ce sujet des apparitions, c’est surtout la dimension sociologique du phénomène.

Avez-vous écrit ce livre dans l’agitation médiatique suscitée par Le bal des folles?
J’ai dû m’extraire du Bal des folles car, après la rentrée littéraire de 2019, les choses ont commencé à être différentes. Et comme je n’avais pas entamé l’écriture du nouveau livre, il a fallu que je retrouve un espace de travail sain et serein. Le bal des folles, je l’ai écrit sans que personne ne l’attende, je ne savais pas s’il allait être publié puisque je n’avais pas de maison d’édition. J’ai essayé de retrouver cette innocence pour écrire Un miracle, mais c’était cause perdue – ce n’était plus du tout la même chose: je sais qu’on m’attend.

On imagine votre maman très fière de vous…
J’imagine. En tout cas, ce qui l’importe, c’est que je fasse bien mon travail, et que je sois correcte avec les gens qui m’entourent. C’est une question d’éducation…

Notre critique **

Envoyée sur une île du Finistère Nord, désignée par une prophétie, sœur Anne sait qu’elle va traverser la même expérience que sa patronne sainte Catherine Labouré: voir la Vierge. Par un court-circuit du destin, Isaac, ado en deuil de sa mère et délaissé par son père, vit ce qui était promis à sœur Anne. Il tombe en extase devant l’apparition d’une femme que les habitants de l’île identifient comme Marie…  En auscultant la relation qui le lie à ses visions, mais aussi à Hugo, jeune garçon rejeté par son père, Victoria Mas s’immisce dans la foule des adorateurs d’Isaac. Derrière le récit de cette aventure ­mystique, on trouve des thématiques qui, du harcèlement à l’homosexualité, en passant par le rapport père-fils, renvoient à des préoccupations contemporaines.

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