Despentes, Nothomb, Gaudé, Carrère… Les immanquables de la rentrée littéraire

Emmenée par Virginie Despentes gonflée à bloc, la rentrée littéraire est une partie de poker où les éditeurs abattent leurs meilleures cartes. Focus sur les tendances de la saison.

Despentes, Nothomb, Gaudé, Carrère… Les immanquables de la rentrée littéraire
Nederland. Nederland, 06-10-2011 Portret: Virginie Despentes. Franse schrijfster. Foto: Patrick Post

La rentrée se joue sur un marché plutôt déprimé (beaucoup d’éditeurs parisiens se plaignent de leurs mauvaises ventes depuis le début de l’année), ce qui explique le nombre, à la baisse, de romans publiés entre le 17 août (jour officiel d’ouverture de la chasse) et novembre. Les libraires ne recevront que 490 nouveaux titres, “le chiffre le plus bas depuis plus de 20 ans”, selon Livres Hebdo. Grasset part en pole position avec Cher connard de Virginie Despentes, livre très attendu après le spectaculaire carton de la trilogie Vernon Subutex vendue à plus d’1,3 million d’exemplaires. On sort sonné de Cher connard, roman épistolaire et face-à-face musclé entre Rebecca Latté, actrice de cinéma et Oscar Jayak, auteur à la mode – la première réagissant à un post Instagram du second dans lequel il la compare à un “crapaud”, “pas seulement vieille. Mais épaisse, négligée, la peau dégueulasse”, “égérie pour jeunes féministes” soutenue par “l’internationale des pouilleuses”.

L’échange, loin d’être soyeux, s’envenime lorsque Jayak est accusé de harcèlement par Zoé Katana, son ancienne attachée de presse. Sur Internet, les attaques visant l’écrivain arrivent de partout, pointant sa sale réputation et le privant de ses nuits tranquilles. Au rythme des messages s’installe une relation plus complexe qui évoluera de l’invective au dialogue, de la haine à l’amitié. Cher connard, livre d’une warrior, poursuit le travail d’abattage de Despentes sur le terrain du féminisme queer (on pense souvent à King Kong théorie) et scanne toute l’argumentation combative produite par #MeToo. Quand les deux personnages – alcoo­liques et toxicomanes – s’entretiennent de leurs mauvaises habitudes et du programme de désintoxication dans lequel ils sont engagés, le tableau s’enrichit pour aboutir à un livre total qui, au fil des réflexions, frôle l’essai sur l’époque.

Les autres noms attendus

Si Despentes débarque en Terminator de la ­rentrée, Amélie Nothomb reste la marraine protocolaire du lancement des festivités avec, cette fois, deux éléments nouveaux: la couronne du ­Renaudot décerné l’année dernière à Premier sang, et le titre de trend-setteuse de la saison. Son ­nouveau roman, Le livre des sœurs semble indiquer une grosse tendance “sisters” puisqu’au même moment paraissent Petite sœur de Marie Nimier, Trois sœurs de Laura Poggioli et Les presque sœurs de Cloé Korman – les quatre explorant la théma­tique du lien familial vu à travers le regard des filles. Les clans, les fratries, les familles sont toujours au cœur des préoccupations de plusieurs romanciers vedettes. Olivier Adam avec Dessous les roses, Lionel Duroy avec Disparaître (l’au revoir à la famille pour un voyage du père en quête de sens), Christophe Ono-Dit-Biot avec Trouver refuge (odyssée d’un père et d’une fille qui, en 2027, fuient une France populiste où les autorités tracent la population – un reste de l’épidémie de 2020).

Autre nom banquable, Laurent Gaudé revient avec Chien 51, tableau sombre d’une mégalopole où la sécurité est assurée par un commando de policiers qu’on appelle des “chiens”. Le premier septembre, Emmanuel Carrère publie V13, chronique du procès des attentats de 2015 à Paris. En observant droit dans les yeux la justice en train de se faire, l’auteur de L’adversaire jette un regard transversal sur ce qu’il reste d’humanité dans le box des accusés et sur les réactions de la salle d’audience.  De retour en zone pop, inspiré par la vie des Rolling Stones en 1967, Simon Liberati livre Performance, confrontation d’un écrivain vieillissant avec le monde des séries télé.

En littérature étrangère, on pointera un bref texte des années 80 inédit de Toni Morrison, Récitatif, mais aussi Oh, Canada de Russell Banks, Une rétrospective de Juan Gabriel Vasquez, un chef-d’œuvre d’après Mario Vargas Llosa, et plus tard, le 23 septembre, le come-back de Jonathan Franzen avec Crossroads, radioscopie de l’explosion d’une famille des années 70.

Et côté belge?

Enfin, la représentation belge sur la ligne de départ de la rentrée a de la carrure avec une armada composée d’Emmanuelle Pirotte (Les reines), Philippe ­Blasband (Chocolat amer), Véronique Sels (Même pas mort!), Dominique Celis (Ainsi pleurent les hommes), Gaea Schoeters (Le trophée) et Lucas ­Belvaux, le cinéaste qui publie son premier roman, Les tourmentés.

Retrouvez l’interview de Victoria Mas et d’autres critiques de livres dans notre dernier numéro

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