L’Intime Festival fête son dixième chapitre: voici le programme d’un bel anniversaire

Avec son casting haut de gamme, le festival de littérature de Namur reste l’un des plus beaux rendez-vous au soleil couchant des vacances. Et comme il fête sa dixième édition: champagne!

Emmanuelle Devos bientôt à l'Intime Festival
© BelgaImage

Ce rendez-vous anniversaire de l’Intime Festival (le 10e  chapitre selon la ­terminologie des organisateurs) démarre sur le tapis rouge avec la lecture très attendue (vendredi 19 ) de Madame Bovary par Emmanuelle Devos. Le festival, qui privilégie des textes de littérature contemporaine, prouve combien le roman de Flaubert est moderne, oscillant entre la fascination pour le fait divers et le spectacle de la polé­mique. Si le scandale de ce texte, qui décrit la volonté d’une femme de briser l’ennui de son mariage, a mené Flaubert devant la justice, il met aussi en exergue le questionnement féministe de son héroïne – même si elle est le produit de l’imagination d’un homme qui avait précisé “Madame Bovary, c’est moi”.

Autre moment de grande excitation, Le journal de Namur (samedi 20), un spectacle insolite d’Édouard Baer, qui nous a fait rêver dans Les élucubrations d’un homme soudain frappé par la grâce.  Entre Le petit ­conservatoire de Mireille façon boxon et The Voice qui aurait ouvert ses blinds à la poésie du coin de la rue, Le journal de Namur met en scène des anonymes qui passaient par là. Habitué de l’Intime Festival, Édouard Baer est cet homme délicieux qui, avant de répondre à vos questions, place l’interview sous le signe de la dinguerie et vous demande de réfléchir à cette réplique sortie d’on ne sait plus quel spectacle: “C’est une femme qui dit à un homme: tu embrasses mal, mais tu embrasses longtemps”. Comment voulez-vous travailler en gardant toute votre objectivité journalistique après ça? Édouard Baer est un petit génie qui transforme n’importe quelle situation en terrain de jeu et vous embarque irrésistiblement dans son délire.

Le journal de Namur, c’est quoi?

Sur le papier, le projet du Journal de Namur a tout pour séduire, affichant la totale empathie de Baer pour les acteurs d’un jour qu’il aimerait engager et mettre en scène. “Je fais ça à Arles depuis le début de l’année, explique l’acteur. J’arrive en ville quelques jours avant, j’organise une audition avec des gens de la ville et puis, on monte un spectacle.” Mais la vraie jolie idée se trouve dans le principe même du casting ouvert à ceux et à celles qui ont un talent, petit ou grand, à faire connaître au reste du monde. “Le principe, poursuit Édouard Baer, c’est de travailler avec des gens qui ne sont pas des professionnels, des amateurs qui ont une histoire à raconter. Des gens qui ont un savoir-faire, qui savent jongler, qui ont écrit un poème qu’ils n’ont jamais osé lire ou des commerçants qui voudraient parler de leur magasin. Ça peut aussi être la chorale d’une maison de retraite ou un élève qui lirait la rédaction pour laquelle il a eu la note de huit sur vingt. Mais ça peut encore être quelqu’un qu’on trouve très gracieux et à qui on demanderait de s’installer là, pendant trois minutes, pour le regarder avec admiration. Ce que je prends moins, ce sont les gens qui font du stand-up. Ceux qui font des blagues et qui attendent la réaction du public. Ce n’est pas qu’ils sont moins bons, mais sur ce terrain-là, je trouve qu’il faut être un peu rodé.

On peut croire à la sincérité de la démarche à laquelle aurait participé Benoît Poelvoorde, ­fondateur de l’Intime Festival, qui, selon Baer, aurait lancé des messages autour de lui pour recruter les membres de cette troupe d’un jour. “Il ne s’agit pas de se moquer des gens mais de les glorifier, prévient le comédien célèbre – entre autres pour avoir balancé la plus belle tirade du film Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre. Il s’agit de mettre en évidence des personnages. C’est comme une revue de cabaret, sauf qu’on n’est pas dans le savoir-faire de cirque, on est dans des choses moins spectacu­laires. À Arles, par exemple, on a reçu un type de 65 ans qui voulait faire du slam, qui s’est entraîné sur un texte qu’il avait écrit et c’était magnifique. Le résultat, vous le verrez à Namur, mais je ne sais pas encore ce qu’il y aura puisque rien n’est prévu sauf que je serai avec les participants sur scène dans le rôle de ­Monsieur Loyal.

De fils de prolo à fils de plouc

Pour sa première fois à l’Intime Festival, le ­photographe belge Philippe Herbet débarque avec son beau Fils de prolétaire paru au mois de mai. Récit autobiographique d’une enfance en milieu ouvrier dans la région de Liège, le livre ausculte le sentiment de honte sociale qui étreint un jeune adolescent qui fera tout pour s’extraire de l’environnement qui l’a vu naître pour découvrir d’autres horizons et devenir photo­graphe. “Je n’ai jamais eu confiance en moi, ­explique Philippe ­Herbet, je n’ai pas fait de ­grandes études, mais ­malgré mes ­complexes, je suis arrivé à raconter cette expérience. Raconter le milieu prolétaire qui n’est pas ­toujours très présent en littérature et j’y suis arrivé après la mort, à neuf mois d’intervalle, de mes parents.

Un père ouvrier métallo, passionné de maquettes de voitures, et une mère “femme d’ouvrage” qui inspirent à Philippe Herbet des mots d’une simplicité désarmante mais d’une justesse impla­cable:  “Ils n’ont jamais pris l’avion, n’ont pas connu de terre étrangère […] Ils ne sont jamais allés à la mer”. La lecture du livre et l’entretien avec ­Philippe Herbet auront lieu le dimanche 21. Comme d’habitude, le programme de l’Intime s’ouvre à d’autres disci­plines. Chaque photographie est un adieu, proposera un trip à travers le travail de photographes – Deanna Dikeman, Catherine Rombouts, Olivier Cornil, Anne De Gelas, Doug Biggert, Karin ­Borghouts – mettant en scène l’instant éphémère du décor ou des personnages visés par leur appareil. La musique et le cinéma sont aussi là, avec Fils de plouc, magnifique délire autour de la culture populaire signé Lenny et Harpo Guit. On notera aussi le concert Django du Fapy Lafertin New Quartet et KaraOkay Live, karaoké mené par le groupe Okay Monday et ouvert “à toi qui ne peux t’empêcher de chanter sous la douche”.

Retrouvez dans notre dernier numéro l’interview de Monica Sabolo, qui marque la rentrée avec La vie clandestine

INTIME FESTIVAL, les 19, 20 et 21/8. Théâtre de Namur. www.intime-festival.be
Exposition CHAQUE PHOTOGRAPHIE EST UN ADIEU, jusqu’au 11/9. Galerie du Beffroi, Namur.

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