Tac au tac avec Franck Thilliez: "Ne jamais oublier d’où on vient"

franck thilliez
© Audrey Dufer

Votre livre s’appelle Labyrinthes. Avez-vous vécu une expérience traumatisante dans un labyrinthe?
(Rire.) Non, mais j’ai toujours aimé l’esprit des casse-tête, des puzzles et des mécanismes…

En fait, votre livre, ce n’est pas un livre, c’est un Rubik’s Cube…
C’est ça! Les lecteurs aiment cette dimension “jeu” du thriller. Ils aiment participer, être attentifs aux détails.

Vous publiez un autre livre, Le plaisir de la peur, où vous racontez votre façon de travailler. On y apprend que vous êtes un grand fan du Bescherelle. C’est vrai que vous considérez le Bescherelle comme un des livres les plus géniaux jamais publiés?
(Rire.) Je pense être un des rares à le penser, mais oui… J’ai toujours aimé la complexité de la conjugaison, des accords et de l’orthographe.

Au début de votre carrière d’écrivain – je rappelle que vous étiez informaticien – vous pouviez écrire n’importe où. Même sur le siège arrière d’une auto en covoiturage, comme un vrai esclave de l’écriture…
Oui, c’est dingue, mais j’ai vraiment fait ça… Être en voiture à cinq, à l’arrière, au milieu, avec deux cama­rades de chaque côté qui dormaient  et écrire des morceaux d’histoire sur mon ordinateur ouvert sur mes jambes.

Maintenant que vous vendez beaucoup de livres, que vous êtes riche, vous avez une belle maison avec votre bureau. Vous vous êtes embourgeoisé avec le succès…
(Rire.) Mais non, mais même pas, je ne me suis pas embourgeoisé… J’ai mon bureau, c’est vrai, mais j’écris encore un peu dans le train…

Mais vous êtes un homme tellement modeste…
Oui, je soigne un peu ma timidité. Là, ça va, mais quand j’étais enfant, c’était presque une maladie. Même aujourd’hui, les médias et tout ça, ça reste encore un peu compliqué…

Ce qu’on est en train de faire, ça vous embête?
(Rire.) Non, non, c’est pas une épreuve, mais c’est un moment qui fait partie du cycle de l’édition.

Vous avez été élevé dans le bassin minier du nord de la France dans un environnement ouvrier.  Qu’avez-vous gardé de cette culture prolétaire?
Le fait de ne jamais oublier d’où on vient, le fait de garder la tête sur les épaules, l’envie d’être solidaire et le goût du partage.

Chez vous, il n’y avait pas de livres sauf ceux du club France Loisirs qui arrivaient  grâce à votre mère qui avait pris un abonnement un peu sans le faire exprès…
Oui, et comme elle ne commandait rien, on lui envoyait d’office le livre du mois… Du coup, je piochais dans les livres qui traînaient, il y avait des ­bonnes histoires, mais c’est vrai que c’était un rapport particulier aux livres.

Le pays étranger où vous vendez le plus de livres, c’est la Russie. Ça marche encore, votre business pour le moment?
Oui, j’ai beaucoup de lecteurs là-bas, mais par solidarité avec le peuple ukrainien et le retrait des entreprises de Russie, tout est à l’arrêt. Il n’est plus question de nouvelles traductions publiées en Russie. Les lecteurs n’y peuvent rien, mais j’étais d’accord avec la décision des autres entre­prises, j’étais d’accord avec celle du groupe Editis qui publie mes livres.

Labyrinthes, Fleuve Noir, 375 p.
Le Plaisir de la peur, Le Robert/Fleuve Noir, 168 p.

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