Jacques Brel: son enfance racontée par sa fille

Premier tome d’une grande fresque biographique, Jacky remonte aux origines du roman familial de l’homme du Plat pays. Le livre est signé France Brel, sentinelle sentimentale de la mémoire du chanteur.

jacques brel
Jacky en avril 1940. Il a 11 ans. © Fondation Jacques Brel

Si beaucoup de gens cherchent à savoir ce qu’ils font sur cette terre, France Brel, elle, le sait très bien. “Avant de quitter cette planète, avoue-t-elle, je voudrais transmettre tout ce que j’ai comme documents et comme souvenirs de Jacques Brel.” Cette grande entreprise d’archéologie patrimoniale a déjà livré quelques trésors – les images inédites du film J’arrive, les récitals perdus de Knokke et de l’Olympia, les manuscrits originaux de chansons. Un peu plus loin dans la performance du souvenir, voire du devoir de mémoire, France Brel publie aujourd’hui Jacky, premier tome d’une fresque biographique dont elle ne sait pas combien elle en comptera. Déjà disponible à la Fondation Jacques Brel, en librairie à partir du 25 août, le livre se concentre sur l’enfance du père, fils de Romain Brel et Lisette Van Adorp.  Il est précis, détaillé et écrit au présent “pour être dans la psychologie de Jacques qui est multiple et contradictoire”.

Ce cadeau qui ne l’intéresse pas

Jacky raconte donc l’histoire d’un enfant qui ­s’inscrit dans un roman familial dont on saura tout des origines et des liens noués à travers les générations. “Pour comprendre Brel, il faut ­comprendre le contexte sociologique dont il est le produit, explique sa fille. Brel est comme tout le monde, il a un père et une mère. Une mère couturière, obligée de tout le temps faire des économies. Un père qui ne parle pas énormément mais qui est très courageux. Ce père, responsable et travailleur, cette mère qui passe son temps à rire et à chanter – la réunion des deux, c’est Jacques Brel.

la famille de Jacques Brel

En 1933, les parents de Jacques Brel: sa mère Lisette, son père Romain et son frère aîné, Pierre. Il a 4 ans. © Fondation Jacques Brel

Dans Jacky, le récit est rythmé par des images rares de Brel enfant et adolescent. On essaie d’y déceler la lumière d’un regard qui deviendra celui d’un des plus grands poètes de la chanson française, on n’y voit que les poses classiques d’un gamin pris dans la passion de ses jeux – la bicyclette, la balançoire, le scoutisme et, déjà, le théâtre.

Jacques Brel

Juillet 1935. Jacky a 6 ans. À lui et à son frère, Lisette, leur maman, disait: “Vous faites ce que vous voulez dans la vie, ne devenez tout de même jamais ni curé, ni gendarme, ni parachutiste”. Le conseil a bien été entendu… © Fondation Jacques Brel

Étourdi d’influences – Verhaeren, Les visiteurs du soir de Marcel Carné, Beethoven, la musique classique qu’il entend à la radio pendant la guerre -, l’enfant cède sa place à un jeune homme qui, plus tard (ce sera l’objet du ­deuxième tome), brise la chaîne de la tradition familiale et se lance dans la carrière de chanteur. “Brel a toujours rêvé de chanter, poursuit France Brel. Tout le monde dans la famille le soutient à commencer par sa mère, sa plus grande admiratrice qui le soutient de toute sa tendresse.  Elle va chez les disquaires pour voir si les disques de Jacques sont bien en place! Avec son père, c’est un peu plus délicat parce qu’il est diminué par un problème de santé qui le laisse un peu paumé dans sa tête. Mais mon grand-père ira l’applaudir à l’Ancienne Belgique en 1955. Il était fier, même s’il a voulu autre chose pour son fils, car après s’être battu pour atteindre une stabilité financière, il aurait voulu aider mon père à trouver cette sécurité professionnelle. Brel sent que son père veut lui faire un cadeau, mais ce cadeau ne l’intéresse pas.

Si le livre de France Brel raconte l’histoire d’un homme emboîtée à celle de sa famille, il met aussi en scène un monde qui n’existe plus dans un pays qui n’est plus le même et dans une ville – Bruxelles – que l’on ne reconnaît plus. Dans cette Belgique des brumes, à Zandvoorde, le grand-père de Brel “gère sa petite manufacture de chicorée et une boulangerie qui s’organise en ­bistrot”. Dans cette Belgique de l’aventure coloniale, le père de Brel, “le 7 octobre 1909, des rêves plein les poches, quitte le port d’Anvers et navigue vers l’Afrique à bord de l’Albertville 3”. Tout un univers dont le souvenir s’effiloche mais que l’on retrouve intact dans cette biographie qui ne recule jamais devant cet accent dont Brel s’amusait. Et France Brel de conclure: “C’est pour ça que, dans le livre, il y a des mots en bruxellois parce que Brel a été élevé dans ces mots-là”.

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