Zep: "Avec Ce que nous sommes, je raconte un effondrement"

Avec son roman graphique Ce que nous sommes, le créateur de Titeuf se penche sur le futur de l’humanité augmentée. Flippant et bienveillant à la fois.

Zep
© Prod

C’est devenu une habitude. Un an sur deux, Philippe Chapuis, alias Zep, prend congé de son petit héros à banane pour nous concocter un roman graphique. Une fois encore, il fait bien. Ce que nous sommes nous téléporte en 2113. Le monde est coupé en deux: d’un côté, ceux qui ont les moyens de s’offrir les services d’un cerveau augmenté. Et de l’autre, les 99,99 pour cent de pauvres qui, jetés hors de villes ultra-sécurisées, survivent tant bien que mal. Au moment où nous rencontrons le héros de cette fable futuriste, il fait partie de l’élite “augmentée”, mais manque de bol pour lui, son exo-cerveau se fait hacker, et le voilà bien emmerdé, forcé de se débrouiller à l’ancienne.

Comme pour The End, son précédent voyage, le roman graphique de Zep raconte une fiction bien foutue, empruntant les sentiers du suspense, de l’aventure et des sentiments, tout en se basant sur une réflexion scientifique. Zep confirme: “J’aime bien dialoguer avec les scientifiques pour voir jusqu’où mon histoire est crédible, même si ça reste de la fiction”. Ici, c’est la rencontre avec le très sérieux Pierre Magistretti, biologiste de son état, qui a fourni le déclic: “Magistretti est un savant qui ­vulgarise bien. Il m’a expliqué que notre cerveau humain fonctionne avec 20 watts (l’équivalent d’une petite ampoule domestique – NDLR). Or, le projet Human-brain sur lequel il travaille, si on arrive à ses fins, à savoir imiter notre cerveau humain et ses milliards de connexions par seconde, il mangerait l’énergie électrique de toute une ville!

Le sang du conteur ne fait qu’un tour, et la parabole de Ce que nous sommes est née. Une histoire bien sombre avec, et c’est la signature de Zep, de belles fenêtres. Car face à la perspective peu réjouissante de voir quelques happy few se goinfrer pour vivre artificiellement des aventures, il y a de quoi déprimer. Ce n’est pas le cas de Zep. “Je raconte un effondrement, la fin de quelque chose sans doute. Mais en même temps, je crois en quelque chose de neuf qui adviendra. Je ne veux pas raconter une histoire absolument dark. Je veux croire qu’on a un autre rôle à jouer dans cette partition terrestre… Un rôle plus intéressant que de jouer à la Playstation. Et pourquoi pas se connecter au vivant, et l’écouter pour apprendre à interagir avec notre planète, pas juste en abuser.” Chiche?

**** Ce que nous sommes de Zep. Rue de Sèvres, 88 p.

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