Tac au tac avec Olivier Guez: "L’Europe évolue comme un projet désincarné"

Olivier Guez pilote un recueil sur l’Europe, Le grand tour, livre qui tombe à pic. Conversation à Bruxelles évidemment.

Olivier Guez
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Vous avez dirigé un ouvrage collectif dans lequel vous avez convié vingt-sept auteurs et autrices des vingt-sept États membres à écrire un texte sur l’Europe. Vous sentiez le vent tourner ou quoi?
Je n’ai pas le bras suffisamment long pour déclencher une guerre en Ukraine… Je suis un écrivain, je suis un Européen et cela fait longtemps que je milite pour une Europe de la littérature et de la culture. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à jouer au moment de la présidence française de l’Union européenne, je suis allé voir le Secrétariat général des affaires euro­péennes et je leur ai proposé ce projet en septembre 2020. Au départ, j’avais plutôt en tête un festival, mais ils voulaient plutôt un livre…

Dans votre préface, vous dites que nous sommes gênés de revendiquer et défendre notre identité européenne. Pourtant, il n’y a pas de mal à dire d’où on vient…
Il faut croire que si… Le préambule de la Constitution pour l’Europe n’a rien trouvé à dire sur notre héritage. Et c’est le drame de cette construction euro­péenne qui s’est tenue très loin de toute forme d’affect. Ni la droite, ni la gauche  ne se sont penchées sur la question, elles ont donc laissé le terrain identitaire aux extrêmes et on le paie aujourd’hui. L’Europe évolue donc comme un projet désincarné, froid et frigide.

La littérature est-elle capable de rendre le projet plus sexy?
Si on compare la littérature et la ­Commission européenne, et sans verser dans le populisme, oui. La littérature fait ressentir, provoque des émotions – tout ce que le projet européen s’est gardé de susciter depuis sa création.

Vous connaissiez les vingt-sept auteurs et autrices qui participent à votre livre?
Non, je ne les ai pas tous lus. J’en ­connais certains personnellement, d’autres, je les ai lus, et puis, j’ai demandé des conseils aux services ­culturels des ambassades de France.

Pour la Belgique, vous avez choisi Lize Spit. Vous la connaissiez?
Je l’ai croisée il y a quatre ans à un salon du livre à Turin, on était en finale du prix Strega étranger, le Goncourt ­italien, et on a tous les deux perdu.

Le Brexit, douleur ou signal?
Signal. Un signal qui dit qu’il y a des choses qui ne fonctionnent pas dans cette Europe. Et c’est le signal que les Anglais resteront toujours les Anglais.

Avez-vous déjà visité les vingt-sept pays qui forment l’Europe?
Je crois qu’il m’en manque deux – l’Irlande et Malte.

Dans quel pays d’Europe vous sentez-vous le mieux?
Bonne question… Mais je dirai dans quelle province je me sens le mieux…  Allez, Vienne, même si je vis à Rome.

Qu’est-ce que vous faites à Rome?
Je ne sais pas (rire). C’est là où je vis. Disons que j’ai longtemps considéré que tout Européen se devait de vivre quelques années à Rome…

À Rome, quand vous ouvrez votre fenêtre, vous voyez quoi?
Je vois l’ambassade de Roumanie.

Qu’y a-t-il de bien en Belgique?
Le fait que vous êtes sérieux sans vous prendre trop au sérieux, le contraire des journalistes français.

Si vous deviez choisir un nouvel hymne pour l’Europe?
Trans Europe Express de Kraftwerk que je cite en exergue du livre.

L’Europe sera-t-elle jamais finie?
Non.

Le Grand Tour, Grasset, 457 p. 

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