Fran Lebowitz: qui est cette chroniqueuse que tout le monde adore?

Découverte dans la série qu’elle a inspirée à Martin Scorsese, Fran Lebowitz voit ses textes d’humeur enfin traduits en français dans un livre dont le titre – Pensez avant de parler. Lisez avant de penser – claque comme une baffe.

Fran Lebowitz
© BelgaImage

Très peu connue chez nous, Fran Lebowitz est une icône de la vie publique new-yorkaise et, accessoirement, une femme qui fait hurler de rire Martin Scorsese. C’est d’ailleurs grâce à la série documentaire qu’il lui a consacrée – la formidable Pretend It’s A City, à voir sur Netflix – qu’on a pu découvrir cette personnalité, à la fois, kamikaze et d’une grâce absolue. Sa verve, ses punchlines, son style, son look se conjuguent pour attaquer de front et vous faire basculer dans un univers personnel où le bon sens se dispute à la mauvaise foi. Auteure de deux livres jamais traduits jusqu’ici – Metropolitan Life et Social Studies, parus respectivement en 1974 et 1981, Fran Lebovitz – 71 ans,  s’offre une deuxième célébrité en Europe grâce à l’impact de la série de Scorsese. Un succès qui a poussé les éditions Pauvert à traduire les textes de ses deux recueils et de les publier sous le titre-slogan de Pensez avant de parler. Lisez avant de penser.

L’humeur d’hier toujours d’aujourd’hui

Au sommaire de ces billets d’humeur moins vintage qu’il n’y paraît, on trouve – en vrac, les conseils de Fran Lebowitz pour vous aider dans certains métiers difficiles d’accès (pape, dictateur, parvenu), le comparatif des heures à prester aux États-Unis et dans l’ex-Union soviétique pour acquérir un même bien (exemple: deux semaines de travail pour un poste de télé aux États-Unis, deux ans en URSS), la description d’une nouvelle discipline olympique (le décathlon new-yorkais qui ne compte pas dix épreuves, mais quatre: l’épreuve de l’attachée de presse, l’épreuve du pressing, l’épreuve de la soirée mondaine et l’épreuve de la conduite canine!) Dans un chapitre consacré à la cuisine, on s’étonnera de lire des sentences qui, malgré le long voyage qu’elles ont accompli à travers le temps, semblent sortir d’aujourd’hui. “Les légumes sont intéressants mais un peu vain quand ils ne sont pas accompagnés d’une bonne tranche de viande” ou “Les habitants des pays pauvres et les victimes de catastrophes naturelles sont les seules personnes au monde à se réjouir de voir des pousses de soja dans leur assiette.”

 Pur produit de la scène new-yorkaise des années 60 et 70, Fran Lebowitz raconte à sa manière la mythologie d’une ville dont on dit qu’elle ne dort jamais, même si dans Pourquoi j’aime dormir, elle livre un remarquable plaidoyer en faveur du sommeil, balançant au passage les noms de quelques gros dormeurs. Esprit libre et malin, cabotine mais si talentueuse, Fran Lebowitz est une école du billet d’humour et de la chronique mondaine dans son acception la plus noble. Elle s’immisce de microcosme en microcosme pour observer de près leurs mœurs, leurs coutumes, leurs habitudes (bonnes ou mauvaises) et leurs snobismes. Un monde dont elle est le centre et dont la description – entre existentialisme canaille et méditation frivole – est un régal de lecture.

Pensez avant de parler. Lisez avant de penser, Pauvert, 350 p. 

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