Daft, enquête sur les origines du phénomène Daft Punk

Journalistes françaises, Pauline Guéna et Anne-Sophie Jahn publient Daft, travelling sur les premières années du duo qui allait redistribuer les cartes sur le dancefloor et dans l’industrie de la musique.

Daft Punk
© BelgaImage

Pauline Guéna et Anne-Sophie Jahn ont eu un flair qu’elles ne soupçonnaient pas avoir.  Le 22 février 2021, le jour où elles évoquent leur projet de livre sur Daft Punk à leur éditeur, quelques heures plus tard, elles apprennent – en même temps que le monde entier – que le duo se sépare. Dans l’élan, elles font une demande auprès du management du groupe, histoire de voir si Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem Christo, membres historiques du groupe et experts en anonymat, accepteraient de leur accorder un entretien. Sans surprise, la réponse tombe: “ça ne va pas être possible.”

On n’a pas insisté, explique Anne-Sophie Jahn. Dans le fond, on tenait à garder notre liberté et on ne voulait pas les avoir sans cesse sur le dos. Ils contrôlent tellement leur image et leur récit qu’on s’est dit que ce serait cauchemardesque. Mais ils n’ont pas bloqué notre projet et, apparemment, ils ont lu le livre et ils l’auraient trouvé plutôt juste. Donc ouf…

Musique pour le nouveau siècle

Bref mais ultra-détaillé, Daft n’est pas un livre exhaustif sur les Daft Punk, mais une enquête sur les années de jeunesse d’un groupe dont la musique illustre le passage entre un monde qui s’évanouit et un autre qui apparaît. Dans les années 90, les deux jeunes garçons de bonnes familles s’immiscent sur la scène house parisienne, pénètrent – d’abord timidement, un circuit encore assez fermé et très masculin. “Ce sont des bandes de mecs qui n’osent pas parler aux filles, on a un peu galéré pour avoir un regard féminin sur la scène de ces années-là, confirme Anne-Sophie Jahn. Mais on a quand même rencontré Aurore, qui travaillait à FG Radio, Bianca Li qui a signé la chorégraphie du clip Around The World et DJ Chloé.”

En 1997, " Homework ", le premier album des Daft, paraît et est immédiatement qualifié de moment de bascule dans le paysage musical, mais aussi dans la société.  “On est dans un monde pré-11 septembre, un monde d’insouciance, la culture des raves, c’est le symbole d’une Europe sans frontière”, rappelle Anne-Sophie Jahn, déjà autrice de Bob Marley et la fille du dictateur autour de la relation entre le roi du reggae et Pascaline Bongo, fille du président gabonais Omar Bongo – l’occasion pour l’autrice d’évaluer les implications politiques du discours rasta.  Premiers enregistrements, premiers sets, premières négociations, premiers contrats – les scènes se multiplient, déroulant une histoire qui ne laisse rien au hasard et cadenasse tout ce qu’il est nécessaire de cadenasser pour transformer le simple projet musical en concept esthétique, voire en happening situationniste. Une volonté d’invisibilité et un art du contrôle qui ont contraint les deux journalistes à frapper plusieurs fois de suite chez les bons témoins. “Dans leur entourage, les gens se braquent et ne veulent pas parler – comme s’ils tenaient, par amitié, à respecter le projet d’anonymat de Daft Punk. Il a fallu attendre longtemps et longtemps insister pour finir par parler à une cinquantaine de personnes.

Des témoins qui, pour beaucoup ont demandé à ne pas être cités, mais précieux dans la minutieuse reconstitution d’une époque qui – entre clubs, disquaires et home studios, a vu éclore l’école de la French touch. “On a fait beaucoup de recherches et on a rencontré des gens jusqu’à ce que les langues se délient, conclut Anne-Sophie Jahn. On les a interrogés, non pas seulement sur les petits secrets des Daft Punk, mais aussi sur les détails et les sensations des moments qu’ils ont vécus – ce qui nous a permis d’avoir une photo du Paris de ces années-là.” Et le livre se termine à la veille de la parution du deuxième album du duo – " Discovery ", le jour de la sortie du single One More Time, bombe dancefloor qui, en novembre 2000, annonce le nouveau siècle…

livre sur Daft Punk

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Daft, Pauline Guéna et Anne-Sophie Jahn, Grasset, 214 p.

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