Cécile Maistre-Chabrol, la fille de Claude Chabrol, raconte sa famille

Cécile Maistre-Chabrol publie Torremolinos, livre tonique et jouissif sur le clan de cinéma qui l’a vue grandir. Elle sera à Bruxelles le vendredi 18 mars pour une rencontre à la librairie Quartier libre.

Cécile Maistre-Chabrol
Cécile Maistre-Chabrol. © Clémence Losfeld

C’est une histoire de famille comme n’importe quelle autre histoire de famille. Il y a une mère, une fille, un père, un demi-frère, un beau-père, des tromperies, des engueulades, des soucis et des bonheurs. Mais c’est une famille qui n’est pas n’importe quelle famille. C’est une histoire de famille qui nous emmène, à pas de velours, dans la chambre de Stéphane Audran, dans un salon où Claude Chabrol regarde la télé et dans un restaurant où l’acteur François Maistre fait valser la table de son rival en hurlant aux clients que cet homme lui vole sa femme – femme que lui-même, cavaleur, il trompe allégrement.

Fille de François Maistre, figure connue du théâtre et du cinéma des années 60-70, plus célèbre encore pour ses rôles à la télé (La caméra explore le temps, Les brigades du Tigre, La dame de Monsoreau…) et belle-fille de Claude Chabrol dont elle fut la première assistante et qui l’adoptera, Cécile Maistre-Chabrol, qui a déjà signé un documentaire – Chabrol, l’anticonformiste, raconte cette odyssée familiale dans Torremolinos. Un livre drôle et émouvant, traversé par un flow et par l’énergie vivifiante de celles qui ont des choses à confier et ne peuvent plus attendre pour le faire. “Claude Chabrol m’a adoptée tardivement, explique Cécile Maistre-Chabrol. Le sujet n’était jamais venu sur le tapis, mais je lui ai fait comprendre que, s’il meurt avant de m’adopter, je ne serai plus jamais sa fille – alors que je l’étais depuis l’âge de trois ans. La procédure a été longue, mon père était toujours vivant, mais je ne lui ai pas vraiment laissé le choix – c’était assez folklo.

“C’est pour ça que j’aime beaucoup la Belgique”

Je n’ai pas voulu écrire un livre sur un cinéaste, mais sur une enfant dans le milieu du cinéma, poursuit Cécile Maistre-Chabrol. Le livre n’est ni de l’ordre de la thérapie, ni de l’ordre du règlement de compte, J’ai tout réglé, si tant qu’il y avait des choses à régler, avec mes pères avant le livre. Il y avait juste la nécessité d’écrire et de m’apercevoir que je savais encore le faire, même si j’avais peur que les gens se disent qu’on était sur un projet narcissique, un entre-soi avec la fille de Machin, alors que tout le monde s’en tamponne – moi, la première… Puisque j’ai fait partie de ces “enfants de” qui, quoi qu’ils fassent, se sentent toujours illégitimes. Après la mort de Claude Chabrol, je n’ai plus eu de boulot, plus de contacts et surtout je n’ai plus d’intérêt. Je me suis dit “Quoi? Je ne vaux rien en fait?” II a fallu tout reconstruire pour retrouver une place. Et c’est pour ça que j’aime beaucoup la Belgique – vous n’avez pas le même rapport à la notoriété, vous vous en foutez beaucoup plus…

Même si – on confirme – Torremolinos n’est pas un livre sur le réalisateur du Beau Serge, des Fantômes du chapelier et de Violette Nozière, on y trouve tout de même la confirmation de cette légende selon laquelle Chabrol était un irrécupérable casanier, gros consommateur de jeux télévisés – fan éperdu de Tournez manège!, Le juste prix et Tout le monde veut prendre sa place. “Il considérait ces jeux comme une vitrine du monde. Tournez manège!, c’était hilarant, il adorait rigoler et la connerie était l’une de ses fascinations. Sur Le juste prix, il était convaincu que les objets présentés valaient vraiment le prix annoncé alors que Chabrol ne faisait jamais de courses – mais entendons-nous bien: jamais. Quand j’étais petite, je pensais que c’était ça être réalisateur: regarder la télé, vu qu’il le faisait toute la journée.

“Les acteurs sont devenus très chiants”

Entre Maistre et Chabrol, deux hommes qui prennent beaucoup de place, le récit est aussi un hommage à une femme de l’ombre – Mao, la mère de Cécile, scripte attitrée du cinéaste depuis Les biches en 1968 qui n’a pas peur d’affronter Gérard Depardieu (sur le tournage de Bellamy, dernier film de Chabrol en 2009) pour lui dire qu’il est trop long dans sa scène. “Ma mère était une technicienne exceptionnelle. Elle avait un sens incroyable de l’observation et du rythme. Alors, femme de l’ombre – oui, mais elle s’est quand même fait bouffer. Femme de l’ombre – oui, mais elle a quand même voulu être actrice et elle en a été empêchée… Mais sur Depardieu, je rapporte cette phrase de Chabrol que j’offre à tous les réalisateurs du monde quand ils sont face à un acteur pénible… Les acteurs sont devenus très chiants parce qu’ils sont trop payés et qu’ils se disent, pour ce prix-là, je ne vais pas faire que l’acteur mais je vais donner mon avis sur la mise en scène… Lorsque Depardieu dit à Chabrol que le plan serait mieux si on faisait comme il dit de faire, Chabrol lui répond “On pourrait mais ce serait moins bien.” C’est génial parce que c’est une façon gentille de dire “Ne viens pas me faire chier sur mon terrain.”

Torremolinos

© DR

Torremolinos, JC Lattès, 339 p.

Rencontre: vendredi 18/3 à 18h30, librairie Quartier libre, chaussée d’Alsemberg 374, 1180 Bruxelles. www.quartierlibre.coop

Sur le même sujet
Plus d'actualité