Face à l’ogre Bolloré, Virginie Despentes lance sa maison d’édition

Après Riad Sattouf, Joël Dicker et Éric Zemmour, l’auteure de Vernon Subutex prend son indépendance et crée une structure qui publiera neuf livres par an.

Virginie Despentes
Virginie Despentes @BelgaImage

Virginie Despentes crée sa maison d’édition – La Légende Éditions.  C’est un événement.  Despentes est une figure importante du paysage littéraire français, doublée d’une vendeuse  aux scores intéressants – sa trilogie Vernon Subutex est un best-seller et tourne autour de 1,5 million d’exemplaires écoulés.  Entrée en littérature en lançant un cocktail Molotov – Baise-moi, roman publié par une petite maison (Florent Massot) en 1994 – Virginie Despentes à la tête de son propre label, ce n’est pas qu’un événement éditorial, c’est aussi une info politique.

Interpellée et contrariée par le possible rachat par Vincent Bolloré de Hachette (groupe auquel appartient Grasset qui publie ses livres), Virginie Despentes a dénoncé le projet de fusion de Hachette et Editis (déjà propriété de Bolloré) – ce qui concentrerait entre les mains d’un seul homme le destin de dizaines de maisons d’édition. Celles du groupe Editis – Plon, Julliard, Robert Laffont, Bouquins, La Découverte, Bordas, Le Cherche midi… Celles du groupe Hachette – Grasset, Stock, Lattès, Fayard, Le livre de poche, Calmann-Levy, Les Éditions Albert René (Astérix, quoi!)…

Nouvelle tendance du milieu de l’édition?

Si cette fusion se réalisait, elle placerait Vincent Bolloré  en position dominante dans un marché pas comme les autres – un secteur qui, au-delà des intérêts économiques, reste très attentif à la diversité des points de vue intellectuels. Pour rappel, Vincent Bolloré est connu pour ses accointances avec Éric Zemmour à qui il a offert une tribune sur CNews (chaîne du groupe Canal+ appartenant à l’industriel français) et un tremplin à son discours, recyclé depuis en programme de campagne dans la course à l’Élysée. C’est pour combattre le rétrécissement du champ des idées que Virginie Despentes a fondé sa maison d’édition qui, selon Livres Hebdo, publiera “neuf titres par an sur les enjeux sociétaux de la culture queer et féministe.”

Fondée en août 2021, en partenariat avec la photographe et réalisatrice Axelle Le Dauphin, La Légende Éditions rejoint le petit groupe des maisons indépendantes créées par des auteurs partis en dissidence du système. Il est encore un peu tôt pour évoquer une redistribution des cartes dans le milieu de l’édition française, mais les signaux sont là pour alerter sur une tendance qui pourrait, si elle se confirme, modifier les règles d’un jeu connu pour être très statiques. Avec cette volonté de se réapproprier son destin d’autrice, Virginie Despentes suit le mouvement entamé par d’autres champions de la liste des meilleures ventes.

Auteur des best-sellers L’Arabe du futur et Les cahiers d’Esther, Riad Sattouf a quitté son éditeur – Allary – pour fonder Les Livres du futur. Écrivain adulé traduit en quarante langues, signataire d’un célèbre polar vendu à 5 millions d’exemplaires – La vérité sur l’affaire Harry Quebert, Joël Dicker, après la disparition de son éditeur Bernard de Fallois, a créé sa propre maison d’édition. Sous le label Rosie & Wolfe, il fera paraître (le 10 mars) L’affaire Alaska Sanders, tête de gondole qui devrait affoler les caisses enregistreuses. Abandonné par Albin Michel, maison historique qui a publié ses plus grands succès (notamment Le suicide français), Éric Zemmour monte sa maison Rubempré et commercialise, en septembre 2021, La France n’a pas dit son dernier mot, carte de visite à sa future campagne dont la distribution est assurée par Editis, le groupe de Bolloré…

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