Livres, BD, jeux vidéo… Nos conseils pour se détendre ce week-end

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Thomas GUnzig
Thomas Gunzig. © BelgaImage

Le goût des garçons

Si on veut bien parler de langue à propos de ce premier roman de Joy Majdalani, on ­précisera qu’on ne songe pas seulement au style du livre, mais aussi à l’organe mis en action dans la pratique du baiser. Avec une belle ­précision de vocabulaire, Le goût des garçons décrit l’éveil du désir chez les adolescentes et cette envie de se jeter dans l’aventure du sexe sans rien en connaître sauf l’idée qu’on s’en fait. Au centre du récit, la ­narratrice, 13 ans, élève au collège Notre-Dame de l’Annonciation fréquenté par la crème de la crème des rejetons de la bonne société de Beyrouth. Entre la curiosité pour le corps des mecs, la mise au jour de fantasmes et les conversations chaudes sur Internet (“Qu’est-ce que tu as déjà fait avec un garçon?”), le livre raconte aussi un monde où les différences de classes animent l’organisation du groupe.

Ce microcosme de la cour de récréation, ce catwalk de la vie à venir, dont le territoire se départage entre les populaires, “les dangereuses”, les ringardes, celles qui parlent le français, celles qui parlent l’arabe. Quitte à passer pour une “traînée”, la narratrice assume son statut de fille dont les hanches salivent et s’avance au sujet de ses semblables qui bavent sur des clips de boys bands: ”Voilà comment sont les putains: à tort, on les croit faciles. En vérité, elles ne cherchent pas à résister. Ce que veulent les garçons, elles le veulent encore plus fort”. Jamais trash, parfois cru, toujours subtil, ce texte de l’intimité fait sauter les tabous de la sexualité ado et met des mots là où souvent on fait semblant de ne rien entendre ou de baisser les yeux.

le goût des garçons

*** Joy Majdalani. Grasset, 172 p.

Le sang des bêtes

Tom, 50 ans, vendeur de poudres pour body-builders, adepte de la muscu, couve une petite crise existentielle. Il se demande ce qu’il a fait de sa vie. Son appartement, où il vit avec Mathilde, est envahi par son père entré en chimio et par son fils largué par sa copine. Un soir, il rentre à la maison avec une jeune fille arrachée à l’emprise d’un salaud. L’inconnue dit s’appeler N7A et être une vache…  Avec ce pitch cocasse, Gunzig (grand pratiquant du développé couché) part dans un délire où il croise les grandes questions de l’époque – la crise migratoire, les droits des animaux, la théorie du genre, la déconstruction du patriarcat – mais aussi ses modes – l’alimentation bio, les tests génétiques… Du pur roman d’humeur et la petite musique d’un auteur dont la fan base se réjouit.

le sang des bêtes

** Thomas Gunzig. Au Diable Vauvert, 223 p.

Précipitations

Dès les premiers chapitres, on entend une voix…  C’est déjà l’une des réussites du premier roman de Sophie Weverbergh qui se penche sur la vie de Pétra dont le territoire d’action n’est pas très évasé. Femme au foyer dans le Brabant wallon aux portes du Hainaut, enceinte de son deuxième, belle-mère des deux enfants de son compagnon qu’elle appelle “le clown”, Pétra reproduit inlassablement le scénario de la domesticité et décrit avec une précision ­presque neurasthénique les tâches du quotidien – la vaisselle (énorme scène d’ouverture), le linge, la sortie des classes… On se prend d’affection pour cette cloîtrée du domicile conjugal dont on craint qu’elle ne parte à la dérive et commette un faux pas. Jusqu’au jour où… Le très beau portrait d’une femme au bord du départ.

précipitations

*** Sophie Weverbergh. Verticales, 271 p.

Amalia

Dans la famille qui va droit dans le mur, il y a un bébé en sursis, une sœur aînée déjà bien abîmée par les écrans, un père ­aveugle et sourd à tous les warnings qui s’allument, clignotent et effraient tout le monde, et enfin, la maman, qui commence tout ­doucettement à en avoir trop sur les épaules. C’est le casting de choix qu’Aude Picault a réuni pour parler de… chacun d’entre nous, et de notre époque. Dérèglement climatique, gangrène de tout par le profit, perte de boussole, non-sens de nos boulots, et passage à côté de la beauté que peut encore être la vie. Elle pourrait être chiante, donneuse de leçons et faire sa maligne, et pourtant la BD d’Aude Picault (Idéal standard) creuse un sillon bienveillant et diablement efficace. Elle nous montre nos pairs sans fard, avec l’amour sincère d’un gros coup de pied au cul. On en avait bien besoin.

Amalia

*** Aude Picault. Dargaud, 148 p.

Ladies with Guns

Ça démarre avec une très jeune fille dans une cage, aux abords d’un sous-bois. Rapidement rejointe par une lady dont les vêtements ont été chics, puis une guerrière avec un arc et des flèches qui vise juste. Enfin débarquent une femme qui ­semble louer son corps contre monnaie sonnante, puis une retraitée à qui on ne la fait pas. Mais à qui pourtant la majorité des mâles tentent de la faire à l’envers. Voilà le quintette de dures à cuire qui constituent le casting de ce western pas comme les autres. Car oui, nous sommes en pleine époque des cow-boys, des Indiens, de la violence faite loi. Une ­violence souvent dirigée vers les femmes. Trop souvent. Jusqu’à l’entrée en scène de ces “ladies with guns”. Entre hommage à Tarantino, règlement de comptes de genres façon baston et épopée naissante, ce premier tome haletant signe l’arrivée en fanfare d’une grande série.

Ladies with Guns

*** Bocquet & Anlor. Dargaud, 64 p.

 

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