Livres, BD, jeux vidéo… Nos conseils pour se détendre ce week-end

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une femme lit un livre
© Unsplash

Celui qui veille

Née d’un père allemand et d’une mère issue de la tribu Ojibwé, Louise Erdrich appartient à la troisième génération d’écrivains autochtones. Pour ce 17e roman salué du prix Pulitzer (le plus grand prix de littérature américaine), elle s’est directement inspirée des archives familiales et de la vie de son grand-père, combattant dans les années 1950 durant la période dite de “l’assimilation”, contre ce qui était en réalité une politique de “termination” (selon le mot de l’époque) visant à mettre fin à la reconnaissance de la souveraineté des tribus indiennes en les privant de leurs terres.

Mais en romancière aguerrie à la fable (voir le somptueux La chorale des maîtres bouchers, 2007), Erdrich déploie le discours politique à travers des personnages magnifiquement incarnés. Guidé par Thomas Wazhashk, veilleur de nuit dans une usine de pierre d’horlogerie dans la réserve Chippewa de Turtle Mountain (Dakota du Nord), le récit entremêle plusieurs voix: celle du veilleur éveillé qui se fait voyant et entretient une correspondance avec le gouvernement et celle de son “incandescente” nièce Patricia (surnommée malgré elle Pixie), qui enquête elle-même sur la disparition de sa sœur Eva car “demander l’aide de la police des Blancs quand il s’agissait d’une femme indienne revenait presque immanquablement à mettre cette femme en tort”.

Mais derrière l’effroi de ce que découvre Pixie, se déploie aussi une fresque peuplée de fantômes bienveillants et de danse pow-wow où transpercent des émotions obscures et une tendresse folle qui vous brisent parfois le cœur. – J.G.

*** Louise Erdrich. Albin Michel, 543 p.

Une sortie honorable

Le Goncourt (L’ordre du jour) n’a pas modifié sa méthode: un récit à la fois documenté et romancé, en tout cas somptueusement écrit, avec juste quelques familiarités pour décontracter. Au fond, les sujets eux aussi sont pareils. De la Révolution française aux conflits mondiaux, du Pérou au Congo, de La guerre des pauvres, reflet des gilets ­jaunes, à Buffalo Bill pionnier de la société du spectacle, Vuillard écrit que notre temps ne désespère pas par hasard. Il est fils de siècles de veulerie, de peuples sacrifiés, de dictature économique. Cette fois, la guerre d’Indochine sert sa démonstration, guerre perdue d’avance, mais nécessaire aux béné­fices (triplés au moment de la débâcle de Diên Biên Phu) de grandes entreprises qui manipulent l’orgueil des politiques et des militaires. Hallucinant. – J.-L. C.

*** Éric Vuillard. Actes Sud, 208 p.

La dame blanche

On ne peut accueillir toute la souffrance du monde. Les épaules ne tiennent pas, le cœur non plus. C’est pourtant ce que tente de faire Estelle, jeune infirmière d’une maison de retraite. C’est plus fort qu’elle. Elle les aime, ces femmes et ces hommes qu’on parque dans son établissement pour mieux les cantonner à un rôle de vieux, en attente de fin de vie. Elle, elle sait qu’ils sont les mêmes personnes qui ont eu des vies, des amours, des accidents, des aventures, juste plus âgées. Mais comment garder toute sa tête quand on se projette tellement dans celle des autres? C’est un sujet casse-gueule qu’aborde Quentin Zuttion, mais avec beaucoup de finesse, il parvient à toucher sans tomber dans les travers du genre. Avec poésie et justesse. De l’art de bien raconter les histoires. – J.-M.P.

*** Quentin Zuttion. Le Lombard, 208 p

Kristina, la reine garçon

Imaginez une seconde: vous ne demandez qu’une chose, utiliser votre cerveau, alors que tout votre pays exige que vous utilisiez votre ventre. C’est la position délicate et frustrante dans laquelle se trouve Kristina, 24 ans, Suédoise de son état. Nous sommes en 1650, elle vient d’être nommée reine de ce pays auquel elle rêve d’amener lumière, connaissance et émancipation. C’est compter sans la tradition qui somme une femme d’ouvrir ses cuisses, et d’accueillir le mâle, qu’elle soit reine ou prostituée. Le sujet, d’une troublante actualité, est joliment remis à l’ordre du jour par le duo Cornette- Balthazar. En adaptant cette pièce de Michel Marc Bouchard, ils signent un vibrant hommage à cette féministe bien avant l’heure, qui tenta de suivre sa voie et de sortir de l’ornière un pays bien ingrat et obtus. – J.-M.P.

*** Jean-Luc Cornette & Flore Balthazar. Futuropolis, 96 p.

Solar Ash

Solar Ash est la nouvelle sortie d’un studio indépendant qui voit grand. En cinq ans, Heart Machine a vu ses talents exploser et son équipe multipliée par trois. D’un multiplicateur 3, il en est question aussi en termes de dimensions dans Solar Ash, un univers dans lequel votre personnage Rei virevolte afin de sauver son monde d’un énorme trou noir. L’univers du jeu est à l’image de son héroïne, cosmique et minimaliste, se découvre de zone en zone entre glissades et pirouettes, rarement à l’arrêt. Et comme pour rendre hommage à la mythologie ou à ses références, chaque cha­pitre de Solar Ash se clôture par l’affrontement d’un titan, colosse ou toute autre formulation inspirant grandeur et puissance. Ainsi s’invite la difficulté au sein d’un voyage à haute vitesse. Si ce titre empile les inspirations peu dissimulées, il est riche d’une aura tout à fait personnelle et d’un monde dont la richesse ne se limite que dans les mécaniques de jeu qui pourraient vous lasser au fur et à mesure de votre avancement. – G.C.

*** PC PS4 PS5. Heart Machine / Annapurna Interactive

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