Best of 2021: nos meilleurs livres de l’année

Que fallait-il lire en 2021? Moustique a sélectionné ses plus gros coups de cœur de l'année au rayon bouquins.

bibliothèque remplie de livres
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Le top de Sébastien Ministru

1. La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr

Attribuer le prix Goncourt au meilleur livre de l’année, ça n’arrive pas souvent – même si on reconnaît ne pas avoir lu tous les livres parus cette année… Mais dans la masse de bouquins avalés en 2021, La plus secrète mémoire des hommes est celui qui nous a le plus ébloui et stupéfait. Thriller littéraire autour d’un ouvrage maudit publié en 1938 par celui que le tout Paris surnommait alors «le Rimbaud nègre», La plus secrète mémoire des hommes est aussi une puissante réflexion sur le métier d’écrire et la raison d’être de la littérature. Le style est somptueux, la maîtrise est totale – le tout, une prouesse.

Philippe Ray – Jimsaan, 462 p.

2. De purs hommes de Mohamed Mbougar Sarr

Paru en poche au début de l’année, ce livre précède La plus secrète mémoire des hommes et est passé sous les radars. Il a été redécouvert grâce à la lumière médiatique braquée sur le travail de Mohamed Mbougar Sarr par le prix Goncourt. Basé sur une histoire vraie – la diffusion au Sénégal d’une vidéo montrant un groupe d’hommes déterrer le cadavre d’un soi-disant homosexuel – le roman ausculte le sentiment et l’expression de l’homophobie inscrite dans les fondements d’une société hostile à la différence. Un livre d’une grande violence, mais d’une beauté éblouissante.

Le livre de poche, 189 p.

3. Réinventer l’amour de Mona Chollet

Après Sorcières, livre phénomène, Mona Chollet marque la rentrée de septembre avec ce livre dont l’ambition est de radioscoper les comportements du couple hétérosexuel à l’aune de la critique du système patriarcal. Si son propos est moins surprenant que celui développé dans Sorcières, Réinventer l’amour résume assez bien la situation du moment dans le domaine de la pensée néo-féministe. Si on veut se pencher sur la révolution en marche de la déconstruction des stéréotypes, c’est ce livre qu’il faut lire…

La Découverte – Zones, 256 p.

le nouveau livre de Mona Chollet

4. Shuggie Bain de Douglas Stuart

Livre magistral et tableau frappant de la précarité des classes silencieuse, Shuggie Bain met en scène le parcours d’un gamin, cousin de Billy Elliott et d’Eddy Bellegueule, petit-fils de Ken Loach. Dans une cité ouvrière de Glasgow dans les années 80, dans une atmosphère de violence symbolique – résultat de la politique de Margaret Thatcher, Shuggie Bain vit avec son frère, sa sœur et sa mère alcoolique qui, sous l’effet de l’alcool, perd le contrôle et souvent n’importe quoi… Un roman à propos d’une vie construite sur l’insulte et le mépris de classes.

Globe, 489 p.

5. La familia grande de Camille Kouchner

Ce n’est pas le livre d’une grande styliste, et on n’y entre pas pour assister à de la haute voltige, mais pour prendre le pouls de ce mouvement pointant les privilèges des classes dominantes. En racontant les agressions sexuelles dont a été victime son jeune frère de la part de leur beau-père – le politologue Olivier Duhamel (jamais cité dans le livre), Camille Kouchner nous invite à la table d’une caste d’intellectuels où la frontière entre plaisirs et abus est très mouvante. Best-seller inattendu, le livre est une des pièces à verser au dossier de la parole libérée.

Seuil, 204 p.

6. Memorial Drive de Natasha Trethewey

De la violence faite aux femmes et du féminicide, Natasha Trethewey, poétesse américaine, fait un récit traversée par une émotion toute en retenue. Les faits qu’elle décrit sont pourtant inscrits dans son roman familial, pointant la maltraitance et le harcèlement dont fut victime sa mère, Gwendolyne, assassinée en 1985 par son deuxième mari qui n’acceptait pas le divorce. L’élégance de l’écriture bascule toutefois dans une tonalité fracassante lorsqu’elle retranscrit les conversations téléphoniques (pièces livrées par la police) que sa mère tenait avec son bourreau. Une découverte. Une grande découverte.

Editions de l’Olivier, 216 p.

Memorial Drive de Natasha Trethewey

7. Le colibri de Sandro Veronesi

De son enfance à 2030, la vie d’un homme – Marco Carrera – racontée dans un total désordre chronologique dans un roman conçu comme un patchwork de récits, de lettres, de mails, de SMS. Couronnée du prix Strega (le Goncourt Italien), le livre de Sandro Veronesi nous rappelle combien le destin travaille en sourdine dans notre dos… Un souffle romanesque inouï, un climax qui donne la chaire de poule et, au bout du compte, une expérience de lecture qui met les larmes aux yeux.

Grasset, 379 p.

8. Changer: méthode d’Edouard Louis

L‘autoportrait d’un fils d’ouvriers du Nord de la France qui, poussé par un sentiment de honte sociale, fait tout – y compris des sottises – pour tourner le dos à son milieu et devenir un jeune homme accepté dans les cercles intellectuels parisiens. En évoquant son parcours personnel, renvoie une image sans pitié de lui, mais plus que tout fait résonner chez les lecteurs et les lectrices leur propre vision de leur propre condition. Changer: méthode est le deuxième livre qu’Edouard Louis a publié en 2021 après Combats et métamorphoses d’une femme – close-up sur l’émancipation de sa mère.

Seuil, 332 p.

9. Téléréalité d’Aurélien Bellanger

L’ascension de Sébastien Bitereau, jeune provincial affamé d’ambitions, qui bouleverser le paysage de la télévision. Son idée? «Enfermer des gens dans une pièce, sans savoir qui ils sont (…) et voir comment ils interagissent, voir comment ils vont s’inventer des personnages.» Le grand roman balzacien qu’on attendait sur la genèse de la téléréalité par l’une des plumes les plus modernes de la scène d’aujourd’hui.

Gallimard, 244 p.

10. Au printemps des monstres de Philippe Jaenada

Un livre titanesque et body-buildé dans lequel Jaenada fait de qu’il sait faire le mieux : partir à la conquête d’un fait divers pour en livrer une version personnelle – entre enquête journalistique et journal intime. Malgré quelques longueurs et quelques digressions non-essentielles, cet ogre du détail retrace l’assassinat d’un gamin de 11 ans en 1964, livrant au passage l’image d’une société qui bascule dans l’ère du spectacle médiatique.

Mialet Barrault, 752 p.

au printemps des monstres de Philippe Jaenada

Le top de Jean-Luc Cambier

Memorial Drive de Natasha Trethewey 

Ça ne peut pas marcher. Memorial Drive ne devrait pas même tenir debout. Et pourtant, délicat et déchirant, c’est LE miracle de l’année. Natasha Trethewey a mis 35 ans à affronter l’assassinat de sa mère par son deuxième mari. Mais dans cette chronique d’un féminicide annoncé, Trethewey, poétesse sacrée par le Pulitzer, réussit aussi des pages magnifiques sur le paradis de l’enfance, les liens familiaux, l’amour et le courage de ses parents dont le mariage mixte ne put résister au racisme tentaculaire des USA. Et puis le manque…

Editions de l’Olivier, 222p.

Chevreuse de Patrick Modiano 

Un écrivain se souvient de ses vingt ans et plus loin encore des friches de son enfance . Mais il a su prendre ses distances et transformer ses persécuteurs en personnages du premier de ses livres. Entre rêve et cauchemar, Chevreuse raconte une vocation, celle d’un auteur qui transforme en phrases hypnotiques des souvenirs qui ne devraient intéresser personne. Si Modiano écrit toujours le même roman (le 30ème), il le réussit toujours mieux.

Gallimard, 176p.

Rien à déclarer de Richard Ford 

En attendant le prochain et dernier roman de ce monument américain, on se consolera avec dix histoires courtes. Des amours de jeunesse se recroisent, un veuf vit à l’économie, des divorcés retentent leur chance… Dans un style d’une pureté inégalable, Rien à déclarer montre «qu’une fois passé le feu d’artifice, la vraie vie commence». Le ton est ironique, mais aussi étonnement serein et optimiste.

Editions de l’Olivier, 377p.

Rien à déclarer de Richard Ford

Le dernier été en ville de Gianfranco Calligarich 

Un jeune homme cultivé travaille dans un journal médiocre, boit beaucoup, n’arrive à rien. La jeune fille est trop belle, trop riche, trop imprévisible. Et puis il y a les années 60 et Rome, sensuelle, sans pitié… C’est comme si La dolce vita de Fellini reprenait, mais sur un mode plus romantique et plus sombre. Peut-être parce que ce premier roman italien, jamais traduit, date de 1973. L’auteur savait alors que la fête éternelle était finie.

Gallimard, 224p.

Au printemps des monstres de Philippe Jaenada 

Le 27 mai 1964, Luc Taron, 11 ans, est retrouvé assassiné. Philippe Jaenada est né deux jours plus tôt. Une bonne raison pour mêler sa vie aux pièces d’un dossier qu’il remue de fond en comble, jusqu’à démontrer que Lucien Léger n’était «l’étrangleur» que dans ses revendications. Il avait des choses à se reprocher, mais plutôt moins que les innocents officiels de l’affaire. Comme toujours avec Jaenada, c’est drôle, sociologique et, malgré 850g de papier, presque court.

Mialet-Barrault, 750p.

Les heures furieuses de Casey Cep 

Harper Lee n’a écrit que Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (1960), classique vendu à 40 millions d’exemplaires. Dans les années 70, comme Truman Capote qu’elle aida sur De sang-froid, elle voulut s’emparer d’un fait-divers stupéfiant: un révérend abattu alors qu’il était accusé d’avoir tué cinq proches pour empocher leurs assurances-vie. Dans une enquête qui dépeint aussi la ségrégation du Sud, Cep explique pourquoi elle ne réussit jamais à boucler son manuscrit. Recommandé par Obama.

Sonatine, 461p.

les heures furieuses de Casey Cep

La garde-robe de Sébastien Ministru 

Une star météore comme les années 60 en ont beaucoup fabriquées vient de disparaitre. A travers ses vêtements d’un luxe venu d’un autre monde, ses nièces découvrent enfin sa vie, une existence faite d’ascensions et d’humiliations sociales, parfois venues de son propre camp. L’histoire d’une époque qui ne faisait pas de cadeaux et d’une jeune femme qui voulut se réfugier dans le silence et la beauté. Sans y réussir tout à fait.

Grasset, 191p.

The Big Goodbye de Sam Wasson

Entre son retour aux USA après l’assassinat de Sharon Tate et sa fuite en Europe après le viol de Samantha Geimer, Roman Polanski tourna un chef d’œuvre absolu: Chinatown. Mais en 1974, ce polar raffiné est la dernière expression d’un art hollywoodien que des investisseurs venus de la télé ou de la bourse vont dévoyer. Netflix projette d’exploiter en série cette histoire exemplaire et nostalgique.

Carlotta, 365p.

La fille qu’on appelle de Tanguy Viel 

Laura, jeune fille belle mais perdue, tombe sous la coupe d’un maire bientôt ministre. Elle porte plainte… Retenu puis encore oublié par le Goncourt, l’éternel prometteur Tanguy Viel creuse son sillon. On peut difficilement trouver roman plus actuel mais aussi plus représentatif de son talent: une écriture sinueuse, des images empruntées au cinéma, à la musique, au polar et, plus que jamais, la lutte des damnés et des élus.

Les Editions de Minuit, 176p.

Ne t’arrête pas de courir – Mathieu Palain

L’histoire est incroyable, donc vraie. Sinon pourquoi raconter qu’un champion de France 2015 du 400m braque le soir des boutiques? Pendant deux ans, Palain, journaliste au long cours, rencontre au parloir Toumany Coulibaly, enquête auprès de ses proches et s’interroge sur l’amitié qui s’installe. C’est que Palain est lui aussi né au mauvais endroit, a rêvé de sport et cauchemardé à l’idée d’être emprisonné. Prix Interallié.

L’iconoclaste, 422p.

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