Tac au Tac avec Frédéric Lenoir

Philosophe à best-sellers, Frédéric Lenoir publie une bio de Jung, pionnier de la psychanalyse. Très bien. Voyons voir.

Frédéric Lenoir publie Jung
© BelgaImage

Vous publiez Jung. Un voyage vers soi. En quoi Carl Jung peut-il aider une personne qui vit des fins de mois difficiles et s’interroge sur les mesures sanitaires décrétées pour combattre l’épidémie?
Pour Jung, le sens de la vie humaine c’est de grandir en conscience. Grandir en conscience, c’est affronter les contraires: c’est parce qu’il y a du ­malheur qu’on peut conscientiser le bonheur. Si on ne faisait pas l’expérience du malheur, on ne saurait pas ce qu’est être heureux. C’est parce qu’on est malade qu’on conscientise ce que c’est que d’être en bonne santé. Si on comprend cette pensée, on peut se dire que le Covid a quelque chose à nous apprendre. Du coup, on peut faire plus attention à soi et à la prévention.

Mais Jung c’est quand même très difficile à lire…
Oui, c’est un auteur difficile à lire, c’est ardu, c’est foisonnant. C’est pour ça que j’ai écrit ce livre – j’ai essayé de simplifier et de le rendre accessible.

Jung est-il le pionnier des guides de développement personnel?
Complètement. Il est le premier à avoir dit que la psychologie n’est pas qu’un traitement des blessures du passé, mais aussi un travail de ­connaissance de soi qui nous permet de nous accomplir. Cette idée d’accomplissement de soi, c’est toute la philosophie du développement personnel et de la psychologie positive.

Pourtant, les guides de développement personnel sont souvent moqués…
Dans le développement personnel, il y a à boire et à manger, on a beaucoup simplifié les choses. Il y a des choses profondes, d’autres superficielles, des livres de recettes: “faites trois exercices par jour, récitez tel mantra avant de vous endormir et vous serez heureux”.

Comment un homme comme Jung, qui dit préférer la compagnie des pierres, des arbres et des animaux peut-il devenir psychologue?
(Rire.) Il avait un père pasteur qui doutait et une mère qui avait une double personnalité – il fuyait. C’est dans la nature qu’il a trouvé une force vitale qui l’a fait revenir vers les hommes. Il a eu à cœur de devenir médecin, quand on veut devenir médecin, c’est qu’on a besoin de soigner les autres.

Quand on va chez le psy, qu’est-ce qu’on doit à Jung?
Ça dépend quel type de psy…  Mais l’une des choses qu’on doit à Jung, c’est le fait d’être face à face dans un dia­logue avec le patient plutôt que de l’avoir allongé sur le divan.

Jung a entretenu une belle relation avec Freud jusqu’à la rupture. Est-ce qu’il a tué le père?
Plutôt que d’avoir tué le père, il s’en est éloigné. C’était d’abord une passion amicale et professionnelle extraordinaire pendant sept ans. Et puis, ce qui a heurté Jung, c’est l’autoritarisme de Freud qui ne voulait rien remettre en question de ses théories.

Jung, c’est un modèle pour vous?
Pas un modèle humain. Il n’est pas très sympathique – il est autoritaire et dur -, mais ses idées sont géniales.

Est-ce qu’il avait de l’humour?

Oui, mais son humour est ironique. Il préfère se moquer des autres que de lui-même, et je préfère les gens qui savent se moquer d’eux-mêmes…

Dans les années 30, il découvre le bouddhisme, la pensée orientale. Il est hippie avant les hippies…
Il a influencé tout le New Age américain qui s’intéressait aux liens entre psychologie, Orient, spiritualité… Il a été très lu par la génération de la ­contre-culture des années 60.

frédéric lenoir jung

Jung, un voyage vers soi, Albin Michel, 334 p. 

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