Tac au tac avec Éric-Emmanuel Schmitt

Stakhanoviste, il publie le deuxième tome de La traversée du temps, une saga au long cours. Comment fait-il pour tout faire?

Tac au tac avec Éric-Emmanuel Schmitt
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J’aimerais vous féliciter pour un livre que vous n’avez pas écrit.  Je vous félicite d’avoir attribué, comme membre du jury du Goncourt, le prix à Mohamed Mbougar Sarr pour son  livre La plus secrète mémoire des hommes, un livre très impressionnant…
Nous sommes d’accord. Et dans tous les votes que j’ai faits au jury jusqu’à présent, j’étais souvent dans l’opposition. Cette année, c’est mon auteur qui l’a emporté. C’est mon lauréat! J’étais très heureux car c’est un grand livre…

La porte du ciel, le deuxième tome de La traversée des temps, gigantesque chantier romanesque où vous racontez l’histoire de l’humanité, commence comme un James Bond. C’est votre genre de cinéma, James Bond?
J’avoue avoir une grande faiblesse pour les James Bond. Non seulement je les ai tous vus, mais je les ai tous vus plusieurs fois. Je lui trouvais une élégance insolente, mais ça s’est un peu perdu dans les derniers films…  J’aime bien le fait que James Bond lutte pour le bien en se comportant comme un salopard.

Chaque tome fait une moyenne de 550 pages. Comment faites-vous pour écrire, chaque année, des pavés comme ceux-là? Vous n’avez plus aucune vie sociale?
Très peu, oui. Le livre m’accapare. J’ai une vie privée et une vie artistique, mais j’ai coupé la vie sociale.

Ça vous convient?
Non, ça me manque parfois.

C’est quoi, votre discipline?
Ce n’est pas une discipline, plutôt une pathologie avérée. Je me mets à ma table de travail à 9 heures et j’y reste jusqu’à 20 heures, avec une petite pause pour déjeuner et une autre pour promener les chiens. Mais à 20 heures, je suis mort de fatigue…

Vous êtes l’esclave consentant et content de votre propre vie!
C’est exactement ça. Depuis longtemps, je pourrais ne plus travailler, mais non…

À propos de travail… Sur Internet, on peut suivre des master class d’écriture que vous donnez pour 197 euros. Pourquoi faites-vous ça? Vous n’en avez pas besoin… 
Oui, mais ce n’est pas moi qui touche 197 euros, c’est une boîte – The Artist Academy – qui a commandé une série de master class dans plusieurs domaines à plusieurs personnes… Gautier Capuçon pour la musique classique, Yann Arthus-Bertrand et Reza pour la photo, Chantal Thomas pour la mode, moi pour l’écriture. Et pourquoi je fais ça? Pour transmettre. Alors, je ne dis pas aux gens qu’ils vont devenir Marcel Proust, je pointe ­certaines difficultés liées à l’écriture. Mais je suis payé, je vous rassure…

Le fait d’actualité qui vous déprime?
La montée d’Éric Zemmour. Pour moi, c’est le plus bas clientélisme. C’est essayer d’exister en captant des rancœurs sans rien proposer pour une vie en harmonie. La place que lui font les médias me déprime aussi…

La chose qui vous angoisse?
Très banalement, le réchauffement climatique. J’avoue être très inquiet… Pas pour la Terre, mais pour les êtres vivants…

La dernière fois que vous êtes allé à la messe? 
(Silence.) La semaine dernière… À l’enterrement d’un oncle… Un oncle que j’adorais…

La dernière fois que vous avez pleuré?
Le même jour. (Rire.)

nouveau livre d'Eric Emmanuel Schmitt

La traversée des temps 2. La porte du ciel, Albin Michel, 586 p. 

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