Tac au tac avec Amélie Nothomb

Conversation téléphonique avec l'auteure après la proclamation du prix Renaudot attribué à son livre Premier sang.

Amélie Nothomb
Amélie Nothomb. © Belgaimage

Dans quel état d’esprit et dans quel état êtes-vous après avoir reçu ce prix?
Je ne redescends pas. La première nuit, j’ai dormi une heure. Cette nuit, j’ai dormi deux heures, et pourtant je suis en pleine forme. Le champagne est la base de mon alimentation…

Après avoir bu du champagne pendant deux nuits, j’entends que vous avez gardé votre lucidité… 
Mon cher Sébastien, rien ne remplace l’expérience. (Rire.)

J’entends surtout que vous êtes très loin dans la joie…
Dans la pure joie, avec la certitude que ça n’aurait pas pu être mieux. Ce prix donne tellement de sens à tout. Par exemple, si j’avais eu le Goncourt il y a deux ans (en 2019, elle était finaliste pour Soif, roman sur Jésus – NDLR), je n’aurais jamais pu avoir ce prix, parce que après le Goncourt, c’est fini, on n’a plus jamais de prix littéraires. Il fallait que ce soit ce livre qui soit couronné, je me dis que c’est trop parfait.

Ce livre – Premier sang – n’est pas n’importe quel livre… C’est votre trentième roman et il évoque votre père – le diplomate Patrick Nothomb décédé l’an dernier…
D’une manière ou d’une autre, je suis sûre que mon père exulte. Mon père était très sensible à ce genre de félicitations. Et ces félicitations sont adressées autant à lui qu’à mo

Ce Renaudot récompense une histoire belge, dans un décor belge avec des personnages si belges. Le Goncourt pour La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr récompense le livre d’un auteur d’origine sénégalaise qui écrit un français d’une impressionnante somptuosité.

Vous remportez ces prix, chacun à votre manière, à la barbe d’Éric Zemmour.
(Rire.) Exactement! C’est trop vrai… Nous ne sommes ni l’un ni l’autre Français. Je suis d’ailleurs en train de lire le livre de Mohamed Mbougar Sarr et il est excellent.

Avez-vous reçu des prix à l’école?
Pas du tout. Petite, j’étais une bonne élève; ado, c’était beaucoup moins bien… J’étais celle qu’on saluait pour ses traductions en grec et en latin, vous imaginez le fossile que j’étais, mais pour tout le reste, je ne faisais vraiment pas partie des êtres brillants.

Pas de prix de morale? Pas de prix de camaraderie?
Non. Je n’étais l’amie de personne… Je pense que, sans le savoir, j’étais punk.

Dans le fond, êtes-vous intéressée par les prix littéraires?
Je ne peux pas dire que ça me laisse indifférente, ça m’a intriguée. Quand j’étais jeune, je voyais à la télé les candidats en lice pour les prix littéraires et je trouvais ces mœurs assez étranges, mais j’aurais été incapable d’imaginer qu’elles me concernent un jour.

La réaction de votre mère?
Folle de joie! Pour ma mère, mon livre ne s’appelle pas Premier sang mais “le livre sur Patrick”. Quand je passe à La grande librairie pour Premier sang, elle dit “l’émission sur Patrick”…

Allez-vous partager ce prix sur la tombe de votre père?
Certainement. Cet hiver, dès que j’en aurai l’occasion, je vais apporter une grande bande rouge Renaudot et l’étendre sur sa tombe…

Premier Sang, Albin Michel, 173 p.

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