Tac au tac avec Matthieu Ricard

Le moine bouddhiste Matthieu Ricard publie ses mémoires.  L’occasion de lui poser les questions qu’on n’ose jamais lui poser.

moine Matthieu Ricard
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Ça vous plaît l’exercice de la promo?
À chaque fois que je fais un livre, je dis “S’il vous plaît, pas de promo”, mais quand on est dedans, c’est sympa. On rencontre des gens gentils – généralement…

Il y a des gens moins gentils avec vous?
Il y en a un, un jour, dans la rue, qui m’a tapé sur la tête en me disant “Hare Krishna”… Mais je suis un fan de la banalité du bien, la majorité des sept milliards d’êtres humains se comportent généralement de manière décente les uns avec les autres – c’est pour ça qu’on est choqué devant un comportement aberrant.

Vous écrivez “Le sens de l’humour face aux tribulations de l’existence est une autre manifestation de la liberté intérieure”. Ça signifie que vous avez beaucoup beaucoup d’humour…
Ma liberté intérieure a encore des progrès à faire, mais c’est vrai que c’est un trait qu’on voit souvent chez le dalaï-lama ou chez des gens au Tibet…

Le dalaï-lama, c’est un type marrant?
(Silence.) Marrant, ce n’est pas le mot… Un type marrant c’est quelqu’un qui raconte des bonnes blagues – lui, il rit… Il regarde les choses et les préoccupations du monde comme des jeux d’enfants.

Vous avez joué au football. Vous étiez bon?
Je n’étais pas mauvais, j’étais gardien de but. J’aimais bien plonger…

Foot, bouddhisme: quel rapport?
Aucun. Le ski, oui. Faire du ski dans de grands espaces, l’extérieur et l’intérieur se mêlent, avec cette idée de non-séparation. J’ai passé cinq ans en ermitage seul, je ne me suis jamais senti seul. J’ai toujours eu l’impression d’être en interdépendance avec des êtres chers.

Pour vous, évidemment, le confinement, c’est rien du tout!
Moi, je suis un confiné professionnel.

Pourquoi avez-vous décidé de ne pas avoir d’enfants?
J’en ai 30.000 ! (Rire.) Ça suffit…  Tous les enfants dans nos écoles, je les adore (son association Karuna-Shechen vient en aide, entre autres, à des enfants en besoin de scolarisation – NDLR). Imaginez que j’aie une épouse et trois enfants et que je leur dise “Je vais faire une retraite dans l’Himalaya, je vous envoie des cartes postales”…

Vous écrivez “Il m’est arrivé de ressentir une tendre affinité à l’égard de certaines femmes”…
Ah, vous l’avez repérée, cette phrase dans un livre de 750 pages…

Oui, parce qu’elle importante. Vous avez vécu des histoires d’amour?
Avant de partir, quand je n’étais pas moine – oui, j’ai vécu avec une compagne pendant trois ans.

Quelle est la place du sexe dans le bouddhisme? C’est tabou?
Non, non, pas du tout… La vie monastique, c’est un choix, mais la plupart des pratiquants ne sont pas des moines.

Vous avez atteint un très haut niveau de connaissance. Savez-vous lire dans les pensées?
Alors là, rien du tout! Zéro pointé.

À votre stade de sagesse, vous mettez-vous parfois en colère?
Une colère noire?  Non, ce n’est pas possible. J’ai un peu essayé sur Donald Trump, mais c’était de l’indignation.

Que possédez-vous?
Un bon ordinateur, du très bon matériel photo… Et puis, qu’est-ce que j’ai d’autre? À part ça, pas grand-chose…

Carnets d’un moine errant, Allary Éditions, 768 pages

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