Tac au tac: André Manoukian

Sur les routes de la musique, son nouveau livre, s’attache à vulgariser des notions de musicologie. Donc questionnaire…

Tac au tac: André Manoukian
@Belgaimage

Quand on lit votre livre Sur les routes de la musique, à propos des influences qui ont défini la musique à travers les âges, on se dit que la “world music”, ça existe depuis longtemps…
(Rire.) Exactement. Ça existe depuis la haute Antiquité… Platon, Pythagore voyageaient, ils allaient ailleurs que dans leurs lieux de savoir. Le Harvard de l’époque, c’était Louxor.

Qui est le compositeur classique le plus rock?
(Silence.) Ah, bonne question…  Si le rock est une musique iconoclaste et qui marche avec une énergie incroyable, je dirais Stravinsky.

Qui est l’artiste ou le groupe rock le plus classique?
(Silence.) Elles sont bien, vos questions…

Je vous remercie…
Vos questions m’obligent à réfléchir… L’artiste rock le plus classique? Je dirais les Beatles. Évidemment.

Qui est le peintre le plus proche de la musique? 
(Silence.) J’ai presque envie de vous dire… Il y a plein de musiques et il y a plein de peintres… Mais Turner, quand il joue sur la lumière, il vous fait entendre de la musique – pas spécialement rythmique mais atmosphérique. Picasso, quand il déstructure les visages, il y a des rythmes…

Le chanteur ou la chanteuse pop dont le chant se rapproche le plus du chant sacré? 
Lisa Gerrard du groupe Dead Can Dance. Quand elle chante sur la B.O. de Gladiator, c’est une prêtresse qui vient de loin.

Dans l’histoire de la musique, qui a inventé le rap avant le rap?
Au-delà de l’histoire de la musique, c’est Homère. L’Iliade et L’Odyssée sont des récits à raconter. Pour se souvenir du texte, on le scandait et la scansion, c’est donner du rythme, appuyé sur des mots.  Le flow des rappeurs, ce sont les Grecs qui l’ont porté.

Pourquoi le jazz fait-il peur?
Parce que c’est une musique d’initiés, il faut vous prendre par la main. Moi, j’ai été initié…  Il faut une petite éducation de l’oreille parce que, malgré tout, c’est une musique savante. Mais la meilleure porte d’entrée c’est le chant: écoutez Ella Fitzgerald, écoutez Billie Holiday, écoutez Norah Jones, écoutez Melody Gardot.

À part Hildegarde de Bingen et Clara Schumann, on imagine qu’il y a plein d’autres compositrices oubliées dans les couloirs de l’histoire de la musique…
Le problème, c’est qu’on a déchiré les partitions. Du coup, je ne sais pas comment on les retrouverait… Vous vous rendez compte qu’on n’a aucune partition de Nannerl, la sœur de Mozart qui avait cinq de plus et était aussi géniale que lui. Il y a un vrai travail d’effacement…

4’33”, composition silencieuse de John Cage, c’est une escroquerie ou l’œuvre ultime de musique?
Ce n’est pas du tout une escroquerie! On entend les gens respirer, les sièges craquer, ça vous oblige à être complètement immergé, c’est une proposition de voyage qui peut vous emmener vers une forme de méditation. C’est une vraie proposition musicale.

Dans votre parcours, qu’avez-vous vécu de plus pénible? 
La chose la plus pénible, c’est quand j’ai dû accompagner des chanteurs de variétés pour gagner ma vie. Et encore, ça m’a appris qu’il y avait des gens différents et qu’il fallait essayer de s’adapter pour une question de survie.

Sur les routes de la musique, Harper Collins / France Inter, 190 p.

Sur le même sujet
Plus d'actualité