Trois premiers romans belges à lire

Des fictions fortes où traînent les spectres phosphorescents de l’enfance, le souvenir du mal des hommes et la violence d’une réalité sociale qui se confond dans le paysage.

Célestone - L'année la plus chaude - 24 heures héro

Célestine – Sophie Wouters

Célestine est née le jour de la mort des parents, victimes d’un accident de voiture le 14 juillet 1956. Adoptée par Berthe et Aristide. La première a une passion – le feuilleton des familles couronnées qu’elle suit religieusement dans Point de vue, le deuxième aime ses champs, sa collection de papillon et son âne. Célestine grandit dans les années 60, trimballant le spectacle de sa beauté naissante entre les émissions de télé qu’elle adore et l’actualité du monde que ne la touche pas plus que ça. L’histoire de cette jeune fille qui tombe comme un rayon de soleil dans un paysage replié sur lui-même est régulièrement interrompue par des auditions à la Cour d’assises des mineurs qui, en septembre 1973, doit juger Célestine, accusée d’un meurtre…

 Dans une langue simple mais accrocheuse, Célestine – premier roman de Sophie Wouters, artiste peintre, s’inscrit dans le courant féministe actuel qui pointe une époque qui se confond avec l’histoire de la banalisation des violences faites aux femmes. 

180° Éditions, 123 p. 

L’année la plus chaude – Maxime Bultot

C’est l’été. Il fait beau. Il fait chaud. Alex vit avec son petit frère Thomas, élevés par des parents qui ont dressé un mur invisible entre eux, éparpillant en cours de route leurs rêves, même si le père reste passionné par son ordinateur où il passe son temps sur des simulateurs de vols. Pour échapper à cette vie trop ordinaire pour ses treize ans, ces conversations où il est vaguement question de chômage, Alex vise les Caraïbes et plonge dans le lagon… Les Caraïbes, c’est l’étang de l’ancienne carrière du village qu’il faut rejoindre à vélo, sans cesse exploré avec Jérôme et Sophie, amis pour toujours et collectionneurs d’objets trouvés sur les lieux. Des lieux dont le périmètre est menacé par les grands qui vont jusqu’à faire payer l’entrée du site.

 Pour son premier roman, Maxime Bultot choisit de visiter les arcanes lumineuses et suspendues de l’enfance et livre un récit d’une grande tendresse qu’on peut facilement recommander aux plus jeunes tant le traitement de l’histoire n’est pas loin de celui du roman pour ados. 

Lattès, 198 p.

24 heures héro – Saphir Essiaf et Philippe Dylewski

À Charleroi, Arnaud et Nadia vivent et avancent comme des zombies, deux ombres loqueteuses qui se confondent dans un décor gris, triste et au ciel bas. Arnaud et Nadia dorment dans des squats et se shootent à peu près partout dès qu’ils ont une dose. Leur dérive à travers la ville fait remonter à la surface noirâtre de leur quotidien des histoires personnelles où rien n’a fonctionné comme prévu.  Élevée dans une famille dysfonctionnelle, Nadia se prostitue pour se payer l’héroïne dont elle ne peut plus se passer. Garçon de bonne famille, étudiant brillant, Arnaud a quitté les siens et fait la manche pour amasser l’argent nécessaire pour s’offrir quelques grammes. 

Construit sur une journée – on a malheureusement envie de dire “journée type” – dans les pérégrinations de ce couple de junkies, le roman décrit une réalité violente que l’on voudrait invisibiliser. Le texte est sombre, cru, trash, dérangeant – à l’image des va-et-vient de ces personnages qui, on le sait, ne se promènent pas que dans la fiction. 

Nouveau monde, 274 p.  

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