Faites Paris-Venise dans votre canapé

Après un premier roman remarqué - Je vais m'y mettre - Florent Oiseau revient avec Paris-Venise, voyage à travers les petites combines des galériens d'un train - métaphore d'un marché du travail brinquebalant.

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Roman a 29 ans. Il vit – ou pour être plus juste, il survit – à Paris. Boulot, amours, quotidien, tout est loin d’être au point. En galère, il accepte un job qui, vu de l’extérieur, peut faire glamour et évasion. Ou du moins illusion. Il signe avec une compagnie privée qui assure une liaison ferroviaire entre Paris et Venise, découvrant le monde merveilleux du travail de nuit dans un train qui est tout sauf l’Orient Express.

S’inspirant de sa propre expérience, Florent Oiseau (27 ans), qui a travaillé sur cette ligne pendant un an et demi, construit un joli roman d’ambiance. Oiseau reproduit à merveille le climat d’un train de nuit où s’agite, entre compartiments couchettes, voiture restaurant et wagons-lits, un personnel, dans le fond, assez peu qualifié pour l’accueil. Mal payés et exploités, les membres du Paris-Venise ont mis au point des combines – certaines dangereuses – qui leur permettent d’ajouter un bonus à leur salaire de misère.

Paris-Venise est un livre où l’on ne visitera jamais Venise (un comble.) Un livre qui, en filigrane, évoque la précarité de ces galériens du taf, obligés d’accepter des conditions de travail qui frôlent l’indécence. Derrière le tableau de ce petit monde du passeport traficoté, du croissant sec et des compartiments qui sentent le fauve, on trouve aussi une photographie des flux migratoires – le train sur lequel Roman opère en couchettiste étant très prisé par les clandestins qui, pour trois cent euros, monnaient leur place dans un placard et jouent leur destin qu’ils rêvent européen.

On finit par s’attacher à la galerie de personnages – même ceux qui restent à quai (les concierges de l’immeuble où vit Roman.) On savoure cette écriture pétillante et drôle influencée par la langue de la rue qui, au-delà de sa dimension humoristique, traduit une réalité faite de traquenards et de grisaille.

Paris-Venise, Florent Oiseau, Allary Editions, 240 p.

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